Publié le 8 Avril 2015

--------------

" Car Dieu n'est ni mort ni mourant - contrairement à ce que pense Nietzsche et Heine. Ni mort ni mourant parce que non mortel. Une fiction ne meurt pas, une illusion ne trépasse jamais, un conte pour enfant ne se réfute pas. "

" Le silence de Dieu permet le bavardage de ses ministres qui usent et abusent de l'épithète : quiconque ne croit pas à Dieu, donc à eux, devient immédiatement un athée. Donc le pire des hommes, l'immoraliste, le détestable, l'immonde, l'incarnation du mal. Difficile dès lors de se dire athée... On est dit tel, et toujours dans la perspective insultante d'une autorité soucieuse de bannir, mettre à l'écart et condamner. "

" [Le premier véritable athée :] Et il me plait que cette généalogie de l'athéisme philosophique procède d'un prêtre : l'Abbé Meslier, saint, héros et martyr de la cause athée enfin repérable... "

" L'enseignement du fait religieux réintroduit le loup dans la bergerie : ce que les prêtres ne peuvent plus commettre ouvertement ils pourraient désormais le faire en douce, en enseignant les fables de l'Ancien et du Nouveau Testament, celles du Coran, et des Hadiths sous prétexte de permettre aux scolaires d'accéder plus facilement à Marc Chagall, à la Divine Comédie, à la Chapelle Sixtine ou à la musique de Ziryab... "

" Enseigner le fait athée supposerait une archéologie du sentiment religieux : la peur, l'incapacité à regarder la mort en face, l'impossible conscience de l'incomplétude et de la finitude chez les hommes, le rôle majeur et moteur de l'angoisse existentielle. La religion, cette création de fiction, appellerait un démontage en bonne et due forme de ces placebos ontologiques - comme en philosophie on aborde la sorcellerie et la folie pour produire une définition de la raison. "

" L'époque semble athée, mais seulement aux yeux des chrétiens ou des croyants. En fait elle est nihiliste.
Les tenants d'hier et d'avant hier ont tout intérêt à faire passer le pire et la négativité contemporaine pour un produit de l'athéisme. "

" Trois millénaires témoignent des premiers textes de l'Ancien Testament à aujourd'hui : l'affirmation d'un Dieu unique, violent, jaloux, querelleur, intolérant belliqueux a généré plus de haine, de sang, de morts, de brutalité que de paix... "

" Je ne sache pas que les Papes, les Princes, les Rois, les Califes, les Emirs aient majoritairement brillé dans la vertu tant déjà Moïse, Paul et Mahomet excellaient respectivement pour leur part dans le meurtre, les passages à tabac ou les razzias. "

" La désaffection de la pratique ne témoigne pas du recul de la croyance.
Mieux, la corrélation entre la fin de l'un et la disparition de l'autre semble une erreur d'interprétation? On peut même penser que la fin du monopole des professionnels de la religion sur le religieux a libéré l'irrationnel et généré une plus grande profusion de sacré, de religiosité de soumission à la déraison. "

" Et pour un Averroès, ou un Avicenne - ces prétextes tellement utiles... - combien d'imams hypermnésiques ? "

" Désormais il s'agit de viser ce que Deleuze nomme un athéisme tranquille, à savoir un souci moins statique de négation ou de combat de Dieu qu'une méthode dynamique débouchant sur une proposition positive destinée à construire après le combat. "

" [...] l'amplification et la promotion de cette fable [Jésus] par Paul de Tarse qui se croit mandaté par Dieu quand il se contente de gérer sa propre névrose; sa haine de soi transformée en haine du monde; son impuissance, son ressentiment, la revanche d'un avorton - selon son propre terme... - transformés en moteur d'une individualité qui se répand dans tout le bassin méditerranéen; la jouissance masochiste d'un homme étendue à la dimension d'une secte parmi des milliers à l'époque [...] "

" Déconstruire les monothéismes, démystifier le judéo-christianisme - mais aussi l'islam, bien sûr - puis démonter la théocratie, voilà trois chantiers inauguraux pour l'athéologie. De quoi travailler ensuite à une nouvelle donne éthique et produire en Occident les conditions d'une véritable morale post-chrétienne, où le corps cesse d'être une punition, la terre une vallée de larmes, la vie une catastrophe, le plaisir un péché, les femmes une malédiction, l'intelligence une présomption, la volupté une damnation. "

