Publié le 8 Avril 2015

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Me voici revenu de la rive incertaine
où lamente la lyre abandonnée d'Orphée :
le vent d'en-bas m'emplit de vertige les veines
et mon double brumeux ne s'est point dissipé.

Après avoir usé ma ressemblance humaine
les lunes mauves de l'Enfer m'ont patiné.
Mes yeux ? deux diamants d'hiver ou deux fontaines
Qui fixent un soleil immuable et glacé.

Tel l'arbre aux pas profonds, aveugle de murmures
secoue dans le sommeil ses nocturnes verdures
où les soleils défunts mûrissent oubliés :

Le même arbre de jour, que la lumière outrage
Sans feuilles, sans oiseaux, flagellant les nuages
Maudit de ses grands bras anathèmes l'été.

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Publié le 8 Avril 2015

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Je ne chanterai pas très haut ni très longtemps.
C'est à mon plaisir seul, à vous que je m'attends
Égalité du cœur, honnête poésie.
Je n'ai rien de meilleur que cette humeur unie,
J'éprouve la couleur le grain de mon papier
Et l'incertain trésor que j'y viens gaspiller.

Toute pleine de moi, page sans bornes, vive
Étendue où respire une blanche captive,
Mon amour est sur toi comme un ciel éclairé.
Je me retrouve ici seul et désaltéré.
J'ai placé mon bonheur dans un calme langage :
J'aime, et jusqu'aux détours, la route où je m'engage.

Il est sur la cité cinq heures du matin
Dont les vapeurs de l'aube ont brouillé le dessin.
Déjà le boulanger quitte son four sonore,
La nuit aux marronniers, pâle, repose encore,
L'espace doucement a reçu les oiseaux
Et la sirène crie au milieu des bateaux.

Tout le gris éventail d'une ville éveillée
Ouvre son paysage au seuil de ma journée
Et parmi les couleurs de l'arrière-saison
Je dispose le monde autour de ma maison :
Ici d'humides toits glissent dans la lumière,
Se perd par la fumée une étoile dernière,
Un cerisier profond règne sur mon jardin
Et se charge de jour le gazon citadin.
Arbres, roses, pelouse, il n'est rien qui ressemble
A l'édifice pur que vous formez ensemble,
Mais combien difficile à ne point abîmer...

Le beau temps me baptise et fait son feu léger
Parcourir, éveiller un esprit sans faiblesse.
Le thé que je compose est philtre de sagesse,
L'eau tire de sa feuille une riche liqueur ;
J'en éprouve longtemps la pointe et la vigueur.
Ô Thé miraculeux dans cette porcelaine
Au prix d'un or si fin que la richesse est vaine !
Penché sur ton miroir comme les japonais
Respectueusement je respire la paix,
Je repose les mains sur une blanche table
Et le calme où je suis devient si délectable,
De si divine sorte et légèrement fait,
Que toute ma journée en sentira l'effet.

Cette chambre aux murs bleus ouvre dans le feuillage.
La vigne vierge y pousse une flamme sauvage,
Des meubles de bois sombre y luisent simplement
Et le corps est heureux de son embrassement,
Haute fenêtre d'or où ma ville s'appuie,
J'allume en votre honneur une pipe chérie :
Un feu doux et léger bouge au creux de la main,
Dont la chaleur me fait profondément humain.
J'écoute s'éveiller mille voix diligentes,
Battre les lourds tapis et chanter les servantes,
Bruxelles accomplir un rite matinal.

J'avance, l'air entier sonne comme un cristal
Et l'Automne guide mes pas aux avenues.
Pourtant il faut chanter les plus petites rues :
Du soleil s'abandonne à leur pâle pavé
Et le ciel alentour touchant et délavé.
Les marchandes de fleurs y cherchent un sourire ;
Elles ont la couleur des choses qu'on désire
Et, parmi le trésor le plus rafraîchissant
Vivantes, elles font un murmure glissant.
Dans sa robe d'argent comme une vieille amie
Voici pour mon repos la place Stéphanie,
Votre haute fontaine ô Porte de Namur,
Et les jardins du Roi pénétrés par l'azur.

Il est près de Midi. Je vois des hommes vivre.
Passe un cheval dansant, brillant comme le cuivre,
Une. petite fille aux magnifiques dents,
De célèbres messieurs, des cigares ardents.
Comme, au long des trottoirs, une bête docile,
Se range proprement la souple automobile ;
Des femmes sans couleur se tenant par la main
Avancent au milieu d'un silence inhumain.
Leurs cheveux sont ornés d'une rose glacée,
Cette blouse déteinte et leur lèvre blessée ;
Elles ne savent pas saluer le soleil.

Terrasse des cafés sous un lierre vermeil
D'où je vois s'agiter ma ville industrieuse,
Boulevard aussi beau par ta robe poudreuse
Qu'un fleuve déployé dans son vaste dessin,
Maisons de mes amis, la mienne, mon jardin,
Champs d'avoine et d'air pur qui faites la banlieue,
Nuages sur les toits et dans la pierre bleue,
Vous êtes le décor que je donne à ces vers.

Qui m'aime, aime ma ville et me suive au travers.

Dans le bois de la Cambre, un facile Dimanche,
Sous l'aile des pigeons cette île toute blanche,
Cette île, autour de quoi les feuillages et l'eau
Ferment dans le brouillard leur précieux anneau,
Ne vous est-elle pas, distraite citadine,
Comme, après le soleil, une pluie haute et fine
Nourriture du cœur et gage de santé ?

Mes rames dérangeant un trésor argenté,
La barque obéissante échappe à son sillage.
Vous êtes mon ami, sylvestre paysage,
Vous êtes la dernière et meilleure raison
De qui ne connaît plus le dieu de sa maison.
Mais déjà s'abandonne une image de rive
Au mouvement d'amour de cette onde attentive
Quand se répand sur elle et l'épouse le soir
Comme une jeune haleine obscurcit son miroir.
Déjà s'ouvrent, au fond d'un feuillage docile,
Les fleurs blêmes du gaz, les lampes de la ville ;
Une auréole tombe au pied d'arbres en feu,
Pâle et vaste, que j'aime, et qui m'égare un peu.
Adieu, domaine pur...

