Publié le 8 Avril 2015

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Comme le temps, je n'aurais fait que passer
Comme le temps, je n'ai plus envie de m'arrêter.
Il me semble que plus rien ne me retient
Et que je partirai, tout simplement, un matin...

Dans ma vie, je n'aurai fait que passer
Laissant derrière moi des visages aimés
Dans le gris sale des petits matins
Quand mortelle solitude m'étreint.

Sur les routes, je n'aurai fait que passer
Déchirant l'espace nocturne des rues mouillées
Abritant une petite flamme au creux de la main
Cœur de lumière que le vent a éteint.

Dans votre cœur, je n'aurai fait que passer
Vous, ceux que j'ai tant et trop aimés,
Un geste, un regard et tout s'arrête soudain
Sans savoir pourquoi, le fol espoir ne sert à rien.

Dans ma tête, je n'aurai fait que passer
Tant d'images, de paysages traversés,
Un souvenir, une trace, un chemin,
Tant de questions, hasard ou destin...

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Publié le 8 Avril 2015

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Pourquoi choisir la solitude ?

Elle est la seule véritable amie, celle qui vous comprend, agréable et détestable à la fois.
Mais grâce à elle on a l'impression d'exister, par elle d'avoir une importance, d'être encore dans le monde des vivants !

Elle vous donne le sentiment d'aimer et d'être aimé, une chose essentielle dans la vie des êtres humains, ce sentiment noble qui est l'amour et qui vous donne encore ne certaine dignité malgré la souillure qui a imprégné certains cœur !

La solitude sera là, malgré les circonstances et aux échecs elle se fait toujours un peu plus ressentir comme pour signifier qu'elle n'a pas changé !

La seule promesse que la vie tient toujours : c'est la souffrance... Personne n'est épargné par cette douleur sourde qui vous dévore intérieurement et qui vous consume à petit feu. Quelle souffrance de découvrir que l'être que l'on aime ne vous aime pas, d'avoir en face de soi quelqu'un de dur, un mur de glace, dénué de sentiments et d'émotions. Quelle souffrance que d'être rejetée, meurtrie, trahie !

Acquérir une certaine indifférence par rapport à ce qui nous entoure, passer outre sur son ressentir, faire taire ses sentiments c'est aussi se protéger contre la souffrance. L'indifférence est l'antidote à la douleur morale !

La souffrance est ce mal incurable qui détruit les êtres... Mais la vie est ainsi faite !

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Publié le 8 Avril 2015

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Dans le clair petit bar aux meubles bien cirés,
Nous avons longuement bu des boissons anglaises ;
C'était intime et chaud sous les rideaux tirés.
Dehors le vent de mer faisait trembler les chaises.

On eût dit un fumoir de navire ou de train :
J'avais le cœur serré comme quand on voyage ;
J'étais tout attendri, j'étais doux et lointain ;
J'étais comme un enfant plein d'angoisse et très sage.

Cependant, tout était si calme autour de nous !
Des gens, près du comptoir, faisaient des confidences.
Oh, comme on est petit, comme on est à genoux,
Certains soirs, vous sentant si près, ô flots immenses !

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Un jour, à Kharkov, dans un quartier populaire,
(O cette Russie méridionale, où toutes les femmes
Avec leur châle blanc sur la tête, ont des airs de Madone !)
Je vis une jeune femme revenir de la fontaine
Portant, à la mode de là-bas, comme du temps d'Ovide,
Deux seaux suspendus aux extrémités d'un bois
En équilibre sur le cou et les épaules.
Et je vis un enfant en haillons s'approcher d'elle et lui parler.
Alors, inclinant aimablement son corps à droite,
Elle fit en sorte que le seau plein d'eau pure touchât le pavé
Au niveau des lèvres de l'enfant qui s'était mis à genoux pour boire.

