• Dans le langage ordinaire, les sons des mots sont secondaires. C'est leur sens qui compte. Les poètes, eux, travaillent les sonorités pour qu'elles contribuent à la création du sens et à la musique des vers. Le langage poétique a souvent recours à des comparaisons et des métaphores. Ces images rapprochent deux réalités plus ou moins éloignées; elles s'adressent à l'imagination du lecteur. Bref, la poésie veut être une puissance d'enchantement qui charme profondément l'auditeur ou le lecteur. C'est pourquoi la poésie est conçue, dès son apparition, pour être chantée ou récitée, comme le font au Moyen Âge ménestrels et troubadours. Elle entraîne l'élaboration d'un nouveau langage qui repose sur le rythme et les sonorités, l'unité du vers et celle de la strophe... Toutefois, vers le milieu du XIXe siècle, les poètes se sont affranchi des règles de versification et ont créé leurs propres normes poétiques. La versification libre tel qu’on l’entend au sens moderne du terme prend racine avec le mouvement précurseur des " Symbolistes ".

    Mais qu'est-ce donc que la poésie ?

    La poésie n'est ni dans la vie, ni dans les choses. C'est ce que vous en faites et ce que vous y ajoutez. La poésie est dans ce qui n'est pas. Dans ce qui nous manque. Dans ce que nous voudrions qui fût. Elle est en nous à cause de ce que nous ne sommes pas. C'est le lien entre nous et le réel absent. C'est l'absence qui fait naître les poèmes.

    Pour Pierre Reverdy : " Le poète est un four à brûler le réel ". C'est pourquoi les mots ont tant d'importance pour lui - et tant de valeur - les rapports des mots entre eux, le rythme et les assonances de la phrase. Il ne dispose de rien d'autre que ça... Pour Gaston Bachelard : " Le poète est celui qui a le pouvoir de déclencher le réveil de l’émotion poétique dans l’âme du lecteur "... Paul Eluard, affirmait lui : " Que le poète est plus celui qui inspire que celui qui est inspiré ".

    Donc la vraie poésie est la seule qui parvient à éveiller de l’intérêt chez le lecteur. La vraie poésie s’adresse directement, sans passer par l’intellect, au poète qui réside en chacun de nous. Car nous sommes tous poètes. Nous sommes tous capables de nous émerveiller, de ressentir une émotion poétique devant un paysage, devant la beauté. Mais comme les images assez fortes pour réveiller notre instinct poétique ne se présentent pas constamment devant nous, le poète s’en charge.

    Le poète a donc pour mission de multiplier en nous les moments d’émotions intenses que nous vivons quand nous prenons conscience de la beauté autour de nous. Il le fait par l’éclat de son langage et par l’abondance des images qu’il nous offre. Le poète s’efforce de réveiller le poète endormi en nous. Il nous empêche de perdre conscience de la beauté du monde. Ce qui est fort important. Car la beauté est l’art pur. Elle est ce qui nous console de vivre. Un petit proverbe persan exprime parfaitement cette importance de la beauté dans notre vie : " Si tu me donnes deux pains, j’en vendrai un pour acheter des jacinthes pour nourrir mon âme ". La poésie est aussi un jeu du langage. Pour exprimer la beauté le poète utilise les mots, les sonorités, le rythme. Le poète joue avec les sons et par là, inconsciemment, reproduit un plaisir oublié de son corps : le jeu des sons.

    La poésie sourd du plus profond de l’enfance du poète. Du temps où, enfant, les sons et les rythmes étaient ses seuls jouets. En effet, le bébé dans son berceau découvre à un moment, que certains organes de son corps produisent un bruit. Il éprouve alors un plaisir très vif à reproduire ces sons qu’il rythme de plus en plus rapidement avec les mouvements de ses pieds et de ses mains. Il s’enivre, on dirait, des sonorités que sa bouche produit dans son apprentissage du langage. Ce plaisir se poursuit tout au long de l’enfance, quand l’enfant joue avec les mots, fabrique des comptines, les déplace comme des jouets pour construire des phrases qui le font rire et lui procurent des émotions. Comme l’enfant, le poète s’enivre lui aussi des sonorités des phrases et revit inconsciemment ce très ancien plaisir du corps et des jeux. La poésie est donc très sensuelle.

    Le poète, bien loin d’habiter les nuages, est l’être qui vit le plus près de son corps. Le plus près de ses sens. Pour écrire le poète utilise davantage ses sens que son intellect. Il est, comme le dit Paul Éluard : " Un professeur des sens ". Il nous apprend à ressentir. Il est facile de découvrir, en lisant les poètes, que constamment ils regardent, écoutent, sentent, touchent et goûtent. On dit même, que cette sensualité de la poésie explique le manque d’intérêt des occidentaux à son égard.

