--------------
Les Vers Grisants
http://lesversgrisantsenpoesie.blogspot.com
--------------
Octobre
Ô ce voile qui happe les toits,
Lumière faite d’ors et de gris !
Visage d’octobre aux douceurs attisées par la vigne,
Braise feuillue sur un mur de vieille aube.
Toute sève coule, lente,
Sur le sol chiffonné par la feuille.
Une aile d’oiseau l’interroge furtive
Et la branche qui attend le glissement des maisons
Dessine sans hâte les prémices du vent.
Je suis là, à ma fenêtre pour secouer les façades,
Leurs brouillards et leurs regards éteints
Et j’attends une autre lueur,
Celle que garde le soleil en sa boîte à nuages.
Ouvrons la, ensemble, pour que soient nos gaietés,
Innombrables, comme la palette du peintre.
--------------
L’année nouvelle ?
Quelle sera son âme, son teint et son humeur,
Noire, grise ou de belles floraisons
Saura-t-elle sourire et offrir un bonheur
A celui qui ploie, à celui sans moisson ?
Soyons à l’affût de toute belle chose
Qui fuit nos chemins, le visage voilé
Et aimons jusqu’à l’épine toutes ces nuits roses,
Ces jours flamboyants et ces soirs en apnée
Vous qui voyez là, moindre larme des cieux
L’infime lueur du contour des sépales,
La brisure des traces et les regards amoureux
Offrez-nous l’envol d’une ode vespérale
Nous vous donnerons du mot de poésie
La suave senteur et la verte césure
La voix cadencée, la vague et le gui
La main avancée vers l’année qui murmure.
--------------
J'ai vu dans le ciel des nuages moutons
Brouter la tête de trois oliviers
J'ai vu trois oliviers baigner leurs pieds
Dans les fleurs de pavot
J'ai vu trois mille fleurs de pavot
Danser au bal des cigales
J'ai vu des nuages moutons,
trois oliviers, trois mille fleurs de pavot,
Faire la cour au roi soleil
Allongé dans un lit de lavande
Chut !
Ne faut pas qu'il entende
De sa sieste éveillée,
Il pourrait bien tout brûler
--------------
Premier Avril
A la fête du poisson
Un poisson volant
Vole un pêcheur
Lui vole son cœur
Et l'accroche en riant
A la lune de miel
De deux passants.
--------------
Bon anniversaire
Le ciel a écrit à la mer
Pour son soixante dix millième anniversaire,
Et lui a offert dans un ruban d'écume,
Une plume de mouette.
L'océan en tempête
A retiré l'écume,
A pris silencieusement la plume,
L'a couchée sur son lit de sable
Puis, inlassable
Lui a conté son histoire verte et bleue
Et s'est endormi, heureux.
--------------
Feuilles d’aube
Feuilles émergeantes, vos cernes de brume,
paroles pourpres des nuits acculées,
préviennent la horde du passage de l’aube
--------------
Trois écus
L’horizon,
Blessant le ciel de sa plume ensanglantée,
Ouvrit le coffre capitonné de la mer,
Y puisa trois écus de lumière
Qui, tombés dans la fente de l’océan
En firent jaillir la tunique d’or
Du crépuscule.
--------------
Coté jardin
Le cognassier a frôlé les baguettes-tambour
D’un orage au matin d’une aubade-soleil.
Pour ce geste familier, l’orage a frappé
La peau douce du ventre de mai
Et le cognassier a pleuré ses pétales
Sur la terre noire, qui vêtue d’amour,
S’est alors mariée
Avec l’ombre bossue de son couturier.
--------------
Sources
Des souches fleuries d’ombelles et de fougères
enjambent la source de ma mémoire.
L’ombre porte mes pas à l’encolure des flots,
où les vaisseaux de mon enfance décousent
les replis ondoyants du feuillage
comme des rubans nacrés
dans les cheveux du temps.
--------------
Je t'aime
Je t'aime comme l'étincelle du silence
Comme l'averse volée
Comme le souffle bleu
D'une nuit voluptueuse
Que la braise de tes yeux
Ourle de chenaux forgés
Dans les brumes rieuses
D'un très long baiser.
