Publié le 8 Avril 2015

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Nous étions maintenant deux sur le banc. Mon voisin feuilletait un livre des pages duquel s'échappa à son insu une fleur desséchée. Je la recueillis pour la lui rendre. L'inconnu, me saluant, la porta à ses lèvres flétries, et la replaça dans le livre mystérieux.

« Cette fleur, me hasardai-je à lui dire, est sans doute le symbole de quelque doux amour enseveli ? Hélas ! Nous avons tous dans le passé un jour qui nous désenchante l'avenir !
- Vous êtes poète ! me répondit-il en souriant. »

Le fil de la conversation était noué. Maintenant, sur quelle bobine allait-il s'envider ?

« Poète, si c'est d'être poète que d'avoir cherché l'art !
- Vous avez cherché l'art ! Et l'avez-vous trouvé ?
- Plût au ciel que l'art ne fût pas une chimère !
- Une chimère ! ... Et moi aussi je l'ai cherché ! » s'écria-t-il avec l'enthousiasme du génie, et l'emphase du triomphe.

Je le priai de m'apprendre à quel lunetier il devait sa découverte, l'art ayant été pour moi ce qu'est une aiguille dans une meule de foin...

« J'avais résolu, dit-il, de chercher l'art comme au moyen âge les rose-croix cherchèrent la pierre philosophale; - l'art, cette pierre philosophale du XIXe siècle !

« Une question exerça d'abord ma scolastique. Je me demandai : Qu'est-ce que l'art ? - L'art est la science du poète. - Définition aussi limpide qu'un diamant de la plus belle eau.

« Mais quels sont les éléments de l'art ? - Seconde question à laquelle j'hésitai pendant plusieurs mois de répondre. - Un soir qu'à la fumée d'une lampe, je fossoyais le poudreux charnier d'un bouquiniste, j'y déterrai un petit livre en langue baroque et inintelligible, dont le titre s'armoriait d'un amphistère déroulant sur une banderole ces deux mots : Gott - Liebe. Quelques sous payèrent ce trésor.

J'escaladai ma mansarde, et là, comme l'épelais curieusement le livre énigmatique, devant la fenêtre baignée d'un clair de lune, soudain il me sembla que le doigt de Dieu effleurait le clavier de l'orgue universel. Ainsi les phalènes bourdonnantes se dégagent du sein des fleurs qui pâment leurs lèvres aux baisers de la nuit. J'enjambai la fenêtre, et je regardai en bas. O surprise ! Rêvais-je ! Une terrasse que je n'avais pas soupçonnée aux suaves émanations de ses orangers, une jeune fille, vêtue de blanc, qui jouait de la harpe, un vieillard, vêtu de noir, qui priait à genoux ! - Le livre me tomba de la main.

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Encore un printemps, - encore une goutte de rosée, qui se bercera un moment dans mon calice amer, et qui s en échappera comme une larme !

Ô ma jeunesse, tes joies ont été glacées par les baisers du temps, mais tes douleurs ont survécu au temps qu'elles ont étouffé sur leur sein.

Et vous qui avez parfilé la soie de ma vie, ô femmes ! s'il y a eu dans mon roman d'amour quelqu'un de trompeur, ce n'est pas moi, quelqu'un de trompé, ce n'est pas vous !

Ô printemps ! petit oiseau de passage, notre hôte d'une saison qui chante mélancoliquement dans le cœur du poète et dans la ramée du chêne !

Encore un printemps, - encore un rayon du soleil de mai au front du jeune poète, parmi le monde, au front du vieux chêne, parmi les bois !

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Publié le 8 Avril 2015

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Lily, fûtes-vous une barmaid romantique
Dans un vieux bar de l'Est, bleu de fumée,
Où l'ivrognerie était douce et romantique,
Où des loups de mer et des gamins pâles vous aimaient ?

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Sur l'arc vert de la plage apaisée
Où le matin mélodieux descend,
Ta maison pâle entre les palmes balancées
Est un sourire las sous un voile flottant.

Ces longs stores sont des paupières affligées ;
Des fleurs se meurent dans la nuit des banyans,
Des fleurs du violet velouté si souffrant
De tes doux yeux couleur de pensée.

