Publié le 8 Avril 2015

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Les bleues libellules dansaient
Et sous la pluie les lézards chantaient
Demain le soleil se lèvera
A l'aurore le vent t'embrassera
Puis tu feras l'amour jusqu'à la tombée du jour

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Je nageais nue
Dans l'océan
Quand dans le vent
Fier et arrogant
Tu es apparu

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Aux quatre vents
Mes souvenirs d'enfant
Dans les caves ou dans les greniers
Mes posters, mes ours, mes poupées
Tous aux quatre vents éparpillés...

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Est-ce que tu diras encore
« Je t'adore petit trésor »
Quand j'aurai le cancer
Et que je manquerai d'air
Est-ce que tu m'aimeras encore
Quand je serai ridée partout
Toi tu seras gros, tout mou
Quand j'aurai l'âge de ma mère
Tu auras l'âge de ton père
Est-ce qu'on s'aimera encore
Est-ce qu'on s'aimera jusqu'à la mort ?

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J'ai tué mes illusions
Acheté des illustrations
Pour les remplacer
Paraît que j'ai l'âge de raison
Mais j'me fous d'avoir raison
Je préfèrerais si j'avais tort
J'aurais peut-être moins de remords
J'préfèrerais vous voir ailleurs
Quelque part où j'n'aurais plus peur

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Publié le 8 Avril 2015

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Courir sur un cheval de mer
S'allonger sur le sable
Cueillir des fleurs d'écume
Partir sur un voilier
S'éclabousser de joie
Suivre le soleil
Boire à la fontaine
Se brûler à un regard.

Offrir un parfum
Des flocons de neige
Atteindre les sommets
De l'amour partagé
Voir quelque sorcier
Dans la forêt des songes.

Le soir venu
S'étendre
Dans un rayon de lune
Et terminer sa course
Sur le cheval de mer
Le cœur ardant
Plus large que l'océan.

Esquisser un sourire.
Si la mort ose venir
S'en aller doucement
Avec le petit matin
En robe de dentelles.

Vénérer l'instant :
Il est éternel

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Publié le 8 Avril 2015

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C'est alors qu'apparut le renard:

-- Bonjour, dit le renard.
-- Bonjour, répondit poliment le petit prince, qui se retourna mais ne vit rien.
-- Je suis là, dit la voix, sous le pommier...
-- Qui es-tu ? dit le petit prince. Tu es bien joli...
-- Je suis un renard, dit le renard.
-- Viens jouer avec moi, lui proposa le petit prince. Je suis tellement triste...
-- Je ne puis pas jouer avec toi, dit le renard. Je ne suis pas apprivoisé.
-- Ah ! pardon, fit le petit prince.

Mais, après réflexion, il ajouta:

-- Qu'est-ce que signifie "apprivoiser" ?
-- Tu n'es pas d'ici, dit le renard, que cherches-tu ?
-- Je cherche les hommes, dit le petit prince. Qu'est-ce que signifie "apprivoiser" ?
-- Les hommes, dit le renard, ils ont des fusils et ils chassent. C'est bien gênant ! Ils élèvent aussi des poules. C'est leur seul intérêt. Tu cherches des poules ?
-- Non, dit le petit prince. Je cherche des amis. Qu'est-ce que signifie "apprivoiser" ?
-- C'est une chose trop oubliée, dit le renard. Ça signifie "créer de liens..."
-- Créer des liens ?
-- Bien sûr, dit le renard. Tu n'es encore pour moi qu'un petit garçon tout semblable à cent mille petits garçons. Et je n'ai pas besoin de toi. Et tu n'as pas besoin de moi non plus. Je ne suis pour toi qu'un renard semblable à cent mille renards. Mais, si tu m'apprivoises, nous aurons besoins l'un de l'autre. Tu seras pour moi unique au monde. Je serai pour toi unique au monde...
-- Je commence à comprendre, dit le petit prince. Il y a une fleur... je crois qu'elle m'a apprivoisé...
-- C'est possible, dit le renard. On voit sur Terre toutes sortes de choses...
-- Oh ! ce n'est pas sur la Terre, dit le petit prince.
-- Le renard parut très intrigué:
-- Sur une autre planète ?
-- Oui.
-- Il y a des chasseurs, sur cette planète-là ?
-- Non.
-- Rien n'est parfait, soupira le renard.