--------------
Si tu n'étais
Si tu n'étais,
Il y aurait des arbres sans visage
Des sourires sans rosée
Des rosées sans aurore
Et je serais la pluie
Qui te ferait naître
Et tu te donnerais
A mes arbres, mes visages
Mes aurores, mes rosées,
Comme on donne un sourire
A une maison fermée.
Absence de l’aimé(e), pré vide où les fleurs du silence
préparent secrètement l’éclosion du baiser.
--------------
C'est debout que je te dirai que je t' aime
car mon corps saura croître avec ta réponse.
Il rendra à ta vérité tous les honneurs,
à la terre, le tremblements de mon attente,
au ciel, l'envol de nos entendements.
Il en sera comme d'un vertige aux ailes de papier
que chaque mot froisse ou défroisse
Il en sera de toi et de moi comme d'un geste
où rien n'est dit pour la faille de l'autre,
Il en sera de nous comme d'une semence,
mémoire habitée par ta présence et ta beauté
--------------
Savoir l'avenir ?
Est-ce l'ombre d'une inquiétude qui traverse notre amour ?
Est-ce la voie incertaine qui égare nos images ?
Est-ce la nasse où se débattent les oscillations de nos souvenirs ?
Quelles étrangetés préparent leur lit dans la lumière de l'âge,
y couchant de nouveaux rêves,
y dévoilant la nudité du quotidien ?
Comment ce futur assume-t-il ses enfants sans leur dire
que tout a été écrit dans le secret de savoirs ignorants ?
En quelle lectures faut-il perdre nos sens et en quelles nouvelles
quêtes trouverons-nous les questions de la pertinence ?
Nous voilà bien aveuglés par trop de connivence
avec les maîtres de la certitude !
Il va falloir désapprendre les voies de la convoitise pour élever
nos désirs au-dessus de la triste répétition du refus.
Accepter enfin que rien n'est tissé à l'avance comme un drame,
mais que tout peut se défaire avant que le temps
ne choisisse ses supplices.
Evadons nous à présent de nous même
et apprenons à étreindre l'espoir
qui pourrait perdre connaissance
si nous lui refusons le bon geste.
Il est de l'urgence comme de l'amour,
elle s'éteint quand l'oreille est distraite et elle ressurgit ailleurs,
là où la souffrance garde sa dignité et son désir de comprendre.
Agissons dans la justesse du milieu,
là où règnent toutes les raisons de vivre et opposons
celles-ci au devoir quotidien qu'imposent
les lois humaines de la destruction.
--------------
Carnet de plage
Ce tambour géant dont la peau couleur sable
résonne sous la griffe des vagues
est le lieu du rite où l’on sacrifie son corps.
Trop de soleil soudain, plaque les corps
dans l’immobilité des sables,
ce sont des mémoires nues
qui se dispersent et fondent
laissant à la marée
des trésors de fatigue.
Chaque corps caresse le soleil
de courbes fines comme soie d’un pétale
et l’astre, ivre de plaisir,
délivre sa morsure aux blancheurs qui éclosent.
Toi, tes cheveux d’organdi sur un livre ouvert,
c’est le fil du soleil dévidant son rouet
sur une pensée, légèrement sablée.
C’est l’accent onctueux
du discours d’une vague
qui s’essouffle sur la plage...
Que retiendrait-on
s’il ne restait l’écume
l’exclamation d’un roc
et le babillement des perles ?
Ils sont debout, les baigneurs,
comme des quilles au bord d’un miroir
que renversent des boules d’écume.
La frange des parasols discute si frénétiquement avec le vent
que la parole ne fait plus le poids et s’envole
Soudain, une vague
saute à votre cou, vous embrasse,
puis se retire, vous laissant en cadeau
son collier de fraîcheur !
Le soleil a rusé avec l’épaisseur d’une feuille de nuage.
C’est la marée qui a tourné cette page,
puis, de son encre d’argent
y a écrit la danse des vagues.
Griffés par mille diamants
au luisant retrait des eaux,
les sables se soumettent
à la dictée des mains
Qui sculptent l’éphémère
et affouillent leurs rêves
Pourquoi chercher l’amour
à marée basse, penché sur le sable
alors que tous les cerfs-volants
en esquissent le sourire
dans les bras du vent !
Il n’y a rien de plus silencieux
qu’un voilier dans la fissure des vagues,
alors que tout gémit aux jointures de son bord...