" On ne tue pas un rêve, on n'assassine pas un subterfuge. Ce serait plutôt lui qui nous tue, car Dieu met à mort tout ce qui lui résiste. En premier la raison, l'intelligence, l'esprit critique. "

" Je ne méprise pas les croyants, je ne les trouve ni ridicules ni pitoyables, mais je désespère qu'ils préfèrent les fictions apaisantes des enfants aux certitudes cruelles des adultes. "

" On attire leur attention [aux ayatollahs et aux mollahs] sur la haine des Juifs et des non-musulmans qui truffe à longueur de page le Coran ? Ils renvoient à la pratique de la dhimma qui permet vaguement aux gens du Livre non musulmans d'exister et d'être protégés. Mais ils évitent soigneusement d'expliquer que cette protection existe seulement après le versement sonnant et trébuchant d'un impôt, la gizya. Ce qui apparente cette prétendue tolérance à une pratique mafieuse de protection de l'individu soumis au financement de l'entreprise qui le rackette... "

" Il faut bien ces jongleries avec la substance et les espèces sensibles pour parvenir à faire croire au fidèle que ce qui est (le pain et le vin) n'existe pas, et que ce qui n'est pas (le corps et le sang du Christ) existe vraiment ! Tour de prestidigitation métaphysique sans pareil ! Quand la théologie s'en mêle, la gastronomie et l'œnologie, voire la diététique et l'hématologie renoncent à leur prétention. Or le destin du christianisme se joue dans cette pitoyable comédie de bonneteau ontologique. "

" Yahvé parle à son peuple élu et n'a aucune considération pour les autres. La Torah invente l'inégalité éthique, ontologique et métaphysique des races. "

" Depuis Paul de Tarse qui justifie le glaive et l'épée pour imposer la secte confidentielle comme une religion contaminant l'Empire, certes, mais aussi toute la planète, jusqu'à la justification de la dissuasion nucléaire par le Vatican du XXe siècle, la ligne persiste. Tu ne tueras point... sauf de temps en temps - quand l'Eglise te le dira. "

" Des millions de morts, des millions de morts sur tous les continents, pendant des siècles, au nom de Dieu, la bible dans une main, le glaive dans l'autre : l'Inquisition, la torture, la question; les croisades, les massacres, les pillages, les viols, les pendaisons, les exterminations, les bûchers; la traite des noirs, l'humiliation, l'exploitation, le servage, le commerce des hommes, des femmes et des enfants; les génocides , les ethnocides des conquistadores très chrétiens, certes, mais aussi, récemment, du clergé rwandais aux côtés des exterminateurs hutus; le compagnonnage de route avec tous les fascismes du XXième siècle, Mussolini, Pétain, Hitler, Pinochet, Salazar, les colonels de la Grèce, les dictateurs d'Amérique du Sud; etc... Des millions de morts pour l'amour du prochain. "

http://armanny.blogg.org

http://www.ipernity.com/home/armanny

Voir les commentaires

Rédigé par Armanny

Repost0

Publié le 8 Avril 2015

--------------

Les mains sur le dos
à peine ivre
mieux délivré que l'ivrogne véritable
je ris !
Démoralisation sacrée,
démoralisation, sens ici du mot aigu,
point de mélodies déchues, vaines,
démoralisation sacrée !

Ce n'est point avec des roses
et une traîne de paon bleu
ni avec du genièvre, des cocktails
ni avec la cocaïne, une aile de papillon
ni avec des mots en peuples de rythmes
ni avec une épée ou un poignard
que nous montons vers cette coupe
étalée dans nos coeurs déserts,
- je dis nous avec dans moi ce ganglion chronique d'illusion -,
nous montons avec des haches et des barres de fer.

Plus de nouveaux quartiers
nos dégoûts cessent de les donner
aujourd'hui plus de pardons
le vide bondit, la tempête crève devant l'inondation.
Tout crève
la cataracte balaie les forêts des mondes,
pulvériser l'ordre, cet ordre-ci,
renverser l'ordre des séries, des hiérarchies,
plus de vifs amputés aux couteaux des morts
plus de chants patriarcaux
les pères poussés au bûcher
leurs fils y versent les huiles.
Les mains sur le dos
à peine ivre
je ris
démoralisation sacrée.
Point de bibles printanières de crimes
mais chaque jour se révolte contre la prescription de la veille.