Bruxelles se déploie.
Une foire opulente alimente sa joie ;
Écumeuse comme elle et pleine de danger
Je regrette la mer, au moment d'y plonger.
Grosses roses de bois, carrousels de banlieue !
Un vertige saisit la fille en blouse bleue,
De tendres Grenadiers la soutiennent à point.
Un clown ouvre les bras, je lui souris de loin.
Je goûte ma faiblesse avec sollicitude,
Je me trouve, sans but et sans inquiétude,
A cette chaude foule un corps abandonné...
J'admire la souplesse et le bien-ordonné
D'une montagne russe au-dessus des feuillages :
Elle déroule un rail, visite les nuages,
Et chavire la foire ! et sombre ! et, mollement,
Berce, caresse, vide un corps convalescent...

Au front des promeneurs que cette foule mène
Au sommeil, aux plaisirs, goûtés sans trop de peine,
Le dangereux amour pose ses mains de feu ;
Et ses ruses feront la règle de mon jeu.
Je vous aime, Cité, domaine de la pluie,
Mais dont les habitants moquent la poésie.
Comme un grand violon de silence habité
Vous êtes l'instrument d'une divinité.
Laissez, laissez mûrir, se charger d'évidence
Cette chose sans nom, cette vaste espérance ;
Se composer un dieu par vos arbres blessés,
Par vos matins déserts et vos soleils brisés,
Par le visage d'or des nuits européennes.
A mes raisons d'amour chacun joigne les siennes.
Tant de silence frais, comme au petit matin,
Favorise le jeu d'un esprit citadin.
Quelle tranquillité fait ma fenêtre ouverte...

Bruxelles, arrosé comme une plante verte,
Bien nouveau, bien plaisant, se tait quand je le veux.
Ce n'est pas au hasard que je nomme ses dieux
Et ni distraitement que ce grand corps murmure.
Je sais où caresser ma belle sans-figure,
Ma ville habituée aux malices du ciel ;
Je ne souhaite pas de plaisir éternel :
Et les quatre saisons me gardent des surprises

Au filet du Printemps quand les branches sont prises
Et que de purs chemins traversent le gazon,
Comme un discours logique et nourri de raison
De beaux jardins me font une vertu nouvelle.

Mais, sous une toison brûlante et solennelle
Lorsque le mois de juin presse le boulevard,
Que des visages nus mélangent leur brouillard,
Autour de qui l'amour tourne comme une bête,
- Comment ne pas chérir cette rapide fête,
Comment ne pas se prendre aux pièges de l'Été ?

Octobre transparent a les couleurs du thé
Et cet intime accent qui fait d'un paysage
Aux hommes patients entendre le langage ;
La banlieue en Automne est un miroir secret
Qu'il faut longtemps polir et de mince reflet,
Mais qu'un peu d'amitié touche son eau fermée :
II n'est rien de si beau dans la plus belle année.

L'Hiver enfin m'enchante et le pavé sonnant ;
Bruxelles reformé dans un ordre émouvant,
Ses arbres dépouillés, sa menteuse logique,
Et le cruel éclat d'un ciel géométrique
Sur toutes nos maisons comme un couteau planté.

J'épuise ces trésors avec tranquillité.
Que n'importent des biens dont je n'ai plus envie
Si je n'en tire un miel qu'on nomme Poésie ?
Je compose ces vers pour me sentir vivant ;
Mais non pas au hasard, non pas distraitement.
Quel besoin de mentir, d'habiter un nuage ?
Il est assez de ruse en ce simple langage,
Les lecteurs que je veux ne s'y tromperont pas.

Yvonne aux gants de fil, dame des cinémas,
Perle et poudreuse rose à la faveur des ombres,
Voit Charlie au corps pur danser sur les décombres.
Les femmes n'aiment pas tant de légèreté.
Mais vous, plus attentive à la divinité,
Saisissez de ses jeux le périssable charme
Et comme un film usé me touche et me désarme,
Ainsi de vos cheveux, de votre froide main.
Mais Élise ! solide et comme le bon grain
Dorée, ouverte aux dieux, fondée en gymnastique,
Éprouve du talon la pelouse élastique
Touchée au petit jour par la grâce du sport.
D'où cette heureuse allure et ce paisible port.
De sommeillants bonheurs ne sauraient plus me plaire
Ni le goût de pain bis d'une enfant sédentaire ;
Mon Élise vivante a le cœur mieux placé,
Sous la douche reçoit un sacrement glacé
Et goûte ses plaisirs sans sourire ni plainte.

Mais toi, dont je chéris la fourrure déteinte
Quand remue à ton cou ce minable ornement,
Suzanne, à la clarté du gaz attendrissant,
Ivre, maigre, et m'ouvrant ta bouche apprivoisée,
Élève dans mes bras une chanson brisée
Ma ville et mon amie ont les mêmes yeux gris.

Sans doute est-il beaucoup de plus nobles pays,
De plus riches climats où déployer sa vie
(Et je ne sais, Paris, comme l'on vous oublie)
Paysages, lointains voyages, ciels changeants...
Mais trouverais-je ailleurs autant d'amis vivants ?
Ma patrie est où sont ces hommes délectables ;
C'est par eux que mes vers deviennent raisonnables,
Pour eux que je guéris d'un délire sacré ;
Ma ville obéissante est refaite à leur gré.
Heureux de parler clair, fondés en poésie,
Laissons-nous-y longtemps caresser par la vie :
Chaque jour de jeunesse est doré comme un pain ;
Poursuivons, sans vieillir, un dialogue humain.
Je termine à ces mots l'éloge de Bruxelles :
Poésie, Amitié, mes lois sont les plus belles,
Ornement du jardin, gloire de la maison,
Les précieux épis d'une riche saison.