Ces lourds parfums égarants, confondus,
Des bosquets fragrants comme des temples d'Asie...
... Brouillards embaumés sur l'horizon défendu ?

Est-il vrai qu'il soit cruellement revenu,
Cédant à quelque nostalgique fantaisie,
Trop tard, le trop aimé que tu n'attendais plus ?

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Publié le 7 Juin 2014

 

Une fantaisie dans la vallée de la pierre blanche.

L’être d’une allégorie, celle de la licorne ;
Fabuleux cheval à la corne d'ivoire, qui tranche
D'un seul coup de tête les esprits qui fanfaronnent.

Les rus d'eau ne sont à l’origine d’aucunes sources.
C’est le ciel dispensateur d’un crachin diffus,
Qui jusqu’à l’éphémère ornière en fin de course,
Auréole d’ondée les jachères d’herbes touffues.

Le chemin s'endigue au devant d’un panneau où,
Sans laisser d’empreintes chimériques aux abois,
Tout s’oppose à l'idée sans la raison d’un coup
À s’aventurer pour fuir par-delà l’endroit…

Armand Rothan Manny

 

S’élever à l’aube envolée,
Quand la pierre primitive
Par l’alchimie des pensées,
Devient une beauté captive.
 
Aux fines entailles brûlantes,
De tourmentes sensibles,
À la légèreté apaisante,
Du touchant d'indicible.
 
L’invisible voilé se répand,
Là où les yeux se blottissent
Dans ces matins de penchants,
Que les songes éternisent.
 
Armand Rothan Manny

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Publié le 7 Février 2014

 

Le vent fredonne, le sable d'or virevolte,
À s’étourdir d’une farandole à toute volée.
Tant le firmament se moutonne, désinvolte,
D’un banc de nuages qui refuse à le voiler.

Un contour mauresque s’image au devant
D'un horizon de dune ambré, où le regard noir
D'une féline apparition d'un nouveau temps,
Diffuse une pensive vision à l'ombre du soir.

Se laisser savourer de boissons vivantes,
À peine le temps de ce léger coup de brise,
Où les yeux s'éblouissent et que la voix chante
Ces airs tiédis par une lumière imprécise.

L'allure attise les élans câlins et sereins,
Comme une délicate fragrance d'un mélange,
Où le désir se sauve et n'a besoin de rien,
Sinon d’une tendre appétence qui démange.

Armand Rothan Manny

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Publié le 7 Mai 2013

Prisme, pyramide effeuillée vers le haut,
Tourbillon menteur, tel il est trop fort
De crier à latitude ses cordes d’un saut,
D’octaves aux accents à jouer le mentor.

Sublime se fond l’amalgame doré,
Dans l’argent gris des cieux du vent,
Couché sur terre vers un lointain torsadé
En tenaille entre azur, bleu et blanc.
 
Solidairement par la main qui se tend,
Prenant l’autre comme un fort maillon.
Le paysage s’invente à chaque mouvement
De couleurs, à la magie du temps de saison.
 
Suffisamment la rosée en gouttelettes sera
Nucléée d’une pluie éthérée de brumes,
Sustentation d’un entrelacement que filera
La Femme-Araignée d’un baiser d’amertume…
 
Armand Rothan Manny

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Publié le 7 Avril 2013

Forcer la vision des yeux tentacules,
Au regard fébrile happé d'universalité,
Laissant l'émotion dévorer jusqu'à satiété,
La nourriture d'un océan noctambule.
 
Un peu de ce miel qu'une envie banale,
D'un nectar subtil, suc des sens si troublant,
Des mots qui s'écoulent, à l'horizon couchant,
Aux sensations lascives d'un érotisme astral.

La falaise se jette dans le vide de l'écume rieuse.
Voltigeur à voler ; l'oiseau, étoile du vent,
Ondule en glissade dans l'outre ciel, touchant
D'un coup d'aile la crête des vagues coléreuses.
 
Armand Rothan Manny

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Publié le 7 Décembre 2012

La terre façonnée, mêlée de traces et de pas,
Des allées sans retours, des allées sans venues.
À l'horizon, la crête des sommets qui s'en va,
Inondée d'un sable ardent à perte de vue.