Mais le renard revint à son idée:

-- Ma vie est monotone. Je chasse les poules, les hommes me chassent. Toutes les poules se ressemblent, et les hommes se ressemblent. Je m'ennuie donc un peu. Mais, si tu m'apprivoises, ma vie sera comme ensoleillée. Je connaîtrai un bruit de pas qui sera différent de tous les autres. Les autres pas me font rentrer sous terre. Le tien m'appellera hors du terrier, comme une musique. Et puis regarde ! Tu vois, là-bas, les champs de blé ? Je ne mange pas de pain. Le blé pour moi c'est inutile. Les champs de blé ne me rappellent rien. Et ça, c'est triste! Mais tu as des cheveux couleur d'or. Alors ce sera merveilleux quand tu m'auras apprivoisé ! Le blé, qui est doré, me fera souvenir de toi. Et j'aimerai le bruit du vent dans le blé...
Le renard se tut et regarda longtemps le petit prince:

-- S'il te plaît... apprivoise-moi, dit-il !
-- Je veux bien, répondit le petit prince, mais je n'ai pas beaucoup de temps. J'ai des amis à découvrir et beaucoup de choses à connaître.
-- On ne connaît que les choses que l'on apprivoise, dit le renard. Les hommes n'ont plus le temps de rien connaître. Ils achètent des choses toutes faîtes chez les marchands. Mais comme il n'existe point de marchands d'amis, les hommes n'ont plus d'amis. Si tu veux un ami, apprivoise-moi!
-- Que faut-il faire ? dit le petit prince.
-- Il faut être très patient, répondit le renard. Tu t'assoiras d'abord un peu loin de moi, comme ça, dans l'herbe. Je te regarderai du coin de l'œil et tu ne diras rien. Le langage est source de malentendus. Mais, chaque jour, tu pourras t'asseoir un peu plus près...
Le lendemain revint le petit prince.
-- Il eût mieux valu revenir à la même heure, dit le renard. Si tu viens, par exemple, à quatre heures de l'après-midi, dés trois heures je commencerai d'être heureux. Plus l'heure avancera, plus je me sentirai heureux. A quatre heures, déjà, je m'agiterai et m'inquiéterai ; je découvrirai le prix du bonheur ! Mais si tu viens n'importe quand, je ne saurai jamais à quelle heure m'habiller le cœur... Il faut des rites.
-- Qu'est-ce qu'un rite ? dit le petit prince.
C'est aussi quelque chose de trop oublié, dit le renard. C'est ce qui fait qu'un jour est différent des autres jours, une heure, des autres heures. Il y a un rite, par exemple, chez mes chasseurs. Ils dansent le jeudi avec les filles du village. Alors le jeudi est jour merveilleux ! Je vais me promener jusqu'à la vigne. Si les chasseurs dansaient n'importe quand, les jours se ressembleraient tous, et je n'aurais point de vacances.

Ainsi le petit prince apprivoisa le renard. Et quand l'heure du départ fut proche:

-- Ah! dit le renard... Je pleurerai.
-- C'est ta faute, dit le petit prince, je ne te souhaitais point de mal, mais tu as voulu que je t'apprivoise...
-- Bien sûr, dit le renard.
-- Mais tu vas pleurer ! dit le petit prince.
-- Bien sûr, dit le renard
-- Alors tu n'y gagnes rien !
-- J'y gagne, dit le renard, à cause de la couleur du blé.

Puis il ajouta:

-- Va revoir les roses. Tu comprendras que la tienne est unique au monde. Tu reviendras me dire adieu, et je te ferai cadeau d'un secret.