Au terme aérien d'un jour sans aventure
Entre mes doigts s'achève un ouvrage d'eau pure
Et je baisse la voix, comme le soir se fait.
Que ma ville repose, elle a dit son secret :
Voici tout le dessin de son meilleur visage.

Comme la mer unit une facile plage,
Comme d'une amoureuse on lisse les cheveux,
Un instant sage encor, sage et silencieux,
Je contiens ma chanson, ma fortune ignorée...
Mais elle s'est de moi doucement détachée ;
Les mains vides, j'entends se perdre ses oiseaux...
Libre et seul, je connais le prix de mon repos :
Quelle paix sur ma ville et quel air d'innocence...
Mes vers portent en eux leur pure récompense.

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Publié le 8 Avril 2015

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Comme au milieu des mers d'immobiles vaisseaux,
Depuis des milliers d'ans vous dormez dans vos sables,
Et sur vos fronts, pour vous créer impérissables,
La force et le génie ont imprimé leurs sceaux.

Vainement la lumière, en radieux faisceaux,
Pleut sur vous, vos secrets restent insaisissables.
L'antiquité, voyant vos traits ineffaçables,
Croirait se réveiller auprès de vos berceaux.

Avec l'âge qui vient, ô monuments austères !
Vous cachez plus avant vos étranges mystères,
Et vous portez plus haut des fronts plus solennels.

Mais bientôt l'homme, hélas ! disparaît, quoi qu'il fasse,
Et le nom de ces rois qui vous font éternels,
Avec l'âge qui vient de plus en plus s'efface.

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Publié le 8 Avril 2015

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Douce comme un rayon de lune, un son de lyre,
Pour dompter les plus forts, elle n'a qu'à sourire.
Les magiques lueurs de ses yeux caressants
Versent l'ardente extase à tout ce qui respire.

Les grands ours, les lions fauves et rugissants
Lèchent ses pieds d'ivoire ; un nuage d'encens
L'enveloppe ; elle chante, elle enchaîne, elle attire,
La Volupté sinistre, aux philtres tout-puissants.

Sous le joug du désir, elle traîne à sa suite
L'innombrable troupeau des êtres, les charmant
Par son regard de vierge et sa bouche qui ment,

Tranquille, irrésistible. Ah ! maudite, maudite !
Puisque tu changes l'homme en bête, au moins endors
Dans nos cours pleins de toi la honte et le remords.

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Publié le 8 Avril 2015

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Quelques feuilles, guirlande verte,
Environnent de leur émail
Cette jeune rose entrouverte,
Petite coupe de corail.

Ses pétales aux teintes blondes,
Dont la nacre rose pâlit,
Se frisent et semblent les ondes
Du frais parfum qui la remplit.

Vois-tu, soulevant de son aile
Un nuage de tourbillons,
Voler et tourner autour d'elle
L'essaim naïf des papillons.

Ainsi, pour savourer l'ivresse
Du baume de la volupté,
Mes désirs voltigent sans cesse
- Sans cesse, autour de ta Beauté.

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Publié le 8 Avril 2015

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Dans un parfum de roses blanches

Dans un parfum de roses blanches
Elle est assise et songe ;
Et l'ombre est belle comme s'il s'y mirait un ange.

Le soir descend, le bosquet dort ;
Entre ses feuilles et ses branches,
Sur le paradis bleu s'ouvre un paradis d'or.

Sur le rivage expire un dernier flot lointain.
Une voix qui chantait, tout à l'heure, murmure.
Un murmure s'exhale en haleine, et s'éteint.

Dans le silence il tombe des pétales...

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Publié le 8 Avril 2015

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Les caresses des yeux sont les plus adorables ;
Elles apportent l'âme aux limites de l'être,
Et livrent des secrets autrement ineffables,
Dans lesquels seul le fond du cœur peut apparaître.

Les baisers les plus purs sont grossiers auprès d'elles ;
Leur langage est plus fort que toutes les paroles ;
Rien n'exprime que lui les choses immortelles
Qui passent par instants dans nos êtres frivoles.

Lorsque l'âge a vieilli la bouche et le sourire
Dont le pli lentement s'est comblé de tristesses,
Elles gardent encor leur limpide tendresse ;

Faites pour consoler, enivrer et séduire,
Elles ont les douceurs, les ardeurs et les charmes !
Et quelle autre caresse a traversé des larmes ?

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Publié le 8 Avril 2015

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Les mains sur le dos
à peine ivre
mieux délivré que l'ivrogne véritable
je ris !
Démoralisation sacrée,
démoralisation, sens ici du mot aigu,
point de mélodies déchues, vaines,
démoralisation sacrée !

Ce n'est point avec des roses
et une traîne de paon bleu
ni avec du genièvre, des cocktails
ni avec la cocaïne, une aile de papillon
ni avec des mots en peuples de rythmes
ni avec une épée ou un poignard
que nous montons vers cette coupe
étalée dans nos coeurs déserts,
- je dis nous avec dans moi ce ganglion chronique d'illusion -,
nous montons avec des haches et des barres de fer.

Plus de nouveaux quartiers
nos dégoûts cessent de les donner
aujourd'hui plus de pardons
le vide bondit, la tempête crève devant l'inondation.
Tout crève
la cataracte balaie les forêts des mondes,
pulvériser l'ordre, cet ordre-ci,
renverser l'ordre des séries, des hiérarchies,
plus de vifs amputés aux couteaux des morts
plus de chants patriarcaux
les pères poussés au bûcher
leurs fils y versent les huiles.
Les mains sur le dos
à peine ivre
je ris
démoralisation sacrée.
Point de bibles printanières de crimes
mais chaque jour se révolte contre la prescription de la veille.