A moins que les marins ne taisent
jusqu’au fracas d’eux même
au retour dans le port.
--------------
Les vents
Les vents effilochent la mantille des marées,
déchirent leur tourment aux rochers des nuages
et posent frissonnant dans le berceau des arbres,
l’hologramme diaphane d’une cape arrachée
par un oiseau captif à l’étau de la terre.
--------------
Du fil à retordre
Qu’est-ce qu’un chirurgien ?
Un chirurgien est un pêcheur qui coupe le fil
avant qu’entre deux eaux
ne frétille le patient
Une assistante ?
Une assistante est un horizon
dont on perçoit la ligne intérieure
dès le premier coup de fil
Un pêcheur ?
Un pêcheur est un homme muet
qui parle aux poissons
à l’aide d’un téléphone à touche
Une ravaudeuse ?
Une ravaudeuse est une dame qui file et surfile
pour donner à l’usure du fil à retordre
Un couturier à Belfort ?
C’est un patron cousu de fil blanc
Dont le modèle se taille la part du lion
--------------
Au paradis des arbres
Un cerisier sèche ses boucles
au pinceau d’un vieux peintre
peignant lyres et vols d’oiseaux
au front nu des vergers.
Un chêne, mémoire des amours
et des douleurs du monde
abrite en ses blessures
le doux frisson des siècles.
Un tremble aux chuchotis d’argent
ne cesse d’épingler
le secret des ruisseaux
au ruban des grands fleuves.
Un frêne à feuilles d’or
fait briller l’écureuil
au bout de l’arabesque
d’un saut filigrané.
Un olivier ayant versé son sang
sur l’écorce noueuse
de deux mains en prière
craint l’épine de l’aube.
Un magnolia, cierges éclos
et robe de colombes
élève son chant marial
jusqu’au jardin des anges.
Un érable cisèle
la feuille du contre jour
pour colorer l’automne
de chutes innombrables
l’arbre voyageur
voilant les yeux du ciel
d’un éventail andalou
cabre des chevaux noirs
sur un fil de Tolède
Ecorces pétries
par la rousseur des vents,
les pins recueillent les amours égarés
entre la vague et sa dune d’argent.
l’if, aède infatigable
au palais des nuages
accorde la rumeur
des roses et du vent.
--------------
Tissu de charmes
Ce tissu qui ondule
cerne la fente
de ma couturière
La chute de ses reins
écume exquise
d'une lèvre petite
Une jambe en frisson
couche sa fièvre
sur un bouton éclos
Ma langue dit
ses mots nus
à l'oreille de tes cuisses
Lascive, ta courbe
brûle l'encens
d'une baguette
--------------
Les Vers Grisants
http://lesversgrisantsenpoesie.blogspot.com
--------------
Toute sève coule, lente,
Sur le sol chiffonné par la feuille.
Une aile d’oiseau l’interroge furtive
Et la branche qui attend le glissement des maisons
Dessine sans hâte les prémices du vent.
Je suis là, à ma fenêtre pour secouer les façades,
Leurs brouillards et leurs regards éteints
Et j’attends une autre lueur,
Celle que garde le soleil en sa boîte à nuages.
Ouvrons la, ensemble, pour que soient nos gaietés,
Innombrables, comme la palette du peintre.
--------------
J'ai vu dans le ciel des nuages moutons
Brouter la tête de trois oliviers
J'ai vu trois oliviers baigner leurs pieds
Dans les fleurs de pavot
J'ai vu trois mille fleurs de pavot
Danser au bal des cigales
J'ai vu des nuages moutons,
trois oliviers, trois mille fleurs de pavot,
Faire la cour au roi soleil
Allongé dans un lit de lavande
Chut !
Ne faut pas qu'il entende
De sa sieste éveillée,
Il pourrait bien tout brûler
--------------
Premier Avril
A la fête du poisson
Un poisson volant
Vole un pêcheur
Lui vole son cœur
Et l'accroche en riant
A la lune de miel
De deux passants.
--------------
Bon anniversaire
Le ciel a écrit à la mer
Pour son soixante dix millième anniversaire,
Et lui a offert dans un ruban d'écume,
Une plume de mouette.
L'océan en tempête
A retiré l'écume,
A pris silencieusement la plume,
L'a couchée sur son lit de sable
Puis, inlassable
Lui a conté son histoire verte et bleue
Et s'est endormi, heureux.