La poésie n'a pas de frondaisons dans les jours mortels
le bras du verbe s'étend comme la béguine supplie
à travers l'éternité, ni marbre ni diamant,
poulpe ténébreux,
à travers le cyclone des signes mouvants,
matrices négatrices empoisonnées des lois,
fleurs, parfums, oiseaux, poissons, hommes, coquilles
crabe, anémone, étoile
voyageant dans les formes.

Le son d'un mot n'est point sa chair.
Le saltimbanque au balancier n'est pas poète,
mais plus arbitraire que la division du cadran d'heures
plus Sorbonne que le système décimal.
Les jours où il n'y a pas à hurler
il faut faire silence
ou murmurer dans les anthologies
ou croasser aux théâtres
devant mille monstres bêtes.

Les mains sur le dos
à peine ivre.
Et dans le vide germent trois grains de cristal
les colonnes montent dans le désert qui n'est pas l'ordre.
Les poètes sont exterminés avec leur Champagne
leurs ailes suaves que lèchent les femmes.

Sur les colonnes qui montent, la coupe vide,
hissé là, océan sans écume sans limite
un nouveau désert sur nos coeurs déserts.
Nous attendons, nous, moi
avec la hache et l'assomoir d'acier
écrasons les uniformes des pères d'hier
de demain
plus de chefs noirs, blancs, jaunes, rouges
démoralisation sacrée.

http://armanny.blogg.org

http://www.ipernity.com/home/armanny

Voir les commentaires

Rédigé par Armanny

Repost0

Publié le 8 Avril 2015

--------------

Les caresses des yeux sont les plus adorables ;
Elles apportent l'âme aux limites de l'être,
Et livrent des secrets autrement ineffables,
Dans lesquels seul le fond du cœur peut apparaître.

Les baisers les plus purs sont grossiers auprès d'elles ;
Leur langage est plus fort que toutes les paroles ;
Rien n'exprime que lui les choses immortelles
Qui passent par instants dans nos êtres frivoles.

Lorsque l'âge a vieilli la bouche et le sourire
Dont le pli lentement s'est comblé de tristesses,
Elles gardent encor leur limpide tendresse ;

Faites pour consoler, enivrer et séduire,
Elles ont les douceurs, les ardeurs et les charmes !
Et quelle autre caresse a traversé des larmes ?

http://armanny.blogg.org

http://www.ipernity.com/home/armanny

Voir les commentaires

Rédigé par Armanny

Repost0

Publié le 8 Avril 2015

--------------

Dans un parfum de roses blanches

Dans un parfum de roses blanches
Elle est assise et songe ;
Et l'ombre est belle comme s'il s'y mirait un ange.

Le soir descend, le bosquet dort ;
Entre ses feuilles et ses branches,
Sur le paradis bleu s'ouvre un paradis d'or.

Sur le rivage expire un dernier flot lointain.
Une voix qui chantait, tout à l'heure, murmure.
Un murmure s'exhale en haleine, et s'éteint.

Dans le silence il tombe des pétales...

http://armanny.blogg.org

http://www.ipernity.com/home/armanny

Voir les commentaires

Rédigé par Armanny

Repost0

Publié le 8 Avril 2015

--------------

Quelques feuilles, guirlande verte,
Environnent de leur émail
Cette jeune rose entrouverte,
Petite coupe de corail.

Ses pétales aux teintes blondes,
Dont la nacre rose pâlit,
Se frisent et semblent les ondes
Du frais parfum qui la remplit.

Vois-tu, soulevant de son aile
Un nuage de tourbillons,
Voler et tourner autour d'elle
L'essaim naïf des papillons.

Ainsi, pour savourer l'ivresse
Du baume de la volupté,
Mes désirs voltigent sans cesse
- Sans cesse, autour de ta Beauté.

http://armanny.blogg.org

http://www.ipernity.com/home/armanny

Voir les commentaires

Rédigé par Armanny

Repost0

Publié le 8 Avril 2015

--------------

Douce comme un rayon de lune, un son de lyre,
Pour dompter les plus forts, elle n'a qu'à sourire.
Les magiques lueurs de ses yeux caressants
Versent l'ardente extase à tout ce qui respire.