Un matin, à Rotterdam, sur le quai des Boompjes,
(C'était le 18 septembre 1900, vers huit heures),
J'observais deux jeunes filles qui se rendaient à leurs ateliers ;
Et en face d'un des grands ponts de fer, elles se dirent au revoir,
Leurs routes n'étant pas les mêmes.
Elles s'embrassèrent tendrement; leurs mains tremblantes
Voulaient et ne voulaient pas se séparer ; leurs bouches
S'éloignaient douloureusement pour se rapprocher aussitôt
Tandis que leurs yeux fixes se contemplaient...
Ainsi elles se tinrent un long moment tout près l'une de l'autre,
Debout et immobiles au milieu des passants affairés,
Tandis que les remorqueurs grondaient sur le fleuve,
Et que des trains manœuvraient en sifflant sur les ponts de fer.

Entre Cordoue et Séville
Est une petite station, où, sans raisons apparentes,
Le Sud-Express s'arrête toujours.
En vain le voyageur cherche des yeux un village
Au-delà de cette petite gare endormie sous les eucalyptus :
Il ne voit que la campagne andalouse : verte et dorée.
Pourtant, de l'autre côté de la voie, en face,
Il y a une hutte faite de branchages noircis et de terre.
Et au bruit du train une marmaille loqueteuse en sort.
La sœur aînée les précède, et s'avance tout près sur le quai
Et, sans dire un mot, mais en souriant,
Elle danse pour avoir des sous.
Ses pieds dans la poussière paraissent noirs;
Son visage obscur et sale est sans beauté ;
Elle danse, et par les larges trous de sa jupe couleur de cendre
On voit, nues, s'agiter ses cuisses maigres,
Et rouler son petit ventre jaune ;
Et chaque fois, pour cela, quelques messieurs ricanent,
Dans l'odeur des cigares, au wagon-restaurant...

O mon Dieu, ne sera-t-il jamais possible
Que je connaisse cette douce femme, là-bas, en Petite-Russie,
Et ces deux amies de Rotterdam,
Et la jeune mendiante d'Andalousie
Et que je me lie avec elles
D'une indissoluble amitié ?
(Hélas, elles ne liront pas ces poèmes,
Elles ne sauront ni mon nom ni la tendresse de mon cœur;
Et pourtant elles existent, elles vivent maintenant.)
Ne sera-t-il jamais possible que cette grande joie me soit donnée,
De les connaître ?
Car, je ne sais pourquoi, mon Dieu, il me semble qu'avec elles quatre,
Je pourrais conquérir un monde !

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Publié le 8 Avril 2015

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Une vague langueur a pénétré les choses :
Le ciel est gris, la terre est grise, tout est gris,
Et l'automne, ennemi des brillants coloris,
Voile le vert des prés et la blancheur des roses.

Les nids sont désertés et les portes sont closes ;
Les sentiers sont couverts de multiples débris ;
Les brouillards, par milliers, sur les champs assombris,
Planent, semant la rouille et les métamorphoses.

Les jours sont des vieillards qui geignent, en passant,
Frileux ; et le soleil, jadis resplendissant,
Par un chemin plus court fuit, maintenant, livide.

Et devant les splendeurs mortes qu'il adorait,
Le poète a rêvé de chanter son regret,
Mais son cœur s'est perdu dans une chanson vide.

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Publié le 8 Avril 2015

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Ah ! laissez-moi bercer mon ineffable rêve,
Je sens d'un autre lin se vêtir ma beauté,
Et la lune est ainsi qu'une averse d'été,
Et la colombe au bord de son nid se soulève...

Il semble que je vis dans un biblique jour,
Mes cheveux sont pareils aux vapeurs du cinname,
C'est l'âme de Sion qui chante dans mon âme,
J'ai brûlé des parfums et respiré l'amour.

J'ai crié vers les bois pour réveiller les roses
Et pour en obtenir le cœur du bien-aimé...
J'ai compris en passant dans le vent enflammé,
Que le désir est mûr sur mes lèvres écloses.

Mon rire était ainsi que du cristal brisé,
J'ai supplié la vie en pleurant sur la terre,
Aux arbres, aux ruisseaux, à l'ombre solitaire,
J'ai demandé tout bas le secret du baiser...

Le printemps regardait se balancer les cloches,
Toute l'odeur de Pâque était sur les chemins,
Les muguets ont loué la blancheur de mes mains,
Et j'ai su que les temps de mes noces sont proches.

