Publié le 8 Avril 2015

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... Fin 1940, quand ma famille évacuée en Charente est remontée à Rémelfing, je dois reconnaître que je n'avais aucune conscience des événements. Je venais d'avoir 14 ans, j'avais des frères et des sœurs, et à part la mécanique à l'Ecole professionnelle, une seule chose me passionnait, le foot.
En octobre 1943, les autorités allemandes m'ont convoqué à l'Arbeitsdienst ; mais je suis franc, cela ne m'a pas choqué. Tous les copains y allaient... Alors j'ai fait comme eux !

Ce n'était pourtant pas de l'amusement. On déblayait les morts dans le bassin de la Ruhr après les bombardements. C'est là qu'autour d'Essen, j'ai vu des aviateurs abattus se faire lyncher par la foule. J'en ai vu d'autres dont le parachute ne s'était pas ouvert. Au sol, on aurait dit un petit tas de cuir avec une tête par-dessus... Quand j'y repense, c'était atroce, tous ces cadavres partout. Et moi je me baladais là-dedans à 17 ans, un peu inconscient, avec un masque à gaz et des gants.

En relisant ce témoignage, il m'est venu à l'esprit le texte poétique d'Arthur Rimbaud... " On n'est pas sérieux, quand on a dix-sept ans "... Malheureusement pour mon père, avoir dix-sept ans et devoir survivre !

On n'est pas sérieux, quand on a dix-sept ans.
- Un beau soir, foin des bocks et de la limonade,
Des cafés tapageurs aux lustres éclatants !
- On va sous les tilleuls verts de la promenade.

Les tilleuls sentent bon dans les bons soirs de juin !
L'air est parfois si doux, qu'on ferme la paupière ;
Le vent chargé de bruits - la ville n'est pas loin -
A des parfums de vigne et des parfums de bière...

Le 16 mars 1944, tous les garçons de Rémelfing sont partis dans la marine, on n'a jamais su pourquoi. La « Hitler Jugend » n'avait jamais pris dans notre village et pour cette raison, sans doute, nos profils idéologiques et politiques ne correspondaient pas aux critères du « guerrier fanatisé » !... Notre village, c'était comme un quartier de la ville proche de Sarreguemines, où l'on ne s'intéressait à rien, sauf à jouer au foot !

Dans la marine, on a touché un livre de messe, et je n'ai jamais fait ou à faire le salut hitlérien. Les trois quarts des marins étaient des professionnels. Je me suis retrouvé à Libau en Courlande au 3.11.MEA, affecté à la motorisation des sous-marins.

Nous vivions en circuit fermé, quasiment sans informations. J'ai appris à Stettin, en février 1945, que les Alliés avaient débarqué en Normandie huit mois plus tôt ! Dans l'arsenal de Dantzig, on préparait les sous-marins UX 23, indétectables au radar. Heureusement la fin de la guerre en empêchera la mise en service.

Quand on a dû évacuer le 15 janvier 1945, je ne savais pas que les Soviétiques étaient à 20 kilomètres. Dans notre secteur, on vivait vraiment comme dans une bulle. Pas d'armes, rien que des types intelligents comme chefs, pas de fanatiques nazis, et des prisonniers russes, français ou italiens qui travaillaient avec nous sans histoire.

De la Prusse Orientale, on est parti en convoi maritime sur la mer Baltique, entassés dans des paquebots, dont le « Cap Arcona », sur lequel j'étais, ainsi que « l'Iberia » et le « Wilhelm Gustloff ». Comme ce dernier avançait plus vite, il a pris les devants. Un sous-marin russe l'a torpillé. Il y a eu au-moins 9000 noyés. Nous en passant à l'endroit du naufrage, on a retiré avec des cordages des cadavres saisis dans la glace. Sur le « Cap Arcona », on était 3000 et j'ai eu de la chance, car il a été coulé au voyage d'après. On a eu des ennuis de pompe et tout le monde devait aller de bâbord à tribord sur le pont, pour rattraper la gîte.

Nous sommes arrivés dans le Schleswig-Holstein, une zone à part d'où l'amiral Dönitz plus tard dans les derniers jours de la guerre essayera de négocier avec les alliés après que Hitler lui avait cédé le pouvoir suprême avant son suicide.