    Notre éducation nous portant à repousser les plaisirs du corps, le plaisir du jeu, le plaisir de vivre. Tandis que les peuples primitifs et les Orientaux sont naturellement ouverts, eux, à la poésie. Aussi, la poésie est-elle toujours la première littérature d’un peuple. Il y a toujours chez un peuple de grands poètes avant d’y avoir de grands romanciers.

    La poésie et le rêve utilisent pour construire leurs images l’énergie libre de l’inconscient. Il devient plus facile de comprendre la poésie moderne si on l’aborde comme on aborde ses rêves. Si absurdes que nos rêves puissent nous apparaître parfois, jamais nous leur refusons une secrète signification.

    La poésie et les rêves sont produits par un processus de l’inconscient qui fond ensemble plusieurs pensées dans la même image. Une image qui a plusieurs sens contient plus d’émotion.

    La poésie, comme le rêve, donne elle aussi la parole aux voix oubliées en nous. Celles qu’essaie de faire taire notre éducation. Elle construit ses images à partir de la mémoire du poète. leurs racines sont profondément enfouies dans son corps et dans sa vie, comme le rêve dans le corps du dormeur. Sauf que, alors que le dormeur est coupé de la réalité, le poète demeure lui, en contact étroit avec le réel. Il est plutôt dans un état de rêverie, comme dit Gaston Bachelard. Et c’est cette différence de contact avec la réalité qui donne de la poésie, et non un rêve.

    Le poète est un rêveur éveillé qui parvient à nous donner une vision exacte du monde et des images qui s’y trouvent. Car notre éducation et notre usure de vivre finissent par nous voiler la réalité. À force de les regarder nous ne voyons plus les choses telles qu’elles sont, nous les voyons telles que nous pensons qu’elles sont.

    Le poète nous rend notre regard d’enfant. Notre regard premier. L’homme a inventé le langage pour décrire avec des mots les images de ce qu’il voyait. Le poète fait l’opération inverse : il utilise les mots pour repeindre les images exactes.

    La poésie, comme le dit Octavio Paz, c’est : " Les paroles éparses du réel. La vraie poésie doit donc être capable de frayer son chemin toute seule jusqu’à notre cœur pour y empêcher nos émotions de se dessécher, en ravivant en nous les images de la beauté du monde. La poésie est un échange entre tous, à un niveau de conscience où les phrases deviennent porteuses d’une signification, à la fois plus lourde et plus légère que les mots eux-mêmes, et que l’esprit saisit d’emblée sans traduire. "...

    2014, Le " Cercle des Nymphes Poétiques "…

    Armanny


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    Pourquoi depuis un temps, inquiète et rêveuse,
    Suis-je triste au sein des plaisirs ?
    Quand tout sourit à mes désirs,
    Pourquoi ne suis-je pas heureuse ?

    Pourquoi ne vois-je plus venir à mon réveil
    La foule des riants mensonges ?
    Pourquoi dans les bras du sommeil
    Ne trouvé-je plus de doux songes ?

    Pourquoi, beaux-arts, pourquoi vos charmes souverains
    N'enflamment-ils plus mon délire ?
    Pourquoi mon infidèle lyre
    S'échappe-t-elle de mes mains ?

    Quel est ce poison lent qui pénètre mes veines
    Et m'abreuve de ses langueurs ?
    Quand mon âme n'a point de peine,
    Pourquoi mes yeux ont-ils des pleurs ?

    --------------

    Passer ses jours à désirer,
    Sans trop savoir ce qu'on désire ;
    Au même instant rire et pleurer,
    Sans raison de pleurer et sans raison de rire ;

    Redouter le matin et le soir souhaiter
    D'avoir toujours droit de se plaindre,
    Craindre quand on doit se flatter,
    Et se flatter quand on doit craindre ;

    Adorer, haïr son tourment ;
    À la fois s'effrayer, se jouer des entraves ;
    Glisser légèrement sur les affaires graves,
    Pour traiter un rien gravement,

    Se montrer tour à tour dissimulé, sincère,
    Timide, audacieux, crédule, méfiant ;
    Trembler en tout sacrifiant,
    De n'en point encore assez faire ;

    Soupçonner les amis qu'on devrait estimer ;
    Être le jour, la nuit, en guerre avec soi-même ;
    Voilà ce qu'on se plaint de sentir quand on aime,
    Et de ne plus sentir quand on cesse d'aimer.

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    L'instant qu'elle attendait tant,
    Dont elle rêvait si souvent,
    Vient enfin d'arriver :
    C'est la sienne, cette soirée !

