• Louis Dantin

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    Par les soirs somnolents d'été, lorsque l'azur
    A bruni ses derniers reflets d'or ou d'opale,
    Chaque étoile, à son rang, dans le ciel vaste et pur
    Arrive, et lentement suspend son flambeau pâle.

    Bientôt leurs légions se pressent; d'un vol sûr
    Toutes vont déployant leur splendeur virginale
    Et, sous leurs diamants de feu, l'éther obscur
    Brille comme un manteau de reine orientale.

    Étoiles, qui donnez à l'espace des fleurs,
    Des sourires aux nuits, des hymnes au silence,
    Et des rayons à l'ombre et du calme à nos pleurs;

    Quand vous montez, la paix pour mon âme commence,
    Car je crois, devinant vos mystiques lueurs,
    Dans vos yeux d'infini lire l'Amour immense.

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    En docile et gentille amante
    Attentive à ce que je veux,
    Tu m'as remis hier, charmante,
    Une mèche de tes cheveux.

    Dans le sachet de tulle rose
    Enfermant le trésor léger
    Ce billet de ta fine prose,
    Inattendu, m'a fait songer :

    « Pour tisser de ces liens frêles
    Que mon âme habita longtemps,
    Une chaîne au cœur où tu mêles
    Un fouillis d'amours inconstants. »

    Je me dis « La leçon est forte,
    Et j'en aurais quelque rancœur
    Sans le beau don qui réconforte
    Et ma conscience et mon cœur. »

    Là-dessus, ainsi qu'une chèvre
    S'ébrouant dans la fenaison,
    Goulûment j'ai plongé ma lèvre
    Dans la molle et douce toison.

    Mais soudain, nouvelle surprise,
    Des mailles du blond écheveau
    Un parfum qui trouble et qui grise
    M'est monté tout droit au cerveau.

    Ces brins fous de ta chevelure,
    Comme de flamme pénétrée,
    Ont fait courir une brûlure
    Intense en mes sens égarés.

    Et mon âme, presque inquiète,
    En chacun de ces fils ténus
    A senti la touche secrète
    De sortilèges inconnus.

    Pourtant, aux jours de mes détresses,
    Maintes fois, fuyant le soleil,
    J'avais dans la nuit de tes tresses
    Trouvé le calme et le sommeil.

    J'avais humé leur senteur douce,
    Et jamais leur flot familier
    Ne m'avait, en une secousse,
    Jeté cet embrun singulier;

    Cet arôme riche et bizarre,
    Câlin, pénétrant et subtil,
    Comme un orchis splendide et rare
    Parfois en porte à son pistil,

    Ou comme, en des fourneaux étranges
    Armés de tubes aux longs cols,
    En pourraient avoir des mélanges
    D'invraisemblables alcools.

    Dis-moi, dans quel philtre sauvage
    A plongé ce duvet soyeux ?
    Quelle ensorceleuse ou quel mage
    L'a muni d'arts prestigieux.

    Parle, est-ce bien de ta couronne
    Que ces joyaux me sont venus ?
    N'aurais-tu pas pillé, friponne,
    Le diadème de Vénus ?

    Ah ! Ne crains plus que je te brave !
    Avec cette chaîne à mon cou
    Toujours je serai ton esclave,
    Tu me traîneras n'importe où...

    Je suivrai jusqu'au bout des mondes,
    Plein d'une ivresse sans remords,
    Le parfum de tes tresses blondes
    Et l'éclat fauve de leurs ors.

    Mais, chère, si rien ne peut rendre
    La paix à mes centres nerveux,
    Au moins daigneras-tu m'apprendre
    Le mystère de ces cheveux ?...

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