J'ai alors appris, le 23 février 1945 que je devais partir au Venezuela sur le navire pétrolier « Hugo Stinnes », avec quatre autres marins. Pas très emballé à l'idée de traverser un océan Atlantique contrôlé par les sous-marins et les avions alliés, notre petit groupe est arrivé exprès en retard et s'est retrouvé en prison. Nous avons eu, dès le lendemain, le soulagement d'apprendre que le « Hugo Stines », parti sans nous, avait été coulé dans la nuit, lui aussi !

Libérés, nous errions tous les quatre dans Stettin juste au moment où une compagnie de SS traquait, dans la vieille ville hanséatique, une cinquantaine de tankistes en déroute qui ne voulaient plus retourner au front. Ils avaient même tué un officier SS et la réplique était terrible. J'ai vu des tankistes en habit noir pendus aux arbres. C'était la guérilla dans les rues.

Il est arrivé ce qui devait arriver. Les SS nous ont arrêtés comme pillards. Ils nous ont remis à la Marine et nous avons dû passer en Conseil de guerre vers la fin de février 1945. On s'y présentait l'un après l'autre, pas plus de cinq minutes.

Moi, quand ce fut mon tour, j'ai vu des types derrière des tables, des SS et des officiers de marine. Un de ces derniers, un colonel, a dit aux autres devant moi : « On ne va quand même pas fusiller des gosses, maintenant ? ». Je me suis retrouvé libre, mais les trois copains ont été exécutés.

Je devais embarquer le 6 mars vers la Lettonie où l'armée allemande de Leningrad était totalement enclavée. Mais notre bateau, le « Bucarest » fut coulé dans la nuit ! Je suis resté à Libau jusqu'au 8 mai 1945 où nous avons appris la capitulation.

A présent, il s'agissait d'échapper aux Soviétiques mais c'était trop tard. Notre commandant nous a dit : « Partez. Laissez le cognac et l'alcool aux Russes, et prenez tout le reste... ». Mais une fois qu'ils ont bien bu, ils nous ont parqués sur le quai, gardés par des Mongols taillés comme des armoires et dont le fusil avait une ficelle à la place de la crosse.

Ils ne savaient pas compter, alors, pour nous dénombrer, ils faisaient des entailles sur un bâton, et quand le bâton était totalement marqué, ils allaient le porter à leur commandant. Un jeune lieutenant allemand qui se rebiffait, a été tué devant nous. On restait là, immobiles, alors que ça tiraillait dans tous les coins et que les Soviétiques se saoulaient à mort, les uns après les autres...

J'ai alors compris la ruse de notre commandant. Sur le port, il y avait de nombreuses vedettes allemandes immobilisées. Sur un signal, elles se sont mises à cracher un brouillard artificiel et nous, les 600 prisonniers, on a tenté notre chance en sautant dans les vedettes qui ont démarré à plein gaz.

Le lendemain, les Russes dessaoulés nous ont pris en chasse et nous ont poursuivis. Moi, j'étais à la proue d'un dragueur de mine. Pour rien au monde, je ne serais allé à l'intérieur. Le 10 mai, les avions nous ont mitraillés. Mais nous avons réussi à gagner les eaux suédoises où un patrouilleur nous a aussitôt promptement arraisonnés. « Pas question de vous laissez débarquer dans un pays neutre », a vociféré un type de la marine suédoise dans son porte-voix. « On ne vous prend que si le bateau coule » . On a donc continué. Ensuite, les Anglais nous ont stoppés en pleine mer et après transbordement, ils nous ont débarqués à Neustadt.

Moi, je me croyais déjà libre, mais ça n'a pas duré. Il nous ont enfermés, plus de 40 000 marins, dans la petite île danoise de Fehmarn, tout près de Lübeck. Nourris de cakes et de corned-beef. Des officiers allemands baroudeurs nous ont dit : « Dans la zone Dönitz, on ne garde que les vrais compatriotes d'avant 1937. Les autres, démerdez-vous. Allez à Lübeck, chez les Anglais ».

C'était mon cas et je ne me suis pas fait prier. Puis le 13 juin 1945, j'ai rejoint, sur le continent, des prisonniers français. C'était la joie, mais pas pour longtemps. Mes nouveaux copains étaient de la division Charlemagne, donc tous des volontaires ! Je me suis dit qu'on allait me flinguer.