--------------
Feuilles d’aube
Feuilles émergeantes, vos cernes de brume,
paroles pourpres des nuits acculées,
préviennent la horde du passage de l’aube
--------------
Trois écus
L’horizon,
Blessant le ciel de sa plume ensanglantée,
Ouvrit le coffre capitonné de la mer,
Y puisa trois écus de lumière
Qui, tombés dans la fente de l’océan
En firent jaillir la tunique d’or
Du crépuscule.
--------------
Coté jardin
Le cognassier a frôlé les baguettes-tambour
D’un orage au matin d’une aubade-soleil.
Pour ce geste familier, l’orage a frappé
La peau douce du ventre de mai
Et le cognassier a pleuré ses pétales
Sur la terre noire, qui vêtue d’amour,
S’est alors mariée
Avec l’ombre bossue de son couturier.
--------------
Sources
Des souches fleuries d’ombelles et de fougères
enjambent la source de ma mémoire.
L’ombre porte mes pas à l’encolure des flots,
où les vaisseaux de mon enfance décousent
les replis ondoyants du feuillage
comme des rubans nacrés
dans les cheveux du temps.
--------------
Je t'aime
Je t'aime comme l'étincelle du silence
Comme l'averse volée
Comme le souffle bleu
D'une nuit voluptueuse
Que la braise de tes yeux
Ourle de chenaux forgés
Dans les brumes rieuses
D'un très long baiser.
--------------
Si tu n'étais
Si tu n'étais,
Il y aurait des arbres sans visage
Des sourires sans rosée
Des rosées sans aurore
Et je serais la pluie
Qui te ferait naître
Et tu te donnerais
A mes arbres, mes visages
Mes aurores, mes rosées,
Comme on donne un sourire
A une maison fermée.
Absence de l’aimé(e), pré vide où les fleurs du silence
préparent secrètement l’éclosion du baiser.
--------------
C'est debout que je te dirai que je t' aime
car mon corps saura croître avec ta réponse.
Il rendra à ta vérité tous les honneurs,
à la terre, le tremblements de mon attente,
au ciel, l'envol de nos entendements.
Il en sera comme d'un vertige aux ailes de papier
que chaque mot froisse ou défroisse
Il en sera de toi et de moi comme d'un geste
où rien n'est dit pour la faille de l'autre,
Il en sera de nous comme d'une semence,
mémoire habitée par ta présence et ta beauté
--------------
Savoir l'avenir ?
Est-ce l'ombre d'une inquiétude qui traverse notre amour ?
Est-ce la voie incertaine qui égare nos images ?
Est-ce la nasse où se débattent les oscillations de nos souvenirs ?
Quelles étrangetés préparent leur lit dans la lumière de l'âge,
y couchant de nouveaux rêves,
y dévoilant la nudité du quotidien ?
Comment ce futur assume-t-il ses enfants sans leur dire
que tout a été écrit dans le secret de savoirs ignorants ?
En quelle lectures faut-il perdre nos sens et en quelles nouvelles
quêtes trouverons-nous les questions de la pertinence ?
Nous voilà bien aveuglés par trop de connivence
avec les maîtres de la certitude !
Il va falloir désapprendre les voies de la convoitise pour élever
nos désirs au-dessus de la triste répétition du refus.
Accepter enfin que rien n'est tissé à l'avance comme un drame,
mais que tout peut se défaire avant que le temps
ne choisisse ses supplices.
Evadons nous à présent de nous même
et apprenons à étreindre l'espoir
qui pourrait perdre connaissance
si nous lui refusons le bon geste.
Il est de l'urgence comme de l'amour,
elle s'éteint quand l'oreille est distraite et elle ressurgit ailleurs,
là où la souffrance garde sa dignité et son désir de comprendre.
Agissons dans la justesse du milieu,
là où règnent toutes les raisons de vivre et opposons
celles-ci au devoir quotidien qu'imposent
les lois humaines de la destruction.
--------------
Carnet de plage
Ce tambour géant dont la peau couleur sable
résonne sous la griffe des vagues
est le lieu du rite où l’on sacrifie son corps.
Trop de soleil soudain, plaque les corps
dans l’immobilité des sables,
ce sont des mémoires nues
qui se dispersent et fondent
laissant à la marée
des trésors de fatigue.