La poésie n'a pas de frondaisons dans les jours mortels
le bras du verbe s'étend comme la béguine supplie
à travers l'éternité, ni marbre ni diamant,
poulpe ténébreux,
à travers le cyclone des signes mouvants,
matrices négatrices empoisonnées des lois,
fleurs, parfums, oiseaux, poissons, hommes, coquilles
crabe, anémone, étoile
voyageant dans les formes.

Le son d'un mot n'est point sa chair.
Le saltimbanque au balancier n'est pas poète,
mais plus arbitraire que la division du cadran d'heures
plus Sorbonne que le système décimal.
Les jours où il n'y a pas à hurler
il faut faire silence
ou murmurer dans les anthologies
ou croasser aux théâtres
devant mille monstres bêtes.

Les mains sur le dos
à peine ivre.
Et dans le vide germent trois grains de cristal
les colonnes montent dans le désert qui n'est pas l'ordre.
Les poètes sont exterminés avec leur Champagne
leurs ailes suaves que lèchent les femmes.

Sur les colonnes qui montent, la coupe vide,
hissé là, océan sans écume sans limite
un nouveau désert sur nos coeurs déserts.
Nous attendons, nous, moi
avec la hache et l'assomoir d'acier
écrasons les uniformes des pères d'hier
de demain
plus de chefs noirs, blancs, jaunes, rouges
démoralisation sacrée.

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Publié le 8 Avril 2015

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" Car Dieu n'est ni mort ni mourant - contrairement à ce que pense Nietzsche et Heine. Ni mort ni mourant parce que non mortel. Une fiction ne meurt pas, une illusion ne trépasse jamais, un conte pour enfant ne se réfute pas. "

" Le silence de Dieu permet le bavardage de ses ministres qui usent et abusent de l'épithète : quiconque ne croit pas à Dieu, donc à eux, devient immédiatement un athée. Donc le pire des hommes, l'immoraliste, le détestable, l'immonde, l'incarnation du mal. Difficile dès lors de se dire athée... On est dit tel, et toujours dans la perspective insultante d'une autorité soucieuse de bannir, mettre à l'écart et condamner. "

" [Le premier véritable athée :] Et il me plait que cette généalogie de l'athéisme philosophique procède d'un prêtre : l'Abbé Meslier, saint, héros et martyr de la cause athée enfin repérable... "

" L'enseignement du fait religieux réintroduit le loup dans la bergerie : ce que les prêtres ne peuvent plus commettre ouvertement ils pourraient désormais le faire en douce, en enseignant les fables de l'Ancien et du Nouveau Testament, celles du Coran, et des Hadiths sous prétexte de permettre aux scolaires d'accéder plus facilement à Marc Chagall, à la Divine Comédie, à la Chapelle Sixtine ou à la musique de Ziryab... "

" Enseigner le fait athée supposerait une archéologie du sentiment religieux : la peur, l'incapacité à regarder la mort en face, l'impossible conscience de l'incomplétude et de la finitude chez les hommes, le rôle majeur et moteur de l'angoisse existentielle. La religion, cette création de fiction, appellerait un démontage en bonne et due forme de ces placebos ontologiques - comme en philosophie on aborde la sorcellerie et la folie pour produire une définition de la raison. "

" L'époque semble athée, mais seulement aux yeux des chrétiens ou des croyants. En fait elle est nihiliste.
Les tenants d'hier et d'avant hier ont tout intérêt à faire passer le pire et la négativité contemporaine pour un produit de l'athéisme. "

" Trois millénaires témoignent des premiers textes de l'Ancien Testament à aujourd'hui : l'affirmation d'un Dieu unique, violent, jaloux, querelleur, intolérant belliqueux a généré plus de haine, de sang, de morts, de brutalité que de paix... "

" Je ne sache pas que les Papes, les Princes, les Rois, les Califes, les Emirs aient majoritairement brillé dans la vertu tant déjà Moïse, Paul et Mahomet excellaient respectivement pour leur part dans le meurtre, les passages à tabac ou les razzias. "

" La désaffection de la pratique ne témoigne pas du recul de la croyance.
Mieux, la corrélation entre la fin de l'un et la disparition de l'autre semble une erreur d'interprétation? On peut même penser que la fin du monopole des professionnels de la religion sur le religieux a libéré l'irrationnel et généré une plus grande profusion de sacré, de religiosité de soumission à la déraison. "

" Et pour un Averroès, ou un Avicenne - ces prétextes tellement utiles... - combien d'imams hypermnésiques ? "

" Désormais il s'agit de viser ce que Deleuze nomme un athéisme tranquille, à savoir un souci moins statique de négation ou de combat de Dieu qu'une méthode dynamique débouchant sur une proposition positive destinée à construire après le combat. "

" [...] l'amplification et la promotion de cette fable [Jésus] par Paul de Tarse qui se croit mandaté par Dieu quand il se contente de gérer sa propre névrose; sa haine de soi transformée en haine du monde; son impuissance, son ressentiment, la revanche d'un avorton - selon son propre terme... - transformés en moteur d'une individualité qui se répand dans tout le bassin méditerranéen; la jouissance masochiste d'un homme étendue à la dimension d'une secte parmi des milliers à l'époque [...] "

" Déconstruire les monothéismes, démystifier le judéo-christianisme - mais aussi l'islam, bien sûr - puis démonter la théocratie, voilà trois chantiers inauguraux pour l'athéologie. De quoi travailler ensuite à une nouvelle donne éthique et produire en Occident les conditions d'une véritable morale post-chrétienne, où le corps cesse d'être une punition, la terre une vallée de larmes, la vie une catastrophe, le plaisir un péché, les femmes une malédiction, l'intelligence une présomption, la volupté une damnation. "

" On ne tue pas un rêve, on n'assassine pas un subterfuge. Ce serait plutôt lui qui nous tue, car Dieu met à mort tout ce qui lui résiste. En premier la raison, l'intelligence, l'esprit critique. "

" Je ne méprise pas les croyants, je ne les trouve ni ridicules ni pitoyables, mais je désespère qu'ils préfèrent les fictions apaisantes des enfants aux certitudes cruelles des adultes. "