En donnant 15 marks chacun à un laitier de Lübeck qui passait tous les matins, il nous a caché dans son camion au milieu des bidons. Et cette fois, j'ai rejoint, dans un hangar, d'autres Français moins compromettants. On mangeait n'importe quoi, trop de chocolat surtout. Les pauvres déportés squelettiques se jetaient sur tout ce qu'ils trouvaient, avant de mourir de cet excès de nourriture. J'en ai enterré cinq ou six, dans des sacs de sable.

Il y avait aussi, avec moi, des prisonniers français qui ramenaient des femmes allemandes et leur gosse. On a tous été rapatrié vers Hambourg, où les sentinelles anglaises tiraient dès qu'on passait la tête à la fenêtre du train.

Un copain, « Malgré-nous » comme moi, m'a raconté que les British l'avaient enfermé avec d'autres dans un hangar où se trouvaient des tonneaux de harengs. Ils n'avaient que ça pour manger. On avait fait exprès de couper l'eau pour les empêcher de boire.

Retour à Paris, par train sanitaire, le 1er juillet 1945. C'est un interrogatoire serré au Centre Michelet. Moi, j'avais encore ma combinaison de cuir des sous-marins. Un jeune civil m'a demandé d'où je venais. J'ai répondu comme un idiot que j'étais en commando à Libau. Et j'ai pris un grand coup de poing sur la lèvre. Je me suis mis à pleurer.

Un chef m'a dit d'aller le voir. Il m'a questionné sur Rémelfing. Le nom du maire ? Le nom du curé ? Le nom du maître d'école ? Je répondais à tous les coups. J'étais à poil ! J'avais 18 ans. Ils m'ont dit « Rhabillez-vous ! ».

Parmi les prisonniers avec leur femme allemande, il y avait un gars de la Creuse et un autre de la Corrèze. On avait sympathisé dans le train. Ils étaient désespérés, car on les injuriait haineusement, on les battait copieusement... « J'aurais mieux fait de rester là-bas » répétait l'un des deux. Je regrette de ne pas leur avoir demandé leur adresse car depuis, nous aurions pu nous revoir.

Devant moi, on a rossé un Sarrois né à Metz qui se faisait passer pour un « Malgré-nous ». Moi, j'ai repris mes habits désinfectés, j'ai touché mon « colis de guerre » où ne restaient que des biscuits et des pruneaux. Le reste avait été fauché. Et j'ai quitté le bâtiment début juillet 1945.

En bas des marches, il y avait des femmes tondues qui faisaient la quête et vendaient n'importe quoi. Un Alsacien leur a même acheté une Tour Eiffel, avec sa solde. On a raté le train gare de l'Est en restant trop longtemps à table au café. Le 4 juillet 1945, j'étais enfin chez moi...

Témoignage vécu de mon père, François Rothan, recueillit par Jacques Gandebeuf, aux éditions Serpenoise sous le titre... « La parole retrouvée ».

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Publié le 8 Avril 2015

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L'océan coléreux coiffe la flamme de vie dans le ciel.
Goélands et autres fous s'enivrent au vent,
Droit, le fier phare se fige aux gifles des éléments.
La symphonie du ressac résonne dans l'air iodé
Comme la plainte céleste d'un violon irréel,
Fantôme ressassant une mélodie inachevée.

( Onde et lumière )

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Publié le 8 Avril 2015

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L'instant qu'elle attendait tant,
Dont elle rêvait si souvent,
Vient enfin d'arriver :
C'est la sienne, cette soirée !

Tant de regards
Tous ces yeux, dans le noir
Ils sont rivés sur elle
Elle doit être la plus belle

Elle ignore tout de leur vie
Mais elle est à eux, ici
Elle leur appartient, corps et âmes
Aux seigneurs et aux dames

Son corps se mout doucement
Tournoyant, ondulant
Pour ces milliers de gens
Qui redeviennent des enfants

Elle ne pense qu'à sourire
Pour leur faire plaisir
Fière de se retrouver
Devant cette assemblée

La dernière note s'envole
Elle croit devenir folle
Et se rend compte qu'elle pleure
De joie et de douleur

Le public l'applaudit
Oh ! Elle a réussi
Mieux qu'elle ne l'espérait
Dans ses espoirs secrets

Mais elle est perdue
Terminé à jamais
Cet instant si parfait
Elle ne recommencera plus

Il y en aura bien d'autres
Cette même année, entre autres
Mais rien comme celui-là
Ça n'arrive qu'une fois
Une aventure comme ça
Devant tout ce monde-là

Sur une dernière courbette
Elle clôt ce jour de fête
Et s'enfuit de la scène
Heureuse, mais plus la même.