Les grands ours, les lions fauves et rugissants
Lèchent ses pieds d'ivoire ; un nuage d'encens
L'enveloppe ; elle chante, elle enchaîne, elle attire,
La Volupté sinistre, aux philtres tout-puissants.

Sous le joug du désir, elle traîne à sa suite
L'innombrable troupeau des êtres, les charmant
Par son regard de vierge et sa bouche qui ment,

Tranquille, irrésistible. Ah ! maudite, maudite !
Puisque tu changes l'homme en bête, au moins endors
Dans nos cours pleins de toi la honte et le remords.

http://armanny.blogg.org

http://www.ipernity.com/home/armanny

Voir les commentaires

Rédigé par Armanny

Repost0

Publié le 8 Avril 2015

--------------

Comme au milieu des mers d'immobiles vaisseaux,
Depuis des milliers d'ans vous dormez dans vos sables,
Et sur vos fronts, pour vous créer impérissables,
La force et le génie ont imprimé leurs sceaux.

Vainement la lumière, en radieux faisceaux,
Pleut sur vous, vos secrets restent insaisissables.
L'antiquité, voyant vos traits ineffaçables,
Croirait se réveiller auprès de vos berceaux.

Avec l'âge qui vient, ô monuments austères !
Vous cachez plus avant vos étranges mystères,
Et vous portez plus haut des fronts plus solennels.

Mais bientôt l'homme, hélas ! disparaît, quoi qu'il fasse,
Et le nom de ces rois qui vous font éternels,
Avec l'âge qui vient de plus en plus s'efface.

http://armanny.blogg.org

http://www.ipernity.com/home/armanny

Voir les commentaires

Rédigé par Armanny

Repost0

Publié le 8 Avril 2015

--------------

Je ne chanterai pas très haut ni très longtemps.
C'est à mon plaisir seul, à vous que je m'attends
Égalité du cœur, honnête poésie.
Je n'ai rien de meilleur que cette humeur unie,
J'éprouve la couleur le grain de mon papier
Et l'incertain trésor que j'y viens gaspiller.

Toute pleine de moi, page sans bornes, vive
Étendue où respire une blanche captive,
Mon amour est sur toi comme un ciel éclairé.
Je me retrouve ici seul et désaltéré.
J'ai placé mon bonheur dans un calme langage :
J'aime, et jusqu'aux détours, la route où je m'engage.

Il est sur la cité cinq heures du matin
Dont les vapeurs de l'aube ont brouillé le dessin.
Déjà le boulanger quitte son four sonore,
La nuit aux marronniers, pâle, repose encore,
L'espace doucement a reçu les oiseaux
Et la sirène crie au milieu des bateaux.

Tout le gris éventail d'une ville éveillée
Ouvre son paysage au seuil de ma journée
Et parmi les couleurs de l'arrière-saison
Je dispose le monde autour de ma maison :
Ici d'humides toits glissent dans la lumière,
Se perd par la fumée une étoile dernière,
Un cerisier profond règne sur mon jardin
Et se charge de jour le gazon citadin.
Arbres, roses, pelouse, il n'est rien qui ressemble
A l'édifice pur que vous formez ensemble,
Mais combien difficile à ne point abîmer...

Le beau temps me baptise et fait son feu léger
Parcourir, éveiller un esprit sans faiblesse.
Le thé que je compose est philtre de sagesse,
L'eau tire de sa feuille une riche liqueur ;
J'en éprouve longtemps la pointe et la vigueur.
Ô Thé miraculeux dans cette porcelaine
Au prix d'un or si fin que la richesse est vaine !
Penché sur ton miroir comme les japonais
Respectueusement je respire la paix,
Je repose les mains sur une blanche table
Et le calme où je suis devient si délectable,
De si divine sorte et légèrement fait,
Que toute ma journée en sentira l'effet.