Le petit prince s'en fut revoir les roses:

-- Vous n'êtes pas du tout semblables à ma rose, vous n'êtes rien encore, leur dit-il. Personne ne vous a apprivoisées et vous n'avez apprivoisé personne. Vous êtes comme était mon renard. Ce n'était qu'un renard semblable à cent mille autres. Mais j'en ai fait mon ami, et il est maintenant unique au monde.
Et les roses étaient bien gênées.
-- Vous êtes belles, mais vous êtes vides, leur dit-il encore.
On ne peut pas mourir pour vous. Bien sûr, ma rose à moi, un passant ordinaire croirait qu'elle vous ressemble. Mais à elle seule elle est plus importante que vous toutes, puisque c'est elle que j'ai arrosé. Puisque c'est elle que j'ai mise sous globe. Puisque c'est elle que j'ai abritée par le paravent. Puisque c'est elle dont j'ai tué les chenilles (sauf les deux ou trois pour les papillons). Puisque c'est elle que j'ai écouté se plaindre, ou se vanter, ou même quelquefois se taire. Puisque c'est ma rose.

Et il revint vers le renard:

-- Adieu, dit-il...
-- Adieu, dit le renard. Voici mon secret. Il est très simple: on ne voit bien qu'avec le cœur. L'essentiel est invisible pour les yeux.
-- L'essentiel est invisible pour les yeux, répéta le petit prince, afin de se souvenir.
-- C'est le temps que tu as perdu pour ta rose qui fait ta rose si importante.
-- C'est le temps que j'ai perdu pour ma rose... fit le petit prince, afin de se souvenir.
-- Les hommes ont oublié cette vérité, dit le renard. Mais tu ne dois pas l'oublier. Tu deviens responsable pour toujours de ce que tu as apprivoisé. Tu es responsable de ta rose...
-- Je suis responsable de ma rose... répéta le petit prince, afin de se souvenir.

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Publié le 8 Avril 2015

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Musique - encens - parfums..., poisons..., littérature !...
Les fleurs vibrent dans les jardins effervescents ;
Et l'Androgyne aux grands yeux verts phosphorescents
Fleurit au charnier d'or d'un monde en pourriture.

Aux apostats du Sexe, elle apporte en pâture,
Sous sa robe d'or vert aux joyaux bruissants,
Sa chair de vierge acide et ses spasmes grinçants
Et sa volupté maigre aiguisée en torture.

L'archet mord jusqu'au sang l'âme des violons,
L'art qui râle agité d'hystériques frissons
En la sentant venir a redressé l'échine...

Le stigmate ardent brûle aux fronts hallucinés.
Gloire aux sens ! Hosanna sur les nerfs forcenés.
L'Antéchrist de la chair visite les damnés...

Voici, voici venir les temps de l'Androgyne.

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Publié le 8 Avril 2015

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Femme fleur
Merci mon bel ami
Femme pleurs
Au corps trop endormi

Femme peur
C'est le jeu dérisoire
Femme cœur
La fin de notre histoire

La douleur
Devient une habitude
Aux couleurs
Tristes d'incertitude

Le bonheur
N'est plus qu'un souvenir
La rancœur
Embrume l'avenir

Désespoir
Tu sèmes la tristesse
Quand au soir
M'étouffe la détresse

Et le doute
Chante à désemparer
Que nos routes
Doivent se séparer

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accepter notre différence
et s'aimer moins pour s'aimer mieux
à travers la reconnaissance
ressusciter de nos errances
en brûlant toute souvenance
s'appartenir pour suivre au mieux
le chemin de moindre souffrance

s'aimer comme une renaissance
s'aimer trop ou s'aimer sans plus
d'un si tendre amour en partance
pour le rêve et la nonchalance
dans l'échange et la tolérance
oublier tout ce qui déplut
du chemin de morte-souffrance

si loin du doute et de l'absence
du mal des attentes sans fin
reconstruire une autre romance
simple balade ou transcendance
lorsque le destin recommence
tout partager pour vivre enfin
le chemin de nulle souffrance