( L'Etoile )

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Le vent et la tourmente
Te rendent malveillante
Tu brises de tes lames
Le bonheur de ces dames
Dont les joyeux maris
En marins sont partis

Le doux voile écarté
L'astre d'or apparaît
Tu brilles de mille feux
Offrant aux amoureux
Une vision romantique
De tes charmes antiques

Petite mère
Qui épouse la terre
Tu trompes tes amis
Tu les tues sans souci
Puis oublies rapidement
Toutes ces vies que tu prends

Implacable maîtresse,
Nul ne t'apprivoisera
Intraitable diablesse,
Nul ne te calmera
Tu te joues de nos cris,
Mais on t'aime pour la vie !

( Mer )

Site d'Aelys Elfe : http://plumes.site.voila.fr

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Publié le 8 Avril 2015

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Vous dont les rêves sont les miens,
Vers quelle terre plus clémente,
Par la pluie et par la tourmente,
Marchez-vous, doux Bohémiens ?

Hélas ! dans vos froides prunelles
Où donc le rayon de soleil ?
Qui vous chantera le réveil
Des espérances éternelles ?

Le pas grave, le front courbé,
A travers la grande nature
Allez, ô voix de l'Aventure !
Votre diadème est tombé !

Pour vous, jusqu'à la source claire
Que Juillet tarira demain,
Jusqu'à la mousse du chemin,
Tout se montre plein de colère.

On ne voit plus sur les coteaux,
Au milieu des vignes fleuries,
Se dérouler les draperies
Lumineuses de vos manteaux !

L'ennui profond, l'ennui sans bornes,
Vous guide, ô mes frères errants !
Et les cieux les plus transparents
Semblent sur vous devenir mornes.

Quelquefois, par les tendres soirs,
Lorsque la nuit paisible tombe,
Vous voyez sortir de la tombe
Les spectres vains de vos espoirs.

Et la Bohème poétique,
Par qui nous nous émerveillons,
Avec ses radieux haillons
Surgit, vivante et fantastique.

Et, dans un rapide galop,
Vous voyez tournoyer la ronde
Du peuple noblement immonde
Que nous légua le grand Callot.

Ainsi, dans ma noire tristesse,
Je revois, joyeux et charmants,
Passer tous les enivrements
De qui mon âme fut l'hôtesse ;

Les poèmes inachevés,
Les chansons aux rimes hautaines,
Les haltes au bord des fontaines,
Les chants et les bonheurs rêvés ;

Tout prend une voix et m'invite
A recommencer le chemin,
Tout me paraît tendre la main...
Mais la vision passe vite.

Et, par les temps mauvais ou bons,
Je reprends, sans nulle pensée,
Ma route, la tête baissée,
Pareil à mes chers vagabonds !

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Publié le 8 Avril 2015

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Ah ! sur les terrasses en prenant nos épaules
longtemps, parmi la nuit d'étoiles à meurtrir
notre gloire, passons ! Mes Yeux pleurent les mondes
qu'ils n'ont point vus, et qu'ils ne verront pas : les ondes
de leur lumière où mon être mortel ne doit
s'épanouir, ouvert en la limite seule
de son expansion ! ouvert, pour qu'en émoi
le traverse le plus de la Matière-aïeule...

Ah ! sur les terrasses en prenant nos épaules
longtemps, parmi la nuit d'étoiles à meurtrir
notre gloire, passons ! Mes Yeux pleurent les Femmes
qu'ils n'ont point vues, et qu'ils ne verront pas. L'air
est algide, qui m'environne du désert
de leurs manquantes présences, - leurs doigts de vie
que mon amour voulut de toute pierrerie
multi-ardente aux soleils ivres, alentir !

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Publié le 8 Avril 2015

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C'est qu'ils portent en eux, les arbres fraternels,
Tous les débris épars de l'humanité morte
Qui flotte dans leur sève et, de la terre, apporte
A leurs vivants rameaux ses aspects éternels.

Et, tandis qu'affranchis par les métamorphoses,
Les corps brisent enfin leur moule passager,
L'Esprit demeure et semble à jamais se figer
Dans l'immobilité symbolique des choses.