" On attire leur attention [aux ayatollahs et aux mollahs] sur la haine des Juifs et des non-musulmans qui truffe à longueur de page le Coran ? Ils renvoient à la pratique de la dhimma qui permet vaguement aux gens du Livre non musulmans d'exister et d'être protégés. Mais ils évitent soigneusement d'expliquer que cette protection existe seulement après le versement sonnant et trébuchant d'un impôt, la gizya. Ce qui apparente cette prétendue tolérance à une pratique mafieuse de protection de l'individu soumis au financement de l'entreprise qui le rackette... "

" Il faut bien ces jongleries avec la substance et les espèces sensibles pour parvenir à faire croire au fidèle que ce qui est (le pain et le vin) n'existe pas, et que ce qui n'est pas (le corps et le sang du Christ) existe vraiment ! Tour de prestidigitation métaphysique sans pareil ! Quand la théologie s'en mêle, la gastronomie et l'œnologie, voire la diététique et l'hématologie renoncent à leur prétention. Or le destin du christianisme se joue dans cette pitoyable comédie de bonneteau ontologique. "

" Yahvé parle à son peuple élu et n'a aucune considération pour les autres. La Torah invente l'inégalité éthique, ontologique et métaphysique des races. "

" Depuis Paul de Tarse qui justifie le glaive et l'épée pour imposer la secte confidentielle comme une religion contaminant l'Empire, certes, mais aussi toute la planète, jusqu'à la justification de la dissuasion nucléaire par le Vatican du XXe siècle, la ligne persiste. Tu ne tueras point... sauf de temps en temps - quand l'Eglise te le dira. "

" Des millions de morts, des millions de morts sur tous les continents, pendant des siècles, au nom de Dieu, la bible dans une main, le glaive dans l'autre : l'Inquisition, la torture, la question; les croisades, les massacres, les pillages, les viols, les pendaisons, les exterminations, les bûchers; la traite des noirs, l'humiliation, l'exploitation, le servage, le commerce des hommes, des femmes et des enfants; les génocides , les ethnocides des conquistadores très chrétiens, certes, mais aussi, récemment, du clergé rwandais aux côtés des exterminateurs hutus; le compagnonnage de route avec tous les fascismes du XXième siècle, Mussolini, Pétain, Hitler, Pinochet, Salazar, les colonels de la Grèce, les dictateurs d'Amérique du Sud; etc... Des millions de morts pour l'amour du prochain. "

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Publié le 8 Avril 2015

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Les Vers Grisants
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Octobre

Ô ce voile qui happe les toits,
Lumière faite d’ors et de gris !
Visage d’octobre aux douceurs attisées par la vigne,
Braise feuillue sur un mur de vieille aube.

Toute sève coule, lente,
Sur le sol chiffonné par la feuille.
Une aile d’oiseau l’interroge furtive
Et la branche qui attend le glissement des maisons
Dessine sans hâte les prémices du vent.

Je suis là, à ma fenêtre pour secouer les façades,
Leurs brouillards et leurs regards éteints
Et j’attends une autre lueur,
Celle que garde le soleil en sa boîte à nuages.
Ouvrons la, ensemble, pour que soient nos gaietés,
Innombrables, comme la  palette du peintre.

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L’année nouvelle ?

Quelle sera son âme, son teint et son humeur,
Noire, grise ou de belles floraisons
Saura-t-elle sourire et offrir un bonheur
A celui qui ploie, à celui sans moisson ?

Soyons à l’affût de toute belle chose
Qui fuit nos chemins, le visage voilé
Et aimons jusqu’à l’épine toutes ces nuits roses,
Ces jours flamboyants et ces soirs en apnée

Vous qui voyez là, moindre larme des cieux
L’infime lueur du contour des sépales,
La brisure des traces et les regards amoureux
Offrez-nous l’envol d’une ode vespérale

Nous vous donnerons du mot de poésie
La suave senteur et la verte césure
La voix cadencée, la vague et le gui
La main avancée vers l’année qui murmure.

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J'ai vu dans le ciel des nuages moutons
Brouter la tête de trois oliviers

J'ai vu trois oliviers baigner leurs pieds
Dans les fleurs de pavot

J'ai vu trois mille fleurs de pavot
Danser au bal des cigales

J'ai vu des nuages moutons,
trois oliviers, trois mille fleurs de pavot,
Faire la cour au roi soleil
Allongé dans un lit de lavande

Chut !

Ne faut pas qu'il entende
De sa sieste éveillée,
Il pourrait bien tout brûler

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Premier Avril

A la fête du poisson
Un poisson volant
Vole un pêcheur
Lui vole son cœur
Et l'accroche en riant
A la lune de miel
De deux passants.

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Bon anniversaire

Le ciel a écrit à la mer
Pour son soixante dix millième anniversaire,
Et lui a offert dans un ruban d'écume,
Une plume de mouette.
L'océan en tempête
A retiré l'écume,
A pris silencieusement la plume,
L'a couchée sur son lit de sable
Puis, inlassable
Lui a conté son histoire verte et bleue
Et s'est endormi, heureux.

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Feuilles d’aube

Feuilles émergeantes, vos cernes de brume,
paroles pourpres des nuits acculées,
préviennent la horde du passage de l’aube

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Trois écus

L’horizon,
Blessant le ciel de sa plume ensanglantée,
Ouvrit le coffre capitonné de la mer,
Y puisa trois écus de lumière
Qui, tombés dans la fente de l’océan
En firent jaillir la tunique d’or
Du crépuscule.

--------------

Coté jardin

Le cognassier a frôlé les baguettes-tambour
D’un orage au matin d’une aubade-soleil.
Pour ce geste familier, l’orage a frappé
La peau douce du ventre de mai
Et le cognassier a pleuré ses pétales
Sur la terre noire, qui vêtue d’amour,
S’est alors mariée
Avec l’ombre bossue de son couturier.