Cette chambre aux murs bleus ouvre dans le feuillage.
La vigne vierge y pousse une flamme sauvage,
Des meubles de bois sombre y luisent simplement
Et le corps est heureux de son embrassement,
Haute fenêtre d'or où ma ville s'appuie,
J'allume en votre honneur une pipe chérie :
Un feu doux et léger bouge au creux de la main,
Dont la chaleur me fait profondément humain.
J'écoute s'éveiller mille voix diligentes,
Battre les lourds tapis et chanter les servantes,
Bruxelles accomplir un rite matinal.

J'avance, l'air entier sonne comme un cristal
Et l'Automne guide mes pas aux avenues.
Pourtant il faut chanter les plus petites rues :
Du soleil s'abandonne à leur pâle pavé
Et le ciel alentour touchant et délavé.
Les marchandes de fleurs y cherchent un sourire ;
Elles ont la couleur des choses qu'on désire
Et, parmi le trésor le plus rafraîchissant
Vivantes, elles font un murmure glissant.
Dans sa robe d'argent comme une vieille amie
Voici pour mon repos la place Stéphanie,
Votre haute fontaine ô Porte de Namur,
Et les jardins du Roi pénétrés par l'azur.

Il est près de Midi. Je vois des hommes vivre.
Passe un cheval dansant, brillant comme le cuivre,
Une. petite fille aux magnifiques dents,
De célèbres messieurs, des cigares ardents.
Comme, au long des trottoirs, une bête docile,
Se range proprement la souple automobile ;
Des femmes sans couleur se tenant par la main
Avancent au milieu d'un silence inhumain.
Leurs cheveux sont ornés d'une rose glacée,
Cette blouse déteinte et leur lèvre blessée ;
Elles ne savent pas saluer le soleil.

Terrasse des cafés sous un lierre vermeil
D'où je vois s'agiter ma ville industrieuse,
Boulevard aussi beau par ta robe poudreuse
Qu'un fleuve déployé dans son vaste dessin,
Maisons de mes amis, la mienne, mon jardin,
Champs d'avoine et d'air pur qui faites la banlieue,
Nuages sur les toits et dans la pierre bleue,
Vous êtes le décor que je donne à ces vers.

Qui m'aime, aime ma ville et me suive au travers.

Dans le bois de la Cambre, un facile Dimanche,
Sous l'aile des pigeons cette île toute blanche,
Cette île, autour de quoi les feuillages et l'eau
Ferment dans le brouillard leur précieux anneau,
Ne vous est-elle pas, distraite citadine,
Comme, après le soleil, une pluie haute et fine
Nourriture du cœur et gage de santé ?

Mes rames dérangeant un trésor argenté,
La barque obéissante échappe à son sillage.
Vous êtes mon ami, sylvestre paysage,
Vous êtes la dernière et meilleure raison
De qui ne connaît plus le dieu de sa maison.
Mais déjà s'abandonne une image de rive
Au mouvement d'amour de cette onde attentive
Quand se répand sur elle et l'épouse le soir
Comme une jeune haleine obscurcit son miroir.
Déjà s'ouvrent, au fond d'un feuillage docile,
Les fleurs blêmes du gaz, les lampes de la ville ;
Une auréole tombe au pied d'arbres en feu,
Pâle et vaste, que j'aime, et qui m'égare un peu.
Adieu, domaine pur...

Bruxelles se déploie.
Une foire opulente alimente sa joie ;
Écumeuse comme elle et pleine de danger
Je regrette la mer, au moment d'y plonger.
Grosses roses de bois, carrousels de banlieue !
Un vertige saisit la fille en blouse bleue,
De tendres Grenadiers la soutiennent à point.
Un clown ouvre les bras, je lui souris de loin.
Je goûte ma faiblesse avec sollicitude,
Je me trouve, sans but et sans inquiétude,
A cette chaude foule un corps abandonné...
J'admire la souplesse et le bien-ordonné
D'une montagne russe au-dessus des feuillages :
Elle déroule un rail, visite les nuages,
Et chavire la foire ! et sombre ! et, mollement,
Berce, caresse, vide un corps convalescent...

