Publié le 8 Avril 2015

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L'express de luxe Coucher-de-Soleil
lace le pays
d'est en ouest.
Quinze wagons blindés,
pareils à des sous-sols de banque
dans lesquels circulent des nègres amidonnés,
avec des plateaux pleins de glace,
frères des nègres qui portent des sorbets
sur les fresques de Tiepolo.
Quand le train passe,
l'on comprend tout le chagrin
que les maisons
ont
à être des immeubles.
Le wagon traverse des déserts rouges
et des déserts blancs
parsemés de cactus turgides
comme des asperges de cinq mètres, cannelées,
poilues,
quelquefois même avec des bras.
Il perfore des villes de zinc
et des villes de bois
tiré par la grande locomotive qui sonne
la cloche.
En entrant dans les gares
elle a un cri de la gorge
que Proust eût aimé,
avec son goût pour les voix enrouées.
Est-ce cela,
ou ce glas,
ou la pensée que l'automobile de l'amoureux,
n'ayant pas vu la tête de mort du passage à niveau,
s'est écrasée contre le chasse-pierres,
ou simplement
leur puissance en chevaux-vapeur
qui donne envie de pleurer
quand s'avancent
les locomotives du Southern Pacific ?
Elles ont des perles au cou ;
des mécaniciens gantés
les caressent.
Les machines sont les seules femmes
que les Américains savent rendre heureuses.

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Publié le 8 Avril 2015

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Nous n'entendrons plus ta chanson,
Marchande, « belles fraises »,
Ni ta trompette à l'aigre son,
Doux rempailleur de chaises !

Prépare l'omelette au lard,
Je vais plier les nappes.
Oh ! ces écharpes de brouillard
Sur mon quai de Jemmapes.

Où sont les restes du pâté ?
Où, tes rires, faunesse ?
J'ai perdu la passoire à thé.
J'ai perdu ma jeunesse...

Ses baisers d'étourdie,
Rêve !...
Deux déménagements
Valent un incendie.

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Publié le 8 Avril 2015

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Une renoncule âcre appelée bouton d'or
un matin est simplement cueillie
l'arbre n'en frémit pas d'autant
les insectes constructeurs
tournent autour
et ils sont cuirassés
ils ont des yeux à facettes
et portent des armes
minuscules et lancinantes
mais lorsque le sol s'échauffe
les rondes des enfants commencent.

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Les enfants qui vont fouiller dans les greniers
où sont les mannequins noirs
les oignons, les issues
le sac de papier brun où reste de l'anis étoilé
connaîtront un jour les tracas et sauront
ce qu'il en coûte de rechercher les voluptés
et d'épouser la courbe délicieuse.

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Voyageurs des grands espaces
lorsque vous verrez une fille
tordant dans des mains de splendeur
une chevelure immense et noire
et que par surcroît
vous verrez
près d'une boulangerie sombre
un cheval couché dans la mort
à ces signes vous reconnaîtrez
que vous êtes parmi les hommes.

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Publié le 8 Avril 2015

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Le Pauvre Blaise va par la plaine
Avec son cœur en peine...
Il n'aime plus rien que le ciel et l'eau ;
C'est pourquoi il va vers la mer et les bateaux.
Le long de la douce triste Mer du Nord
Il cherche une petite ville qui dort.
Mais elles ont reculé toutes derrière la dune,
Roulées dans leur mante de sable - ou brune
Et blanche comme le limon et l'écume.
Bah ! tant qu'il y a de l'eau et du ciel
Le pauvre Blaise ne sera pas découragé :
Ce sont les hommes seulement qui lui font peur.

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Publié le 8 Avril 2015

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Je suis né dans une île amoureuse du vent
Où l'air a des senteurs de sucre et de vanille
Et que berce au soleil du tropique mouvant
Le flot tiède et bleu de la mer des Antilles.

Sous les brises, au chant des arbres familiers,
J'ai vu des horizons où planent des frégates
Et respiré l'encens sauvage des halliers
Dans ses forêts pleines de fleurs et d'aromates.

Cent fois je suis monté sur ses mornes en feu
Pour voir à l'infini la mer splendide et nue
Ainsi qu'un grand désert mouvant de sable bleu
Border la perspective immense de la vue.

À l'heure où sur ses pics s'allument les boucans,
Un hibou miaulait au cœur de la montagne
Et j'écoutais, pensif, au pied des noirs volcans
L'oiseau que la chanson de la nuit accompagne.

Contre ces souvenirs en vain je me défends.
Je me souviens des airs que les femmes créoles
Disent au crépuscule à leurs petits enfants,
Car ma mère autrefois m'en apprit les paroles.

Et c'est pourquoi toujours mes rêves reviendront
Vers ces plages en feu ceintes de coquillages,
Vers les arbres heureux qui parfument ses monts
Dans le balancement des fleurs et des feuillages.

Et c'est pourquoi du temps des hivers lamentables
Où des orgues jouaient au fond des vieilles cours,
Dans les jardins de France où meurent les érables
J'ai chanté ses forêts qui verdissent toujours.