à qui donner la préférence
pour sauver ce qui sera nous
souvenirs craintes ou confiance
tout ce qui peut dans la balance
guider à la pleine conscience
ou bien ramener à genoux
au chemin de mille souffrances

je t'aime en calme en innocence
je t'aime en océans de mots
toi tu m'aimes dans la constance
et reniant les apparences
c'est ta force toute en silence
qui veille pour briser les maux
des chemins creux de ma souffrance

(Cliquez sur les liens ci-dessus ... Et mettre le son)

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Publié le 8 Avril 2015

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Le soleil brûlait l'ombre, et la terre altérée
Au crépuscule errant demandait un peu d'eau ;
Chaque fleur de sa tête inclinait le fardeau
Sur la montagne encor dorée.

Tandis que l'astre en feu descend et va s'asseoir
Au fond de sa rouge lumière,
Dans les arbres mouvants frissonne la prière,
Et dans les nids : " Bonsoir ! Bonsoir ! "

Pas une aile à l'azur ne demande à s'étendre,
Pas un enfant ne rôde aux vergers obscurcis,
Et dans tout ce grand calme et ces tons adoucis
Le moucheron pourrait s'entendre.

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Horloge d'où s'élançait l'heure
Vibrante en passant dans l'or pur,
Comme l'oiseau qui chante ou pleure
Dans un arbre où son nid est sûr,

Ton haleine égale et sonore
Dans le froid cadran ne bat plus :
Tout s'éteint-il comme l'aurore
Des beaux jours qu'à ton front j'ai lus ?

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Va, mon âme, au-dessus de la foule qui passe,
Ainsi qu'un libre oiseau te baigner dans l'espace.
Va voir ! et ne reviens qu'après avoir touché
Le rêve... mon beau rêve à la terre caché.

Moi, je veux du silence, il y va de ma vie ;
Et je m'enferme où rien, plus rien ne m'a suivie ;
Et de son nid étroit d'où nul sanglot ne sort,
J'entends courir le siècle à côté de mon sort.

Le siècle qui s'enfuit grondant devant nos portes,
Entraînant dans son cours, comme des algues mortes,
Les noms ensanglantés, les voeux, les vains serments,
Les bouquets purs, noués de noms doux et charmants.

Va, mon âne, au-dessus de la foule qui passe,
Ainsi qu'un libre oiseau te baigner dans l'espace.
Va voir ! et ne reviens qu'après avoir touché
Le rêve... mon beau rêve à la terre caché !

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Publié le 8 Avril 2015

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Cette vie est un hôpital où chaque malade est possédé du désir de changer de lit. Celui-ci voudrait souffrir en face du poêle, et celui-là croit qu'il guérirait à côté de la fenêtre.

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C'était grande assemblée des fées, pour procéder à la répartition des dons parmi tous les nouveau-nés, arrivés à la vie depuis vingt-quatre heures.

Toutes ces antiques et capricieuses Sœurs du Destin, toutes ces Mères bizarres de la joie et de la douleur, étaient fort diverses : les unes avaient l'air sombre et rechigné, les autres, un air folâtre et malin ; les unes, jeunes, qui avaient toujours été jeunes; les autres, vieilles, qui avaient toujours été vieilles.

Tous les pères qui ont foi dans les Fées étaient venus, chacun apportant son nouveau-né dans ses bras.

Les Dons, les Facultés, les bons Hasards, les Circonstances invincibles, étaient accumulés à côté du tribunal, comme les prix sur l'estrade, dans une distribution de prix. Ce qu'il y avait ici de particulier, c'est que les Dons n'étaient pas la récompense d'un effort, mais tout au contraire une grâce accordée à celui qui n'avait pas encore vécu, une grâce pouvant déterminer sa destinée et devenir aussi bien la source de son malheur que de son bonheur.