Au front des promeneurs que cette foule mène
Au sommeil, aux plaisirs, goûtés sans trop de peine,
Le dangereux amour pose ses mains de feu ;
Et ses ruses feront la règle de mon jeu.
Je vous aime, Cité, domaine de la pluie,
Mais dont les habitants moquent la poésie.
Comme un grand violon de silence habité
Vous êtes l'instrument d'une divinité.
Laissez, laissez mûrir, se charger d'évidence
Cette chose sans nom, cette vaste espérance ;
Se composer un dieu par vos arbres blessés,
Par vos matins déserts et vos soleils brisés,
Par le visage d'or des nuits européennes.
A mes raisons d'amour chacun joigne les siennes.
Tant de silence frais, comme au petit matin,
Favorise le jeu d'un esprit citadin.
Quelle tranquillité fait ma fenêtre ouverte...

Bruxelles, arrosé comme une plante verte,
Bien nouveau, bien plaisant, se tait quand je le veux.
Ce n'est pas au hasard que je nomme ses dieux
Et ni distraitement que ce grand corps murmure.
Je sais où caresser ma belle sans-figure,
Ma ville habituée aux malices du ciel ;
Je ne souhaite pas de plaisir éternel :
Et les quatre saisons me gardent des surprises

Au filet du Printemps quand les branches sont prises
Et que de purs chemins traversent le gazon,
Comme un discours logique et nourri de raison
De beaux jardins me font une vertu nouvelle.

Mais, sous une toison brûlante et solennelle
Lorsque le mois de juin presse le boulevard,
Que des visages nus mélangent leur brouillard,
Autour de qui l'amour tourne comme une bête,
- Comment ne pas chérir cette rapide fête,
Comment ne pas se prendre aux pièges de l'Été ?

Octobre transparent a les couleurs du thé
Et cet intime accent qui fait d'un paysage
Aux hommes patients entendre le langage ;
La banlieue en Automne est un miroir secret
Qu'il faut longtemps polir et de mince reflet,
Mais qu'un peu d'amitié touche son eau fermée :
II n'est rien de si beau dans la plus belle année.

L'Hiver enfin m'enchante et le pavé sonnant ;
Bruxelles reformé dans un ordre émouvant,
Ses arbres dépouillés, sa menteuse logique,
Et le cruel éclat d'un ciel géométrique
Sur toutes nos maisons comme un couteau planté.

J'épuise ces trésors avec tranquillité.
Que n'importent des biens dont je n'ai plus envie
Si je n'en tire un miel qu'on nomme Poésie ?
Je compose ces vers pour me sentir vivant ;
Mais non pas au hasard, non pas distraitement.
Quel besoin de mentir, d'habiter un nuage ?
Il est assez de ruse en ce simple langage,
Les lecteurs que je veux ne s'y tromperont pas.

Yvonne aux gants de fil, dame des cinémas,
Perle et poudreuse rose à la faveur des ombres,
Voit Charlie au corps pur danser sur les décombres.
Les femmes n'aiment pas tant de légèreté.
Mais vous, plus attentive à la divinité,
Saisissez de ses jeux le périssable charme
Et comme un film usé me touche et me désarme,
Ainsi de vos cheveux, de votre froide main.
Mais Élise ! solide et comme le bon grain
Dorée, ouverte aux dieux, fondée en gymnastique,
Éprouve du talon la pelouse élastique
Touchée au petit jour par la grâce du sport.
D'où cette heureuse allure et ce paisible port.
De sommeillants bonheurs ne sauraient plus me plaire
Ni le goût de pain bis d'une enfant sédentaire ;
Mon Élise vivante a le cœur mieux placé,
Sous la douche reçoit un sacrement glacé
Et goûte ses plaisirs sans sourire ni plainte.

Mais toi, dont je chéris la fourrure déteinte
Quand remue à ton cou ce minable ornement,
Suzanne, à la clarté du gaz attendrissant,
Ivre, maigre, et m'ouvrant ta bouche apprivoisée,
Élève dans mes bras une chanson brisée
Ma ville et mon amie ont les mêmes yeux gris.

Sans doute est-il beaucoup de plus nobles pays,
De plus riches climats où déployer sa vie
(Et je ne sais, Paris, comme l'on vous oublie)
Paysages, lointains voyages, ciels changeants...
Mais trouverais-je ailleurs autant d'amis vivants ?
Ma patrie est où sont ces hommes délectables ;
C'est par eux que mes vers deviennent raisonnables,
Pour eux que je guéris d'un délire sacré ;
Ma ville obéissante est refaite à leur gré.
Heureux de parler clair, fondés en poésie,
Laissons-nous-y longtemps caresser par la vie :
Chaque jour de jeunesse est doré comme un pain ;
Poursuivons, sans vieillir, un dialogue humain.
Je termine à ces mots l'éloge de Bruxelles :
Poésie, Amitié, mes lois sont les plus belles,
Ornement du jardin, gloire de la maison,
Les précieux épis d'une riche saison.