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Publié le 8 Avril 2015

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Sur la lyre tissant mes douces mélodies,
Tantôt j'ai fait gronder un hymne à la vertu ;
Et tantôt, soupirant, mes lèvres moins hardies
Ont tout bas murmuré : " Printemps, que me veux-tu ? "

Restant toujours fidèle à l'essaim de mes rêves,
Jamais je n'ai maudit l'extase de l'amour,
Ni condamné ceux qui, dans des heures trop brèves,
Prononcent des serments qu'ils oublieront un jour.

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Publié le 8 Avril 2015

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Il l'a tirée
De sa poche percée
L'a mise sous ses yeux ;
Et l'a bien regardée
En disant : " Malheureux ! "

Il l'a soufflée
De sa bouche humectée ;
Il avait presque peur
D'une horrible pensée
Qui vint le prendre au cœur.

Il l'a mouillée
D'une larme gelée
Qui fondit par hasard ;
Sa chambre était trouée
Encor plus qu'un bazar.

Il l'a frottée,
Ne l'a pas réchauffée,
À peine il la sentait ;
Car, par le froid pincée
Elle se retirait.

Il l'a pesée
Comme on pèse une idée,
En l'appuyant sur l'air.
Puis il l'a mesurée
Avec du fil de fer.

Il l'a touchée
De sa lèvre ridée. -
D'un frénétique effroi
Elle s'est écriée :
Adieu, embrasse-moi !

Il l'a baissée
Et après l'a croisée
Sur l'horloge du corps,
Qui rendait, mal montée,
Des mats et lourds accords.

Il l'a palpée
D'une main décidée
À la faire mourir.
- Oui c'est une bouchée
Dont on peut se nourrir.

Il l'a pliée,
Il l'a cassée ;
Il l'a placée,
Il l'a coupée,
Il l'a lavée,
Il l'a portée,
Il l'a grillée,
Il l'a mangée.

- Quand il n'était pas grand, on lui avait dit :
- Si tu as faim, mange une de tes mains
.

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Publié le 8 Avril 2015

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Qui peut vous oublier, blondes filles du Nord,
Au teint pâle, aux yeux bleus, si pures et si belles
Qu'il nous semble toujours qu'aux voûtes éternelles
Comme des séraphins, vous allez prendre essor !

De vos yeux abrités sous vos longs cheveux d'or,
Parfois, à votre insu, sortent des étincelles.
C'est que le feu caché qui couve en vos prunelles
N'a dans aucun climat fait battre un cœur plus fort.

Pendant les courtes nuits de juin, ô jeunes filles !
Quand vous veniez, le front caché dans vos mantilles,
Fouler d'un pied léger les prés de Djurgarden,

Je croyais voir au ciel scintiller plus d'étoiles ;
L'air était embaumé, la nuit était sans voiles,
Et mon rêve enchanté durait jusqu'au matin.

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Publié le 8 Avril 2015

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Les cheveux flottants et la gorge nue,
Au sein d'un val où j'étais seul,
Une femme est venue.

Calme, en traversant l'ombre d'un tilleul,
Elle s'embellit d'un sourire,
Quand elle me vit seul,

Et, parfumant l'air d'une odeur de myrrhe,
Elle vint s'asseoir près de moi,
Ne cessant de sourire.

Puis elle m'offrit, vibrante d'émoi,
Le baiser de sa lèvre rose,
En s'inclinant sur moi,

Les cheveux flottants, la bouche mi close.

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Vous souvient-il qu'un jour auprès des flots tranquilles,
Sous le dais de ces bois moussus et parfumés,
Ainsi que les pastours des anciennes idylles,
Nous nous sommes aimés ?

Vous souvient-il encor des bois où nous allâmes,
Alors qu'aux vents de mai neigeaient les églantiers,
Alors que sans retour s'allumait en nos âmes
L'amour que vous chantiez ?

Le divin souvenir de ces heures lointaines,
Doux, triste, vous fait-il quelquefois regretter
De n'avoir plus au cœur les espérances vaines
Qui vous faisaient chanter ?

Hélas ! nos corps ainsi que ces bois séculaires
Par les soleils d'avril ne sont plus rajeunis,
Car, ô femme, à jamais sont mortes nos chimères
Et nos fronts sont ternis !

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