Les pauvres Fées étaient très affairées ; car la foule des solliciteurs était grande, et le monde intermédiaire, placé entre l'homme et Dieu, est soumis comme nous à la terrible loi du Temps et de son infinie postérité, les Jours, les Heures, les Minutes, les Secondes.

En vérité, elles étaient aussi ahuries que des ministres un jour d'audience, ou des employés du Mont-de-Piété quand une fête nationale autorise les dégagements gratuits. Je crois même qu'elles regardaient de temps à autre l'aiguille de l'horloge avec autant d'impatience que des juges humains qui, siégeant depuis le matin, ne peuvent s'empêcher de rêver au dîner, à la famille et à leurs chères pantoufles. Si, dans la justice surnaturelle, il y a un peu de précipitation et de hasard, ne nous étonnons pas qu'il en soit de même quelquefois dans la justice humaine. Nous serions nous-mêmes, en ce cas, des juges injustes.

Aussi furent commises ce jour-là quelques bourdes qu'on pourrait considérer comme bizarres, si la prudence, plutôt que le caprice, était le caractère distinctif, éternel des Fées.

Ainsi la puissance d'attirer magnétiquement la fortune fut adjugée à l'héritier unique d'une famille très riche, qui, n'étant doué d'aucun sens de charité, non plus que d'aucune convoitise pour les biens les plus visibles de la vie, devait se trouver plus tard prodigieusement embarrassé de ses millions.

Ainsi furent donnés l'amour du Beau et la Puissance poétique au fils d'un sombre gueux, carrier de son état, qui ne pouvait, en aucune façon aider les facultés, ni soulager les besoins de sa déplorable progéniture.

J'ai oublié de vous dire que la distribution, en ces cas solennels, est sans appel, et qu'aucun don ne peut être refusé.

Toutes les Fées se levaient, croyant leur corvée accomplie ; car il ne restait plus aucun cadeau, aucune largesse à jeter à tout ce fretin humain, quand un brave homme, un pauvre petit commerçant, je crois, se leva, et empoignant par sa robe de vapeurs multicolores la Fée qui était le plus à sa portée, s'écria :

« Eh! madame! vous nous oubliez! Il y a encore mon petit! Je ne veux pas être venu pour rien. »

La Fée pouvait être embarrassée ; car il ne restait plus rien. Cependant elle se souvint à temps d'une loi bien connue, quoique rarement appliquée, dans le monde surnaturel, habité par ces déités impalpables, amies de l'homme, et souvent contraintes de s'adapter à ses passions, telles que les Fées, les Gnomes, les Salamandres, les Sylphides, les Sylphes, les Nixes, les Ondins et les Ondines, - je veux parler de la loi qui concède aux Fées, dans un cas semblable à celui-ci, c'est-à-dire le cas d'épuisement des lots, la faculté d'en donner encore un, supplémentaire et exceptionnel, pourvu toutefois qu'elle ait l'imagination suffisante pour le créer immédiatement.

Donc la bonne Fée répondit, avec un aplomb digne de son rang : « Je donne à ton fils... je lui donne... le Don de plaire ! »

« Mais plaire comment? Plaire...? Plaire pourquoi? » demanda opiniâtrement le petit boutiquier, qui était sans doute un de ces raisonneurs si communs, incapable de s'élever jusqu'à la logique de l'Absurde.

«Parce que! Parce que! » répliqua la Fée courroucée, en lui tournant le dos; et rejoignant le cortège de ses compagnes, elle leur disait : « Comment trouvez-vous ce petit Français vaniteux, qui veut tout comprendre, et qui ayant obtenu pour son fils le meilleur des lots, ose encore interroger et discuter l'indiscutable? »

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Celui dont les pensers, comme des alouettes,
Vers les cieux le matin prennent un libre essor,
- Qui plane sur la vie, et comprend sans effort
Le langage des fleurs et des choses muettes!

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Je veux donner l'idée d'un divertissement innocent. Il y a si peu d'amusements qui ne soient pas coupables!