Au terme aérien d'un jour sans aventure
Entre mes doigts s'achève un ouvrage d'eau pure
Et je baisse la voix, comme le soir se fait.
Que ma ville repose, elle a dit son secret :
Voici tout le dessin de son meilleur visage.

Comme la mer unit une facile plage,
Comme d'une amoureuse on lisse les cheveux,
Un instant sage encor, sage et silencieux,
Je contiens ma chanson, ma fortune ignorée...
Mais elle s'est de moi doucement détachée ;
Les mains vides, j'entends se perdre ses oiseaux...
Libre et seul, je connais le prix de mon repos :
Quelle paix sur ma ville et quel air d'innocence...
Mes vers portent en eux leur pure récompense.

http://armanny.blogg.org

http://www.ipernity.com/home/armanny

Voir les commentaires

Rédigé par Armanny

Repost0

Publié le 8 Avril 2015

--------------

Me voici revenu de la rive incertaine
où lamente la lyre abandonnée d'Orphée :
le vent d'en-bas m'emplit de vertige les veines
et mon double brumeux ne s'est point dissipé.

Après avoir usé ma ressemblance humaine
les lunes mauves de l'Enfer m'ont patiné.
Mes yeux ? deux diamants d'hiver ou deux fontaines
Qui fixent un soleil immuable et glacé.

Tel l'arbre aux pas profonds, aveugle de murmures
secoue dans le sommeil ses nocturnes verdures
où les soleils défunts mûrissent oubliés :

Le même arbre de jour, que la lumière outrage
Sans feuilles, sans oiseaux, flagellant les nuages
Maudit de ses grands bras anathèmes l'été.

http://armanny.blogg.org

http://www.ipernity.com/home/armanny

Voir les commentaires

Rédigé par Armanny

Repost0

Publié le 8 Avril 2015

--------------

L'oeil grand ouvert de l'ombre, orné de cils d'argent,
Jette ses feux d'opale au sein de la vallée
Qui sommeille et flamboie à la nuit étoilée,
Comme un phosphore blond de la houle émergeant.

Et sa grâce rayonne en la voûte emperlée,
Radieuse parmi les hauts cirrus nageant,
Et les jets refroidis de son halo changeant
Nimbent les nénuphars sur la vague troublée.

Lune très blanche, espoir de mes songes lassés,
Toi, le flambeau veillant des soleils trépassés,
Astre, nocturne fleur au jardin symbolique,

Quand vient sourire en moi la volupté des soirs,
O veille dans mon coeur, douce, mélancolique,
Comme un parfum qui dort au fond des encensoirs.

--------------

Le vent qui grince, au fond des bois mornes et chauves,
Comme des gonds rouillés sous d'énormes vantaux,
Traîne lugubrement, le long des végétaux,
Le pâle tourbillon des feuilles aux tons fauves.

Dans le lointain, cachant la pente des coteaux,
Dorment vieux troncs, rameaux, ponts croulants et guimauves;
Et le merle fuyant vers les horizons mauves,
Jette ses cris plaintifs aux vents orientaux.

Dans les sillons, plus rien, rien sur la plaine nue;
L'âme ressent en elle une crainte inconnue,
Quand le frimas blanchit le sol dur et glacé.

Et l'homme, frissonnant en sa triste demeure,
Voit le ciel automnal ouvrir son flanc blessé
Au soleil, souriant à la terre qui pleure.

--------------

Dressant vers l'horizon sa haute et lourde masse,
Superbe comme un fils courroucé des titans,
Il dresse ses rameaux à travers les autans,
Dans le geste infernal d'un spectre qui grimace.

C'est l'arbre mort, le chêne oublié des printemps...
Il a vu bien des jours passer de cette place
Alors qu'il défiait, plein de force et d'audace,
De son chef orgueilleux le choc altier des temps.

Il est seul, ô misère!... Et, sous la lune froide,
Il dort, tout droit dans l'ombre, inaltérable et roide,
Débris sublime : phare en son obscurité.