--------------

Sources

Des souches fleuries d’ombelles et de fougères
enjambent la source de ma mémoire.
L’ombre porte mes pas à l’encolure des flots,
où les vaisseaux de mon enfance décousent
les replis ondoyants du feuillage
comme des rubans nacrés
dans les cheveux du temps.

--------------

Je t'aime

Je t'aime comme l'étincelle du silence
Comme l'averse volée
Comme le souffle bleu
D'une nuit voluptueuse
Que la braise de tes yeux
Ourle de chenaux forgés
Dans les brumes rieuses
D'un très long baiser.

--------------

Si tu n'étais

Si tu n'étais,
Il y aurait des arbres sans visage
Des sourires sans rosée
Des rosées sans aurore
Et je serais la pluie
Qui te ferait naître
Et tu te donnerais
A mes arbres, mes visages
Mes aurores, mes rosées,
Comme on donne un sourire
A une maison fermée.

Absence de l’aimé(e), pré vide où les fleurs du silence
préparent secrètement l’éclosion du baiser.

--------------

C'est debout que je te dirai que je t' aime
car mon corps saura croître avec ta réponse.
Il rendra à ta vérité tous les honneurs,
à la terre, le tremblements de mon attente,
au ciel, l'envol de nos entendements.

Il en sera comme d'un vertige aux ailes de papier
que chaque mot froisse ou défroisse
Il en sera de toi et de moi comme d'un geste
où rien n'est dit pour la faille de l'autre,
Il en sera de nous comme d'une semence,
mémoire habitée par ta présence et ta beauté

--------------

Savoir l'avenir ?

Est-ce l'ombre d'une inquiétude qui traverse notre amour ?
Est-ce la voie incertaine qui égare nos images ?
Est-ce la nasse où se débattent les oscillations de nos souvenirs ?
Quelles étrangetés préparent leur lit dans la lumière de l'âge,
y couchant  de nouveaux rêves,
y dévoilant la nudité du quotidien ?
Comment ce futur assume-t-il ses enfants sans leur dire
que tout a été écrit dans le secret de savoirs ignorants ?
En quelle lectures faut-il perdre nos sens et en quelles nouvelles
quêtes trouverons-nous les questions de la pertinence ?
Nous voilà bien aveuglés par trop de connivence
avec les maîtres de la certitude !
 
Il va falloir désapprendre les voies de la convoitise pour élever
nos désirs au-dessus de la triste répétition du refus.
Accepter enfin que rien n'est tissé à l'avance comme un drame,
mais que tout peut se défaire avant que le temps
ne choisisse ses supplices.
Evadons nous à présent de nous même
et apprenons à étreindre l'espoir
qui pourrait perdre connaissance
si nous lui refusons le bon geste.
Il est de l'urgence comme de l'amour,
elle s'éteint quand l'oreille est distraite et elle ressurgit ailleurs,
là où la souffrance garde sa dignité et son désir de comprendre.
Agissons dans la justesse du milieu,
là où règnent toutes les raisons de vivre et opposons
celles-ci au devoir quotidien qu'imposent
les lois humaines de la destruction.

--------------

Carnet de plage

Ce tambour géant dont la peau couleur sable
résonne sous la griffe des vagues
est le lieu du rite où l’on sacrifie son corps.

Trop de soleil soudain, plaque les corps
dans l’immobilité des sables,
ce sont des mémoires nues
qui se dispersent et fondent
laissant à la marée
des trésors de fatigue.

Chaque corps caresse le soleil
de courbes fines comme soie d’un pétale
et l’astre, ivre de plaisir,
délivre sa morsure aux blancheurs qui éclosent.

Toi, tes cheveux d’organdi sur un livre ouvert,
c’est le fil du soleil dévidant son rouet
sur une pensée, légèrement sablée.

C’est l’accent onctueux
du discours d’une vague
qui s’essouffle sur la plage...
Que retiendrait-on
s’il ne restait l’écume
l’exclamation d’un roc
et le babillement des perles ?

Ils sont debout, les baigneurs,
comme des quilles au bord d’un miroir
que renversent des boules d’écume.

La frange des parasols discute si frénétiquement avec le vent
que la parole ne fait plus le poids et s’envole

Soudain, une vague
saute à votre cou, vous embrasse,
puis se retire, vous laissant en cadeau
son collier de fraîcheur !

Le soleil a rusé avec l’épaisseur d’une feuille de nuage.
C’est la marée qui a tourné cette page,
puis, de son encre d’argent
y a écrit la danse des vagues.

Griffés par mille diamants
au luisant retrait des eaux,
les sables se soumettent
à la dictée des mains
Qui sculptent l’éphémère
et affouillent leurs rêves

Pourquoi chercher l’amour
à marée basse, penché sur le sable
alors que tous les cerfs-volants
en esquissent le sourire
dans les bras du vent !

Il n’y a rien de plus silencieux
qu’un voilier dans la fissure des vagues,
alors que tout gémit aux jointures de son bord...
A moins que les marins ne taisent
jusqu’au fracas d’eux même
au retour dans le port.

--------------

Les vents

Les vents effilochent la mantille des marées,
déchirent leur tourment aux rochers des nuages
et posent frissonnant dans le berceau des arbres,
l’hologramme diaphane d’une cape arrachée
par un oiseau captif à l’étau de la terre.

--------------

Du fil à retordre

Qu’est-ce qu’un chirurgien ?
Un chirurgien est un pêcheur qui coupe le fil
avant qu’entre deux eaux
ne frétille le patient

Une assistante ?
Une assistante est un horizon
dont on perçoit la ligne intérieure
dès le premier coup de fil

Un pêcheur ?
Un pêcheur est un homme muet
qui parle aux poissons
à l’aide d’un téléphone à touche

Une ravaudeuse ?
Une ravaudeuse est une dame qui file et surfile
pour donner à l’usure du fil à retordre

Un couturier à Belfort ?
C’est un patron cousu de fil blanc
Dont le modèle se taille la part du lion

--------------

Au paradis des arbres

Un cerisier sèche ses boucles
au pinceau d’un vieux peintre
peignant lyres et vols d’oiseaux
au front nu des vergers.