Quand vous sortirez le matin avec l'intention décidée de flâner sur les grandes routes, remplissez vos poches de petites inventions d'un sol, - telles que le polichinelle plat mû par un seul fil, les forgerons qui battent l'enclume, le cavalier et son cheval dont la queue est un sifflet, - et le long des cabarets, au pied des arbres, faites-en hommage aux enfants inconnus et pauvres que vous rencontrerez. Vous verrez leurs yeux s'agrandir démesurément. D'abord ils n'oseront pas prendre; ils douteront de leur bonheur. Puis leurs mains agripperont vivement le cadeau, et ils s'enfuiront comme font les chats qui vont manger loin de vous le morceau que vous leur avez donné, ayant appris à se défier de l'homme.

Sur une route, derrière la grille d'un vaste jardin, au bout duquel apparaissait la blancheur d'un joli château frappé par le soleil, se tenait un enfant beau et frais, habillé de ces vêtements de campagne si pleins de coquetterie.
Le luxe, l'insouciance et le spectacle habituel de la richesse, rendent ces enfants-là si jolis, qu'on les croirait faits d'une autre pâte que les enfants de la médiocrité ou de la pauvreté.

A côté de lui, gisait sur l'herbe un joujou splendide, aussi frais que son maître, verni, doré, vêtu d'une robe pourpre, et couvert de plumets et de verroteries. Mais l'enfant ne s'occupait pas de son joujou préféré, et voici ce qu'il regardait :

De l'autre côté de la grille, sur la route, entre les chardons et les orties, il y avait un autre enfant, pâle, chétif, fuligineux, un de ces marmots-parias dont un œil impartial découvrirait la beauté, si, comme œil du connaisseur devine une peinture idéale sous un vernis de carrossier, il le nettoyait de la répugnante patine de la misère.

A travers ces barreaux symboliques séparant deux mondes, la grande route et le château, l'enfant pauvre montrait à l'enfant riche son propre joujou, que celui-ci examinait avidement comme un objet rare et inconnu. Or, ce joujou, que le petit souillon agaçait, agitait et secouait dans une boîte grillée, c'était un rat vivant! Les parents, par économie sans doute, avaient tiré le joujou de la vie elle-même.

Et les deux enfants se riaient l'un à l'autre fraternellement, avec des dents d'une égale blancheur.

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Publié le 8 Avril 2015

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A moi. L'histoire d'une de mes folies. Depuis longtemps je me vantais de posséder tous les paysages possibles, et trouvais dérisoires les célébrités de la peinture et de la poésie moderne.

J'aimais les peintures idiotes, dessus de portes, décors, toiles de saltimbanques, enseignes, enluminures populaires ; la littérature démodée, latin d'église, livres érotiques sans orthographe,
romans de nos aïeules, contes de fées, petits livres de l'enfance, opéras vieux, refrains niais, rythmes naïfs.

Je rêvais croisades, voyages de découvertes dont on n'a pas de relations, républiques sans histoires, guerres de religion étouffées, révolutions de moeurs, déplacements de races et de continents : je croyais à tous les enchantements.

J'inventai la couleur des voyelles ! - A noir, E blanc, I rouge, O bleu, U vert. - Je réglai la forme et le mouvement de chaque consonne, et, avec des rythmes instinctifs, je me flattai d'inventer un verbe poétique accessible, un jour ou l'autre, à tous les sens. Je réservais la traduction.

Ce fut d'abord une étude. J'écrivais des silences, des nuits, je notais l'inexprimable. Je fixais des vertiges.

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Les tilleuls sentent bon dans les bons soirs de juin !
L'air est parfois si doux, qu'on ferme la paupière ;
Le vent chargé de bruits - la ville n'est pas loin -
A des parfums de vigne et des parfums de bière...

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Plus douce qu'aux enfants la chair des pommes sures,
L'eau verte pénétra ma coque de sapin
Et des taches de vins bleus et des vomissures
Me lava, dispersant gouvernail et grappin

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J'ai embrassé l'aube d'été.