Frères, sachez qu'un jour, parmi l'or blond des seigles,
Il a, sous le grand ciel où grandit sa fierté,,
Entre ses bras puissants d'alors, bercé des aigles.

--------------

Tout ce que je connais de vous?... Votre sourire,
Quelque peu votre nom, vos grâces, vos cheveux,...
J'ignore cependant le ciel pur de vos yeux,
Mais je crois que votre âme en leur miroir se mire.

Jamais je n'entendis murmurer votre voix...
Mais je crois qu'elle doit être tendre et bien douce :
Douce, comme un soupçon de brise, sur la mousse,
Et tendre comme un chant de source sous les bois.

Et jamais je ne sus les roseurs de vos lèvres,
Non plus si votre coeur, jadis, a pu chanter...
Mais je crois qu'on a dû, chère âme, palpiter
Quelquefois aux baisers de rêves pleins de fièvres.

Mais ce que je connais, le voici sans retour :
Je connais qu'à vos airs charmeurs, mon âme est prise;
Et pauvre papillon qu'un lis inconnu grise,
Je vous connais assez pour vous aimer d'amour.

--------------

Vous dont le rêve chante aux chants des libertés
Sur des chemins de roc ou des sentiers d'épines;
Vous dont les coeurs nourris d'offrande ou de rapines
Contiennent tant d'espoirs et tant d'étrangetés;

Bohèmes, paladins traîneurs de vétustés,
Coureurs des pics du nord aux landes cisalpines,
Vivez sous vos haillons de lins ou de crépines
Sans avoir senti Dieu s'abattre à vos côtés.

Aux frères, émanés des primes équilibres,
Seuls sous notre destin vous portez vos fronts libres
Comme le flot qui passe et ne craint point l'écueil.

Et puisque vous chantez parmi les fleurs des brandes,
Je veux garder pour vous, de la vie au cercueil,
La voix de mes amours immortellement grandes.

--------------

Chante pour moi ce soir, puisque ton âme chante,
Revis les souvenirs dont l'amour est resté :
Que ce soit d'une voix tranquille mais touchante,
Ce fut pour toi, jadis, que mon coeur a chanté.

Rêve de moi ce soir, puisque ton âme rêve,
Cherche dans nos autans un songe inachevé,
Que ton regard soit doux et ta vision brève
Ce fut de toi jadis que mon coeur a rêvé.

Pleure avec moi ce soir, puisque ton âme pleure
Sur les parfums bien morts d'un jour énamouré.
Sois celle que la nuit de sa grande aile effleure
Ce fut pour toi, jadis, que mon coeur a pleuré.

--------------

Vous passiez, loin de moi, comme une vision
Très douce : et mes regards, quand vous étiez passée,
Vous revoyaient toujours au fond de ma pensée;
Et je fermais les yeux, pleins de l'illusion...

Longeant l'humble pavé qui borde l'avenue,
- À l'heure du retour, heure de fol espoir, -
Je vous voyais encor, ma tant douce inconnue,
Et je vous bénissais d'avoir pu vous revoir...

À quel plus grand bonheur pouvais-je alors prétendre!
Et je disais : Mon Dieu! Si je pouvais l'entendre,
Quelle ineffable joie aurait mon pur amour!

Car qui m'aurait pu dire - ô mystère de l'Être!
Que, rêveur abîmé dans l'éternel « Peut-être »
J'aurais enfin l'honneur de vous parler un jour!

--------------

Comme des nuits, il est des jours,
Où l'on sent que sombres toujours,
Passent les choses;
Des jours où l'on voit, sans rancoeurs,
Crouler sur les débris des coeurs
Les amours roses.

Comme des jours, il est des soirs,
Où bercés par nos vains espoirs,
O rêves sombres!
Des soirs où toutes voluptés
Répandent parmi leurs clartés
D'étranges ombres.

Comme des soirs, il est des nuits,
Où la voix lasse des ennuis
Tremble à nos portes.
Des nuits où le front dans la main,
Nous pleurons sur le vieux chemin
Des roses mortes.

http://armanny.blogg.org

http://www.ipernity.com/home/armanny

Voir les commentaires

Rédigé par Armanny

Repost0