Je veux seule, ce soir, sangloter dans l'air doux.
Oh ! c'est trop de bonheur, trop d'ardeur, trop d'alarmes,
Mes yeux sont étonnés de leurs nouvelles larmes,
Vous ne pouvez savoir encore...

Éloignez-vous...

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Publié le 8 Avril 2015

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Sur la terre il tombe de la neige,
Sur la terre il tombe de l'ombre.

Où sont allées les feuilles mortes ?
Même les feuilles sèches sont mortes,
Et maintenant de la neige et de l'ombre tombent.

On dirait de mauvais anges qui heurtent
Les marteaux rouillés contre les portes,
Des anges qui nous tuent de souffrances très lentes.
Et, à l'horizon, les tristes nues, traînantes...

Les maisons sont closes comme des tombes sombres,
Et, partout, c'est de la neige et de l'ombre qui tombent.

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Publié le 8 Avril 2015

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Calme des nuits sur l'Océan
Étoiles et feux du navire,
Et l'éternel balancement
Des houles et de mon désir.

Qui donc es-tu, maîtresse amère,
Ô volupté de l'abandon ?
Le cœur nourri de tes poisons
N'atteindra jamais sa chimère.

Penché sur ton changeant visage
Où se reflètent tour à tour
La fuite éperdue du voyage
Et le feu lointain de l'amour,

Je cherche la trace ambiguë
Du dieu malin qui me poursuit
Et ne l'ai pas sitôt saisie
Que je l'ai déjà reperdue.

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La brume s'échevèle au détour des allées,
Un souvenir épars s'attarde et se recueille,
Il flotte une douceur de choses en allées
Un songe glisse en nous, comme un pas sur les feuilles.

Les jardins de Novembre accueillent vos amours,
Ô jeunesse pensive, Ô saison dissolvante,
Les grands jardins mélancoliques et qui sentent
La fin, la pluie - odeurs humides de l'air lourd,
De choses mortes qui retournent à la terre.

Iris mauves aux parfums âcres, aux tiges pâles,
Ployés un peu, et qui se fanent, solitaires,
Et laissent tristement pendre leurs longs pétales
Transparents, trop veinés, trop fins - comme une lèvre
Dont les baisers ont bu le sang et la tiédeur

Cherche encore une bouche où poser sa langueur.
Le grand jardin brumeux sommeille. Sourde fièvre
Ô parfums trop aigus des iris et des roses
Flétris - parfums et mort - serre chaude d'odeurs.

Tout l'univers mourant qui s'épuise en senteurs
Et puis dans la tristesse odorante des choses
Effeuillant, inclinant, chaque fleur du jardin
D'un battement furtif, égal et doux, se pose
L'aile silencieuse et lasse du déclin.

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Trésors des nuits et vous dons éclatants du jour,
Qui m'avez, ombre molle ou trop vivace flamme,
De tendresse ou d'orgueil dilaté tour à tour,
Ainsi donc je vous ai tenus en ma pauvre âme

J'ai senti sous ma peau se couler chaudement
La sève de mes jours et l'été de ma vie,
J'ai compté la douceur de chaque battement,
Et de vivre ma chair fut sans cesse ravie.

Par grappes les instants comme des raisins mûrs,
Ensanglantaient mes mains de leur tiédeur pourprée
Et le Moi du présent tendant vers son futur
Fiévreusement ainsi qu'une bouche altérée.

Et maintenant, je sais un bonheur plus certain
Que la minute ardente et dont s'émeut notre ombre
Mais dont l'éclair farouche, éblouissant et vain
S'abîme pour jamais dans le passé sans nombre.

Je sais que l'Univers une fois possédé
Est mien comme le sont ma joie et ma tristesse
Que le multiple amour dont je suis habité
Le vêt d'une éternelle et paisible richesse.