    Tant de regards
    Tous ces yeux, dans le noir
    Ils sont rivés sur elle
    Elle doit être la plus belle

    Elle ignore tout de leur vie
    Mais elle est à eux, ici
    Elle leur appartient, corps et âmes
    Aux seigneurs et aux dames

    Son corps se mout doucement
    Tournoyant, ondulant
    Pour ces milliers de gens
    Qui redeviennent des enfants

    Elle ne pense qu'à sourire
    Pour leur faire plaisir
    Fière de se retrouver
    Devant cette assemblée

    La dernière note s'envole
    Elle croit devenir folle
    Et se rend compte qu'elle pleure
    De joie et de douleur

    Le public l'applaudit
    Oh ! Elle a réussi
    Mieux qu'elle ne l'espérait
    Dans ses espoirs secrets

    Mais elle est perdue
    Terminé à jamais
    Cet instant si parfait
    Elle ne recommencera plus

    Il y en aura bien d'autres
    Cette même année, entre autres
    Mais rien comme celui-là
    Ça n'arrive qu'une fois
    Une aventure comme ça
    Devant tout ce monde-là

    Sur une dernière courbette
    Elle clôt ce jour de fête
    Et s'enfuit de la scène
    Heureuse, mais plus la même.

    ( L'Etoile )

    --------------

    Le vent et la tourmente
    Te rendent malveillante
    Tu brises de tes lames
    Le bonheur de ces dames
    Dont les joyeux maris
    En marins sont partis

    Le doux voile écarté
    L'astre d'or apparaît
    Tu brilles de mille feux
    Offrant aux amoureux
    Une vision romantique
    De tes charmes antiques

    Petite mère
    Qui épouse la terre
    Tu trompes tes amis
    Tu les tues sans souci
    Puis oublies rapidement
    Toutes ces vies que tu prends

    Implacable maîtresse,
    Nul ne t'apprivoisera
    Intraitable diablesse,
    Nul ne te calmera
    Tu te joues de nos cris,
    Mais on t'aime pour la vie !

    ( Mer )

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    Femme fleur
    Merci mon bel ami
    Femme pleurs
    Au corps trop endormi

    Femme peur
    C'est le jeu dérisoire
    Femme cœur
    La fin de notre histoire

    La douleur
    Devient une habitude
    Aux couleurs
    Tristes d'incertitude

    Le bonheur
    N'est plus qu'un souvenir
    La rancœur
    Embrume l'avenir

    Désespoir
    Tu sèmes la tristesse
    Quand au soir
    M'étouffe la détresse

    Et le doute
    Chante à désemparer
    Que nos routes
    Doivent se séparer

    --------------

    accepter notre différence
    et s'aimer moins pour s'aimer mieux
    à travers la reconnaissance
    ressusciter de nos errances
    en brûlant toute souvenance
    s'appartenir pour suivre au mieux
    le chemin de moindre souffrance

    s'aimer comme une renaissance
    s'aimer trop ou s'aimer sans plus
    d'un si tendre amour en partance
    pour le rêve et la nonchalance
    dans l'échange et la tolérance
    oublier tout ce qui déplut
    du chemin de morte-souffrance

    si loin du doute et de l'absence
    du mal des attentes sans fin
    reconstruire une autre romance
    simple balade ou transcendance
    lorsque le destin recommence
    tout partager pour vivre enfin
    le chemin de nulle souffrance

    à qui donner la préférence
    pour sauver ce qui sera nous
    souvenirs craintes ou confiance
    tout ce qui peut dans la balance
    guider à la pleine conscience
    ou bien ramener à genoux
    au chemin de mille souffrances

    je t'aime en calme en innocence
    je t'aime en océans de mots
    toi tu m'aimes dans la constance
    et reniant les apparences
    c'est ta force toute en silence
    qui veille pour briser les maux
    des chemins creux de ma souffrance

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    En te cherchant
    au seuil de la montagne je pleure
    Au seuil de la mer et de l'herbe.

    En te cherchant
    au passage des vents je pleure
    Au carrefour des saisons,
    Dans le châssis cassé d'une fenêtre qui prend
    Le ciel enduit de nuages
    Dans un vieux cadre.

    En attendant ton image
    Ce cahier vide
    Jusqu'à quand
    Jusqu'à quand
    Se laissera t'il tourner les pages ?

    Accueillir le flux du vent et de l'amour
    Dont la sœur est la mort
    Et l'éternité
    Son mystère qu'elle t'a soufflé
    Tu devins alors le corps d'un trésor
    Essentiel et désirable
    Comme un trésor
    Par qui la possession de la terre et des pays
    Est devenue ce que le cœur accueille.

    Ton nom est un moment d'aurore qui sur le front du ciel passe
    - Que ton nom soit béni ! -

    Et nous encore
    Nous revoyons
    La nuit et le jour
    et l'encore.

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