Chaque corps caresse le soleil
de courbes fines comme soie d’un pétale
et l’astre, ivre de plaisir,
délivre sa morsure aux blancheurs qui éclosent.
Toi, tes cheveux d’organdi sur un livre ouvert,
c’est le fil du soleil dévidant son rouet
sur une pensée, légèrement sablée.
C’est l’accent onctueux
du discours d’une vague
qui s’essouffle sur la plage...
Que retiendrait-on
s’il ne restait l’écume
l’exclamation d’un roc
et le babillement des perles ?
Ils sont debout, les baigneurs,
comme des quilles au bord d’un miroir
que renversent des boules d’écume.
La frange des parasols discute si frénétiquement avec le vent
que la parole ne fait plus le poids et s’envole
Soudain, une vague
saute à votre cou, vous embrasse,
puis se retire, vous laissant en cadeau
son collier de fraîcheur !
Le soleil a rusé avec l’épaisseur d’une feuille de nuage.
C’est la marée qui a tourné cette page,
puis, de son encre d’argent
y a écrit la danse des vagues.
Griffés par mille diamants
au luisant retrait des eaux,
les sables se soumettent
à la dictée des mains
Qui sculptent l’éphémère
et affouillent leurs rêves
Pourquoi chercher l’amour
à marée basse, penché sur le sable
alors que tous les cerfs-volants
en esquissent le sourire
dans les bras du vent !
Il n’y a rien de plus silencieux
qu’un voilier dans la fissure des vagues,
alors que tout gémit aux jointures de son bord...
A moins que les marins ne taisent
jusqu’au fracas d’eux même
au retour dans le port.
--------------
Les vents
Les vents effilochent la mantille des marées,
déchirent leur tourment aux rochers des nuages
et posent frissonnant dans le berceau des arbres,
l’hologramme diaphane d’une cape arrachée
par un oiseau captif à l’étau de la terre.
--------------
Du fil à retordre
Qu’est-ce qu’un chirurgien ?
Un chirurgien est un pêcheur qui coupe le fil
avant qu’entre deux eaux
ne frétille le patient
Une assistante ?
Une assistante est un horizon
dont on perçoit la ligne intérieure
dès le premier coup de fil
Un pêcheur ?
Un pêcheur est un homme muet
qui parle aux poissons
à l’aide d’un téléphone à touche
Une ravaudeuse ?
Une ravaudeuse est une dame qui file et surfile
pour donner à l’usure du fil à retordre
Un couturier à Belfort ?
C’est un patron cousu de fil blanc
Dont le modèle se taille la part du lion
--------------
Au paradis des arbres
Un cerisier sèche ses boucles
au pinceau d’un vieux peintre
peignant lyres et vols d’oiseaux
au front nu des vergers.
Un chêne, mémoire des amours
et des douleurs du monde
abrite en ses blessures
le doux frisson des siècles.
Un tremble aux chuchotis d’argent
ne cesse d’épingler
le secret des ruisseaux
au ruban des grands fleuves.
Un frêne à feuilles d’or
fait briller l’écureuil
au bout de l’arabesque
d’un saut filigrané.
Un olivier ayant versé son sang
sur l’écorce noueuse
de deux mains en prière
craint l’épine de l’aube.
Un magnolia, cierges éclos
et robe de colombes
élève son chant marial
jusqu’au jardin des anges.
Un érable cisèle
la feuille du contre jour
pour colorer l’automne
de chutes innombrables
l’arbre voyageur
voilant les yeux du ciel
d’un éventail andalou
cabre des chevaux noirs
sur un fil de Tolède
Ecorces pétries
par la rousseur des vents,
les pins recueillent les amours égarés
entre la vague et sa dune d’argent.
l’if, aède infatigable
au palais des nuages
accorde la rumeur
des roses et du vent.
--------------
Tissu de charmes
Ce tissu qui ondule
cerne la fente
de ma couturière
La chute de ses reins
écume exquise
d'une lèvre petite
Une jambe en frisson
couche sa fièvre
sur un bouton éclos
Ma langue dit
ses mots nus
à l'oreille de tes cuisses
Lascive, ta courbe
brûle l'encens
d'une baguette
--------------
Les Vers Grisants
http://lesversgrisantsenpoesie.blogspot.com