Un chêne, mémoire des amours
et des douleurs du monde
abrite en ses blessures
le doux frisson des siècles.

Un tremble aux chuchotis d’argent
ne cesse d’épingler
le secret des ruisseaux
au ruban des grands fleuves.

Un frêne à feuilles d’or
fait briller l’écureuil
au bout de l’arabesque
d’un saut filigrané.

Un olivier ayant versé son sang
sur l’écorce noueuse
de deux mains en prière
craint l’épine de l’aube.

Un magnolia, cierges éclos
et robe de colombes
élève son chant marial
jusqu’au jardin des anges.

Un érable cisèle
la feuille du contre jour
pour colorer l’automne
de chutes innombrables

l’arbre voyageur
voilant les yeux du ciel
d’un éventail andalou
cabre des chevaux noirs
sur un fil de Tolède

Ecorces pétries
par la rousseur des vents,
les pins recueillent les amours égarés
entre la vague et sa dune d’argent.

l’if, aède infatigable
au palais des nuages
accorde la rumeur
des roses et du vent.

--------------

Tissu de charmes

Ce tissu qui ondule
cerne la fente
de ma couturière

La chute de ses reins
écume exquise
d'une lèvre petite

Une jambe en frisson
couche sa fièvre
sur un bouton éclos

Ma langue dit
ses mots nus
à l'oreille de tes cuisses

Lascive, ta courbe
brûle l'encens
d'une baguette

--------------

Les Vers Grisants
http://lesversgrisantsenpoesie.blogspot.com

--------------

Toute sève coule, lente,
Sur le sol chiffonné par la feuille.
Une aile d’oiseau l’interroge furtive
Et la branche qui attend le glissement des maisons
Dessine sans hâte les prémices du vent.
 
Je suis là, à ma fenêtre pour secouer les façades,
Leurs brouillards et leurs regards éteints
Et j’attends une autre lueur,
Celle que garde le soleil en sa boîte à nuages.
Ouvrons la, ensemble, pour que soient nos gaietés,
Innombrables, comme la  palette du peintre.

--------------

J'ai vu dans le ciel des nuages moutons
Brouter la tête de trois oliviers

J'ai vu trois oliviers baigner leurs pieds
Dans les fleurs de pavot

J'ai vu trois mille fleurs de pavot
Danser au bal des cigales

J'ai vu des nuages moutons,
trois oliviers, trois mille fleurs de pavot,
Faire la cour au roi soleil
Allongé dans un lit de lavande

Chut !

Ne faut pas qu'il entende
De sa sieste éveillée,
Il pourrait bien tout brûler

--------------

Premier Avril

A la fête du poisson
Un poisson volant
Vole un pêcheur
Lui vole son cœur
Et l'accroche en riant
A la lune de miel
De deux passants.

--------------

Bon anniversaire

Le ciel a écrit à la mer
Pour son soixante dix millième anniversaire,
Et lui a offert dans un ruban d'écume,
Une plume de mouette.
L'océan en tempête
A retiré l'écume,
A pris silencieusement la plume,
L'a couchée sur son lit de sable
Puis, inlassable
Lui a conté son histoire verte et bleue
Et s'est endormi, heureux.

--------------

Feuilles d’aube

Feuilles émergeantes, vos cernes de brume,
paroles pourpres des nuits acculées,
préviennent la horde du passage de l’aube

--------------

Trois écus

L’horizon,
Blessant le ciel de sa plume ensanglantée,
Ouvrit le coffre capitonné de la mer,
Y puisa trois écus de lumière
Qui, tombés dans la fente de l’océan
En firent jaillir la tunique d’or
Du crépuscule.

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Coté jardin

Le cognassier a frôlé les baguettes-tambour
D’un orage au matin d’une aubade-soleil.
Pour ce geste familier, l’orage a frappé
La peau douce du ventre de mai
Et le cognassier a pleuré ses pétales
Sur la terre noire, qui vêtue d’amour,
S’est alors mariée
Avec l’ombre bossue de son couturier.

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Sources

Des souches fleuries d’ombelles et de fougères
enjambent la source de ma mémoire.
L’ombre porte mes pas à l’encolure des flots,
où les vaisseaux de mon enfance décousent
les replis ondoyants du feuillage
comme des rubans nacrés
dans les cheveux du temps.

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Je t'aime

Je t'aime comme l'étincelle du silence
Comme l'averse volée
Comme le souffle bleu
D'une nuit voluptueuse
Que la braise de tes yeux
Ourle de chenaux forgés
Dans les brumes rieuses
D'un très long baiser.

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Si tu n'étais

Si tu n'étais,
Il y aurait des arbres sans visage
Des sourires sans rosée
Des rosées sans aurore
Et je serais la pluie
Qui te ferait naître
Et tu te donnerais
A mes arbres, mes visages
Mes aurores, mes rosées,
Comme on donne un sourire
A une maison fermée.

Absence de l’aimé(e), pré vide où les fleurs du silence
préparent secrètement l’éclosion du baiser.

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C'est debout que je te dirai que je t' aime
car mon corps saura croître avec ta réponse.
Il rendra à ta vérité tous les honneurs,
à la terre, le tremblements de mon attente,
au ciel, l'envol de nos entendements.

Il en sera comme d'un vertige aux ailes de papier
que chaque mot froisse ou défroisse
Il en sera de toi et de moi comme d'un geste
où rien n'est dit pour la faille de l'autre,
Il en sera de nous comme d'une semence,
mémoire habitée par ta présence et ta beauté

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Savoir l'avenir ?