Que l'algue qui se ploie au sillage qui luit
L'arôme ensoleillé des pins gras de résine ;
Que les étoiles dans les arbres, et le bruit
Du jet d'eau qui fait sangloter la nuit divine,

Que le fruit qui se gonfle et dont rit le verger
Que l'herbe qui se meut vers le soleil, la flamme
Souple, la terre et l'eau vivantes, l'air léger,
Que ce qui vit et meurt a pour centre mon âme

Je suis riche d'un monde impalpable et puissant
D'où naissent le bonheur et l'orgueil solitaires
La clarté que je vois, le parfum que je sens
M'enivrent d'un docile et quotidien mystère

Et c'est pourquoi, prunelle aveugle de la nuit,
Ô Mort, je vais sans peur vers ta gloire inféconde
Émerveillé de moi, je consens et te suis ;
J'emporte en mes yeux clos le visage du Monde.

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La nuit s'est refermée
Comme un calice obscur
Sur la pulpe dorée
Et tiède de la chambre.

La lampe se consume
Sous un arc de silence
Et je ne sais plus rien
Sinon que je suis seul,

Mordu par un désir
Qui se mêle aux rumeurs
Du jardin frissonnant
Sous l'averse nocturne.

Un nom - hier ignoré
Plaqué comme un accord,
Élargit le silence
Aux limites du soir,

Tandis que replié
Sur un âpre plaisir
Où parfois la tendresse
Fuse comme un sanglot,

J'appelle sans espoir,
D'un cri de tout mon être,
Un bonheur déchirant
Amer comme un départ.

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Demerara ! Demerara ! un ciel d'orage
Bistre et goudron,
Des nuages livides, alignés, bien sages
Pareils à des ballots de coton.

Quelques palmiers agriffent l'émail
Des toits de zinc chauffés à blanc.
On toucherait le ciel avec sa main.
Un soleil mou crève dans son pansement.

Une ligne noire partage le monde
Vert pâle et jaune et sans une ombre.
Des docks accroupis lèchent un flot gras
Irisé d'arcs-en-ciel d'essences.
C'est là que viennent s'étirer les pirogues
Des silencieux qui cherchent les placers.

Demerara ! Demerara ! Lointaine terre.

Ce sont les boues de l'Orénoque, dites-vous,
Qui font cette mer visqueuse et ces remous d'opale ?
D'ailleurs elle foisonne de squales.

Mais cet énorme policeman ne s'en soucie guère
Il roule et tangue sur le pont du paquebot,
Avec sa casquette à plaque, son casse-tête
Et sa face pareille à un soleil noir.

Des évadés, paraît-il ! Cinq jours de canot.
Ils voulaient gagner Surinam,
Mais ils n'avaient plus de vivres... Et alors...
Ici il y a le « hard labour » et la police noire.
Les Anglais ne plaisantent pas. Dieu merci !

Demerara ! Demerara ! Lointaine terre !

All right ! My boy...
Cinq cents tonnes de cacao...
À San Juan de Porto Rico...
Le cours du rhum...

Faut-il qu'ils aient souffert, tout de même,
Pour avoir ces gueules !
Ah ! ces visages de cire
Comme on en voit dans les musées de foire.
On n'a pas besoin de leur mettre les menottes.
Ils ont des yeux de fièvre et des barbes sales.
Et des gestes las dans leurs vêtements de coton gris.

Trois paires d'yeux luisent dans l'entrepont.
Le plus grand a mis les mains dans ses poches,
Et c'est peut-être le seul qui ait l'air triste.

Demerara ! Demerara !
Sirène
On a soufflé une lampe, brusquement à l'horizon.
Une grenade écrasée saigne au raz de la mer.
Des écharpes de suie traînent le long des mâts.

La nuit s'abat comme un poing brutal sur le pont,
Le feu d'avant, le feu d'arrière
Se balancent rouge et vert.

Demerara ! Demerara ! Lointaine terre...

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Publié le 8 Avril 2015

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J'entre ce soir dans la maison déserte, sous les pins.
L'ombre a tout saccagé. Cependant, je reviens

Tout seul, comme autrefois je marchais sur la plage,
Ignorant, ignoré des amis de mon âge.

À l'heure où les cafés bourdonnent comme un nid
De frelons, je regagne un des ports de ma vie.

Voici le chemin pluvieux et la barrière blanche
Et le sol tapissé d'épaves et de branches ;

Quelqu'un m'attendait là : un visage de sable,
Quand je rentrais, traquant une meute d'étoiles.