Ô charme d'évoquer sous le ciel de Paris
Le souvenir pieux d'une enfance sereine,
Et, dans un Luxembourg aux parterres flétris,
De respirer l'odeur d'une Antille lointaine !

Ô charme d'aborder en rêve au sol natal
Où pleure la chanson des longs filaos tristes,
Et de revoir au fond du soir occidental
Flotter la lune rose au faîte des palmistes.

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Publié le 8 Avril 2015

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Je veux n'être pas cru, je veux n'être pas même entendu.
Qu'on me laisse isolé, désolé.
Je veux qu'on me haïsse et qu'on me calomnie,
Je veux faire le bien et que tous puissent dire :
Il fait tout le mal !

Je ne veux pas être défendu,
Je veux avec ma vie toute nue
Être errant devant tous, perclus, perdu.

Les trèfles qui bougeaient en moi tous les ont niés ;
Les êtres purs sèment le scandale,
Il faut être le juste que tous accusent.

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Publié le 8 Avril 2015

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L'eau terne enserre les dragues
Dans un bassin de mercure
Où nage, sombre teinture,
La fumée aux gestes vagues.

Régulière, la fumée
Cherche à tâtons le ciel morne,
S'arrête et crée une borne.
C'est ma vue accoutumée.

Les pinces des dragues plongent,
Avec un bruit diabolique,
Dans le bassin métallique
Qu'incessamment elles rongent.

Fleuve et ciel sont uniformes.
C'est à perdre l'équilibre
Et voir dans l'espace libre
Creuser les engins énormes.

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Publié le 8 Avril 2015

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Ne regrette pas que la nuit soit venue plus tôt avec l'ondée
le beau noir pluvieux du velours de l'été
enserre la terre
ne regrette pas la lumière
les formes sont mortes
les arbres se figent au-delà des vitres

Il n'y a que la petite lampe de la chambre
et ce papier où je vois trembler d'autres temps
écoute le sable blessé
plus aucun pas sur l'allée
écoute l'air
plus aucun vol plus aucun vent
écoute la pensive pluie aveugle tâtonner

« voici dit-elle la terre tiède
voici ses feuilles et ses maisons
voici l'odeur de ses moissons
et la margelle brûlée des puits
voici, dit-elle, je viens avec la nuit
blanche sur son front noir. »

écoute le destin entravé qui frappe
ta vie se ferme : ouvre la porte à ton enfance.

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Publié le 8 Avril 2015

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Pourquoi depuis un temps, inquiète et rêveuse,
Suis-je triste au sein des plaisirs ?
Quand tout sourit à mes désirs,
Pourquoi ne suis-je pas heureuse ?

Pourquoi ne vois-je plus venir à mon réveil
La foule des riants mensonges ?
Pourquoi dans les bras du sommeil
Ne trouvé-je plus de doux songes ?

Pourquoi, beaux-arts, pourquoi vos charmes souverains
N'enflamment-ils plus mon délire ?
Pourquoi mon infidèle lyre
S'échappe-t-elle de mes mains ?

Quel est ce poison lent qui pénètre mes veines
Et m'abreuve de ses langueurs ?
Quand mon âme n'a point de peine,
Pourquoi mes yeux ont-ils des pleurs ?

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Passer ses jours à désirer,
Sans trop savoir ce qu'on désire ;
Au même instant rire et pleurer,
Sans raison de pleurer et sans raison de rire ;

Redouter le matin et le soir souhaiter
D'avoir toujours droit de se plaindre,
Craindre quand on doit se flatter,
Et se flatter quand on doit craindre ;

Adorer, haïr son tourment ;
À la fois s'effrayer, se jouer des entraves ;
Glisser légèrement sur les affaires graves,
Pour traiter un rien gravement,

Se montrer tour à tour dissimulé, sincère,
Timide, audacieux, crédule, méfiant ;
Trembler en tout sacrifiant,
De n'en point encore assez faire ;

Soupçonner les amis qu'on devrait estimer ;
Être le jour, la nuit, en guerre avec soi-même ;
Voilà ce qu'on se plaint de sentir quand on aime,
Et de ne plus sentir quand on cesse d'aimer.

(Cliquez sur les liens ci-dessus ... Et mettre le son)

http://www.ipernity.com/doc/armanny/730494

http://www.ipernity.com/doc/armanny/531213

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Publié le 8 Avril 2015

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Tel est fait de pierre, tel est fait d'argile,
Mais moi, je m'argente et scintille
Je m'occupe de trahir, je m'appelle Marine,
Je suis la fragile écume marine
Tel est fait de pierre, tel est fait de chair.
Pour eux cercueils et pierres tumulaires;
Dans les fonds marins baptisée
Je suis, dans mon envol, constamment brisée!
Au travers des cœurs, au travers des rêts,
Mon bon plaisir perce son chemin
Moi - Vois-tu ces boucles déchaînées?
Je ne suis point faite de dépôts salins,
Me brisant sur vos genoux de granit,
A chaque vague je ressuscite.
Que vive l'écume, joyeuse écume,
La haute écume marine.

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