Est-ce l'ombre d'une inquiétude qui traverse notre amour ?
Est-ce la voie incertaine qui égare nos images ?
Est-ce la nasse où se débattent les oscillations de nos souvenirs ?
Quelles étrangetés préparent leur lit dans la lumière de l'âge,
y couchant  de nouveaux rêves,
y dévoilant la nudité du quotidien ?
Comment ce futur assume-t-il ses enfants sans leur dire
que tout a été écrit dans le secret de savoirs ignorants ?
En quelle lectures faut-il perdre nos sens et en quelles nouvelles
quêtes trouverons-nous les questions de la pertinence ?
Nous voilà bien aveuglés par trop de connivence
avec les maîtres de la certitude !
 
Il va falloir désapprendre les voies de la convoitise pour élever
nos désirs au-dessus de la triste répétition du refus.
Accepter enfin que rien n'est tissé à l'avance comme un drame,
mais que tout peut se défaire avant que le temps
ne choisisse ses supplices.
Evadons nous à présent de nous même
et apprenons à étreindre l'espoir
qui pourrait perdre connaissance
si nous lui refusons le bon geste.
Il est de l'urgence comme de l'amour,
elle s'éteint quand l'oreille est distraite et elle ressurgit ailleurs,
là où la souffrance garde sa dignité et son désir de comprendre.
Agissons dans la justesse du milieu,
là où règnent toutes les raisons de vivre et opposons
celles-ci au devoir quotidien qu'imposent
les lois humaines de la destruction.

--------------

Carnet de plage

Ce tambour géant dont la peau couleur sable
résonne sous la griffe des vagues
est le lieu du rite où l’on sacrifie son corps.

Trop de soleil soudain, plaque les corps
dans l’immobilité des sables,
ce sont des mémoires nues
qui se dispersent et fondent
laissant à la marée
des trésors de fatigue.

Chaque corps caresse le soleil
de courbes fines comme soie d’un pétale
et l’astre, ivre de plaisir,
délivre sa morsure aux blancheurs qui éclosent.

Toi, tes cheveux d’organdi sur un livre ouvert,
c’est le fil du soleil dévidant son rouet
sur une pensée, légèrement sablée.

C’est l’accent onctueux
du discours d’une vague
qui s’essouffle sur la plage...
Que retiendrait-on
s’il ne restait l’écume
l’exclamation d’un roc
et le babillement des perles ?

Ils sont debout, les baigneurs,
comme des quilles au bord d’un miroir
que renversent des boules d’écume.

La frange des parasols discute si frénétiquement avec le vent
que la parole ne fait plus le poids et s’envole

Soudain, une vague
saute à votre cou, vous embrasse,
puis se retire, vous laissant en cadeau
son collier de fraîcheur !

Le soleil a rusé avec l’épaisseur d’une feuille de nuage.
C’est la marée qui a tourné cette page,
puis, de son encre d’argent
y a écrit la danse des vagues.

Griffés par mille diamants
au luisant retrait des eaux,
les sables se soumettent
à la dictée des mains
Qui sculptent l’éphémère
et affouillent leurs rêves

Pourquoi chercher l’amour
à marée basse, penché sur le sable
alors que tous les cerfs-volants
en esquissent le sourire
dans les bras du vent !

Il n’y a rien de plus silencieux
qu’un voilier dans la fissure des vagues,
alors que tout gémit aux jointures de son bord...
A moins que les marins ne taisent
jusqu’au fracas d’eux même
au retour dans le port.

--------------

Les vents

Les vents effilochent la mantille des marées,
déchirent leur tourment aux rochers des nuages
et posent frissonnant dans le berceau des arbres,
l’hologramme diaphane d’une cape arrachée
par un oiseau captif à l’étau de la terre.

--------------

Du fil à retordre

Qu’est-ce qu’un chirurgien ?
Un chirurgien est un pêcheur qui coupe le fil
avant qu’entre deux eaux
ne frétille le patient

Une assistante ?
Une assistante est un horizon
dont on perçoit la ligne intérieure
dès le premier coup de fil

Un pêcheur ?
Un pêcheur est un homme muet
qui parle aux poissons
à l’aide d’un téléphone à touche

Une ravaudeuse ?
Une ravaudeuse est une dame qui file et surfile
pour donner à l’usure du fil à retordre

Un couturier à Belfort ?
C’est un patron cousu de fil blanc
Dont le modèle se taille la part du lion

--------------

Au paradis des arbres

Un cerisier sèche ses boucles
au pinceau d’un vieux peintre
peignant lyres et vols d’oiseaux
au front nu des vergers.

Un chêne, mémoire des amours
et des douleurs du monde
abrite en ses blessures
le doux frisson des siècles.

Un tremble aux chuchotis d’argent
ne cesse d’épingler
le secret des ruisseaux
au ruban des grands fleuves.

Un frêne à feuilles d’or
fait briller l’écureuil
au bout de l’arabesque
d’un saut filigrané.

Un olivier ayant versé son sang
sur l’écorce noueuse
de deux mains en prière
craint l’épine de l’aube.

Un magnolia, cierges éclos
et robe de colombes
élève son chant marial
jusqu’au jardin des anges.

Un érable cisèle
la feuille du contre jour
pour colorer l’automne
de chutes innombrables

l’arbre voyageur
voilant les yeux du ciel
d’un éventail andalou
cabre des chevaux noirs
sur un fil de Tolède

Ecorces pétries
par la rousseur des vents,
les pins recueillent les amours égarés
entre la vague et sa dune d’argent.

l’if, aède infatigable
au palais des nuages
accorde la rumeur
des roses et du vent.

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Tissu de charmes

Ce tissu qui ondule
cerne la fente
de ma couturière

La chute de ses reins
écume exquise
d'une lèvre petite

Une jambe en frisson
couche sa fièvre
sur un bouton éclos

Ma langue dit
ses mots nus
à l'oreille de tes cuisses

Lascive, ta courbe
brûle l'encens
d'une baguette

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Les Vers Grisants
http://lesversgrisantsenpoesie.blogspot.com

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Rédigé par Armanny

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