Je t'appelle, visage, et voici que le vent
Chante, comme il chantait sous les pas du printemps.

J'ai franchi tant d'espace et rompus tant de liens
Que je ne sais plus trop qui je suis, d'où je viens ;

Cependant une main invisible me guide.
Est-ce vrai qu'on ne peut rompre la chrysalide

Et ramener à soi le cœur évanoui
Qui erre et se disloque au travers de la nuit ?

Je l'ai quitté ici et nous avons vécu,
Apaisant notre faim d'un froment inconnu,

Mais je l'entends toujours ricocher et sombrer
Dans un pâle silence aux frontières murées.

Ô ma mère, voici l'enfant de votre chair,
Il ne craint ni l'écueil, ni la soif du désert

Et si vous l'attirez dans une aride veille,
Comme un arbre d'automne oublieux de ses feuilles

Il saura rassembler sous le plafond des chambres
Ensanglantées et nues, les guirlandes de cendre

Où la fleur toujours vive, en sa robe océane,
Scintille, épanouie comme un oiseau qui plane.

Ô mes saisons perdues et mes lampes éteintes,
C'est une voix en vous qui gravite et qui tinte,

C'est un regard absent qui vous livre un secret
Maternel, enrobé de ténèbre et de craie.

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Publié le 8 Avril 2015

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Un rat est venu dans ma chambre.
Il a rongé la chandelle.
Il a fait trembler la table branlante,
Et renversé le pot à bière.
Je l'ai pris dans mes bras blancs.
Il était chaud comme un enfant.
Je l'ai bercé tendrement
Et je lui chantais doucement :
« Dors mon rat, mon petit flic, mon petit agent
« Oh ! ne m'arrête pas ce soir, sous la lune.
« Ferme les yeux quand je serai là avec mon amant. »

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Publié le 8 Avril 2015

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Dans le lit vaste et dévasté
J'ouvre les yeux près d'elle ;
Je l'effleure : un songe infidèle
L'embrasse à mon côté.

Une lueur tranchante et mince
Échancre mon plafond,
Très loin, sur le pavé profond,
J'entends un seau qui grince...

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Dans le silencieux automne
D'un jour mol et soyeux,
Je t'écoute en fermant les yeux,
Voisine monotone.

Ces gammes de tes doigts hardis,
C'étaient déjà des gammes
Quand n'étaient pas encor des dames
Mes cousines, jadis ;

Et qu'aux toits noirs de la Rafette,
Où grince un fer changeant,
Les abeilles d'or et d'argent
Mettaient l'aurore en fête.

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Ô mer, toi que je sens frémir
À travers la nuit creuse,
Comme le sein d'une amoureuse
Qui ne peut pas dormir ;

Le vent lourd frappe la falaise...
Quoi ! si le chant moqueur
D'une sirène est dans mon cœur -
Ô cœur, divin malaise.

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Quoi, plus de larmes, ni d'avoir
Personne qui vous plaigne...
Tout bas, comme d'un flanc qui saigne,
Il s'est mis à pleuvoir.
Douce plage où naquit mon âme ;
Et toi, savane en fleurs
Que l'Océan trempe de pleurs
Et le soleil de flamme ;

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Douce aux ramiers, douce aux amants,
Toi de qui la ramure
Nous charmait d'ombre et de murmure,
Et de roucoulements ;

Où j'écoute frémir encore
Un aveu tendre et fier
Tandis qu'au loin riait la mer
Sur le corail sonore.

Toute allégresse a son défaut
Et se brise elle-même.
Si vous voulez que je vous aime,
Ne riez pas trop haut.

C'est à voix basse qu'on enchante
Sous la cendre d'hiver
Ce cœur, pareil au feu couvert,
Qui se consume et chante.

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Puisque tes jours ne t'ont laissé
Qu'un peu de cendre dans la bouche,
Avant qu'on ne tende la couche
Où ton cœur dorme, enfin glacé,
Retourne, comme au temps passé,
Cueillir, près de la dune instable,
Le lys qu'y courbe un souffle amer,
Et grave ces mots sur le sable :
Le rêve de l'homme est semblable
Aux illusions de la mer.

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