Rien ne bougeait encore au front des palais. L'eau était morte. Les camps d'ombres ne quittaient pas la route du bois. J'ai marché, réveillant les haleines vives et tièdes, et les pierreries regardèrent, et les ailes se levèrent sans bruit.

La première entreprise fut, dans le sentier déjà empli de frais et blêmes éclats, une fleur qui me dit son nom.

Je ris au wasserfall blond qui s'échevela à travers les sapins: à la cime argentée je reconnus la déesse.

Alors, je levai un à un les voiles. Dans l'allée, en agitant les bras. Par la plaine, où je l'ai dénoncée au coq. A la grand'ville elle fuyait parmi les clochers et les dômes, et courant comme un mendiant sur les quais de marbre, je la chassais.

En haut de la route, près d'un bois de lauriers, je l'ai entourée avec ses voiles amassés, et j'ai senti un peu son immense corps. L'aube et l'enfant tombèrent au bas du bois.

Au réveil il était midi.

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Publié le 8 Avril 2015

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Je ne veux que les toits et les façades blanches
Que le ciel moutonnant la nudité des branches
Des bosquets parsemant un îlot de verdure
Comme si février disait que rien ne dure.

Je ne vois que des âmes errant au soleil blanc
Que des oiseaux grisant le parc étincelant
Sur les tables de pierre, l'assise des gisants
Comme si ces mortels se prenaient au vivant.

Je n'ai vu que le temps passant passablement
Qu'une folle accalmie souriant au dément
Ironique de vie, de pleurs et de tourments.

Je respire derrière la fenêtre ouverte
Juste assez pour que nul ne tombe à sa perte
Et je ferme les yeux, un doux instant inerte...

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Moon disguise

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Publié le 8 Avril 2015

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Les trains rêvent dans la rosée, au fond des gares...
Ils rêvent des heures, puis grincent et démarrent...
J'aime ces trains mouillés qui passent dans les champs,
Ces longs convois de marchandises bruissant,

Qui pour la pluie ont mis leurs lourds manteaux de bâches,
Ou qui forment la nuit entière dans les garages...
Et les trains de bestiaux où beuglent mornement
Des bêtes qui se plaignent au village natal...

Tous ces rands wagons gris, hermétiques et clos,
Dont le silence luit sous l'averse automnale,
Avec leurs inscriptions effacées, leurs repos
Infinis, leurs nuits abandonnées, leurs vitres pâles...

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Les souvenirs, ce sont les chambres sans serrures,
Des chambres vides où l'on n'ose plus entrer,
Parce que de vieux parents jadis y moururent.
On vit dans la maison où sont ces chambres closes.

On sait qu'elles sont là comme à leur habitude,
Et c'est la chambre bleue, et c'est la chambre rose...
La maison se remplit ainsi de solitude,
Et l'on y continue à vivre en souriant...

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Je t'ai rêvée en la naïveté des choses,
Et j'ai parlé de toi aux plus vieilles d'entre elles,
À des champs, à des blés, aux arbres, à des roses. -
Elles n'en seront pas pourtant plus éternelles,

Mais d'elles ou de moi celui qui doit survivre
En gardera quelque douceur pour ses vieux jours...
Je m'en vais les quitter, puisque voici les givres.
Tu ne les connaîtras jamais... les temps sont courts...

Mais vous ne pouvez pas vous être indifférentes,
Simplement parce que je vous ai très aimées...
Ô les toutes petites et si vieilles plantes !
Moi qui ne me les suis jamais imaginées

Hors de leur sol natal, ce m'est un grand chagrin
De savoir qu'elles mourront sans t'avoir connue...
Elles ont des airs si résignés, si sereins,
Et si tristes de ce que tu n'es pas venue !...

Que mon coeur soit pour toi le grand champ paternel,
Où si tu n'es pas née au moins tu dois mourir.
Que je te plante en moi, germe de toute rose,
Pour oublier que tu vécus ailleurs qu'en moi. -

Et tu passeras moins qu'ont passé bien des choses. -

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