La titillation incessante de l'être exalté,
D'un souffle infini qui s'associe vite,
Sans déserter la liberté au moment décompté,
De s’accrocher à l’espace-temps, à sa poursuite.

N'être qu'un voyageur de désirs, un indigent
Ne voilant l'illumination qu'avec ses mains,
Ne croyant qu’au rêve éveillé, celui d’un vent
Soulevant l’émotion naissante du lendemain…

Armand Rothan Manny

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Publié le 7 Novembre 2012

Lueur charbon, les pupilles de nobles tziganes,
Aux fourberies de bateleurs et voleurs de poules,
Se réchauffent de souvenirs comme d'une manne
Solaire laissant dorer l'embonpoint des citrouilles.

Au fil de la rivière, la pluie mêle ses couleurs,
Aux alevins d'argent qui frétillent à venir jouer
Avec les faisceaux lumineux qui les effleurent
D'une étreinte aux scintillements édulcorés.

Où vas-tu, Zingaro ? Je reviens en Bohème…
Là où les terres de Moravie aspirent le ciel,
Là où les méandres se nourrissent encore des mêmes
Astres que les nuages qui se sustentent de miel...

Armand Rothan Manny

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Publié le 7 Septembre 2012

La nuit est claire avec ses étoiles,
Les arbres forment une tonnelle.
Les chuchotements se distillent
À l’écoute féline d'une sentinelle.
 
Avec ses oreilles démesurées,
Dignes de celles d’un lièvre,
Sa mine réjouie et son pelage tigré,
Voici un héros, le " Chat Lumière ",
De l’épisode de la barque solaire,
Du drame qui se joue toujours
Chaque nuit, après que Ré, en fuite,
A traversé les heures du jour,
Les douze régions d’Egypte.
 
À la sixième heure,
Le Soleil franchit les échappées
Du monde inférieur, accompagné
Par le cortège des morts innocentés,
Dans l’Amenta, " Le royaume des disparitions ",
Ré, devenu un cadavre mouvant
À tous les dangers, proie facile des démons,
Parcourt les heures de l’occultation,
Fertiles de symboliques événements.
 
À la huitième heure,
L’émanation de Seth, Apophis,
Serpent visqueux et malfaisant,
Tente d’arrêter la barque solaire
Aspirant l’eau sous elle, en la buvant !
Alors surgit le " Chat Lumière ", 
Véritable double de la divinité assoupie,
Qui tranche la tête d’Apophis,
Et la barque solaire poursuit son itinéraire.
 
À la douzième heure,
Sous la forme de Khépri, le scarabée,
Pourra renaître, le Soleil.
Cette lutte de la lumière et des obscurités
Se reproduira ainsi chaque nuit,
Dans un éternel conflit,
Où le temps sans seconde
Laissera exister un nouveau monde,
Dont découle l’équilibre Universel...
 
Armand Rothan Manny

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Publié le 7 Août 2012

Des choses se passent à l'instant !
Comme des êtres surgissant à la fois
Des fleuves, des forêts et des océans.

Le miroir d'une flaque, perlée de soie,
S'accroche aux branches se sustentant
À l'arbre aux mille moulins à prières.

Peignant les étendus d'un vert sylvestre,
Teinte d'espoir, pour ceux qui croient d'autant,
Que la pluie s'abreuve de nourritures terrestres.

Le frisson du vent se mêle au soleil,
Qu'impressionnent les yeux à fixer le ciel,
À écouter ce calme des solitudes dénudées,
Où les bois pleurent de leurs écorces mouillées ...

Armand Rothan Manny

 

MORDORÉES

 

Sur le sol que l’on touche à peine,
Les feuilles s’envolent au vent épars,
Balayées d’une aérienne haleine
Au bruissement d’un air du départ.
 
Les feuillages se parent de couleurs
Mordorées éclatantes, vermeil
Coloris revêtant d’ardeur
Le pastel de l’éveil sensoriel.

Les pensées exhalent le désir,
Que l’incandescence se brûle ailleurs,
Sans qu’un instant ne puisse saisir
L'essence de cette saison sans fleurs.

Armand Rothan Manny

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Rédigé par Armanny

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