• Jean-Marie Rohé

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    Les Vers Grisants
    http://lesversgrisantsenpoesie.blogspot.com

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    Octobre

    Ô ce voile qui happe les toits,
    Lumière faite d’ors et de gris !
    Visage d’octobre aux douceurs attisées par la vigne,
    Braise feuillue sur un mur de vieille aube.

    Toute sève coule, lente,
    Sur le sol chiffonné par la feuille.
    Une aile d’oiseau l’interroge furtive
    Et la branche qui attend le glissement des maisons
    Dessine sans hâte les prémices du vent.

    Je suis là, à ma fenêtre pour secouer les façades,
    Leurs brouillards et leurs regards éteints
    Et j’attends une autre lueur,
    Celle que garde le soleil en sa boîte à nuages.
    Ouvrons la, ensemble, pour que soient nos gaietés,
    Innombrables, comme la  palette du peintre.

    --------------

    L’année nouvelle ?

    Quelle sera son âme, son teint et son humeur,
    Noire, grise ou de belles floraisons
    Saura-t-elle sourire et offrir un bonheur
    A celui qui ploie, à celui sans moisson ?

    Soyons à l’affût de toute belle chose
    Qui fuit nos chemins, le visage voilé
    Et aimons jusqu’à l’épine toutes ces nuits roses,
    Ces jours flamboyants et ces soirs en apnée

    Vous qui voyez là, moindre larme des cieux
    L’infime lueur du contour des sépales,
    La brisure des traces et les regards amoureux
    Offrez-nous l’envol d’une ode vespérale

    Nous vous donnerons du mot de poésie
    La suave senteur et la verte césure
    La voix cadencée, la vague et le gui
    La main avancée vers l’année qui murmure.

    --------------

    J'ai vu dans le ciel des nuages moutons
    Brouter la tête de trois oliviers

    J'ai vu trois oliviers baigner leurs pieds
    Dans les fleurs de pavot

    J'ai vu trois mille fleurs de pavot
    Danser au bal des cigales

    J'ai vu des nuages moutons,
    trois oliviers, trois mille fleurs de pavot,
    Faire la cour au roi soleil
    Allongé dans un lit de lavande

    Chut !

    Ne faut pas qu'il entende
    De sa sieste éveillée,
    Il pourrait bien tout brûler

    --------------

    Premier Avril

    A la fête du poisson
    Un poisson volant
    Vole un pêcheur
    Lui vole son cœur
    Et l'accroche en riant
    A la lune de miel
    De deux passants.

    --------------

    Bon anniversaire

    Le ciel a écrit à la mer
    Pour son soixante dix millième anniversaire,
    Et lui a offert dans un ruban d'écume,
    Une plume de mouette.
    L'océan en tempête
    A retiré l'écume,
    A pris silencieusement la plume,
    L'a couchée sur son lit de sable
    Puis, inlassable
    Lui a conté son histoire verte et bleue
    Et s'est endormi, heureux.

    --------------

    Feuilles d’aube

    Feuilles émergeantes, vos cernes de brume,
    paroles pourpres des nuits acculées,
    préviennent la horde du passage de l’aube

    --------------

    Trois écus

    L’horizon,
    Blessant le ciel de sa plume ensanglantée,
    Ouvrit le coffre capitonné de la mer,
    Y puisa trois écus de lumière
    Qui, tombés dans la fente de l’océan
    En firent jaillir la tunique d’or
    Du crépuscule.

    --------------

    Coté jardin

    Le cognassier a frôlé les baguettes-tambour
    D’un orage au matin d’une aubade-soleil.
    Pour ce geste familier, l’orage a frappé
    La peau douce du ventre de mai
    Et le cognassier a pleuré ses pétales
    Sur la terre noire, qui vêtue d’amour,
    S’est alors mariée
    Avec l’ombre bossue de son couturier.

    --------------

    Sources

    Des souches fleuries d’ombelles et de fougères
    enjambent la source de ma mémoire.
    L’ombre porte mes pas à l’encolure des flots,
    où les vaisseaux de mon enfance décousent
    les replis ondoyants du feuillage
    comme des rubans nacrés
    dans les cheveux du temps.

    --------------

    Je t'aime

    Je t'aime comme l'étincelle du silence
    Comme l'averse volée
    Comme le souffle bleu
    D'une nuit voluptueuse
    Que la braise de tes yeux
    Ourle de chenaux forgés
    Dans les brumes rieuses
    D'un très long baiser.

    --------------

    Si tu n'étais

    Si tu n'étais,
    Il y aurait des arbres sans visage
    Des sourires sans rosée
    Des rosées sans aurore
    Et je serais la pluie
    Qui te ferait naître
    Et tu te donnerais
    A mes arbres, mes visages
    Mes aurores, mes rosées,
    Comme on donne un sourire
    A une maison fermée.

    Absence de l’aimé(e), pré vide où les fleurs du silence
    préparent secrètement l’éclosion du baiser.

    --------------

    C'est debout que je te dirai que je t' aime
    car mon corps saura croître avec ta réponse.
    Il rendra à ta vérité tous les honneurs,
    à la terre, le tremblements de mon attente,
    au ciel, l'envol de nos entendements.

    Il en sera comme d'un vertige aux ailes de papier
    que chaque mot froisse ou défroisse
    Il en sera de toi et de moi comme d'un geste
    où rien n'est dit pour la faille de l'autre,
    Il en sera de nous comme d'une semence,
    mémoire habitée par ta présence et ta beauté

    --------------

    Savoir l'avenir ?

    Est-ce l'ombre d'une inquiétude qui traverse notre amour ?
    Est-ce la voie incertaine qui égare nos images ?
    Est-ce la nasse où se débattent les oscillations de nos souvenirs ?
    Quelles étrangetés préparent leur lit dans la lumière de l'âge,
    y couchant  de nouveaux rêves,
    y dévoilant la nudité du quotidien ?
    Comment ce futur assume-t-il ses enfants sans leur dire
    que tout a été écrit dans le secret de savoirs ignorants ?
    En quelle lectures faut-il perdre nos sens et en quelles nouvelles
    quêtes trouverons-nous les questions de la pertinence ?
    Nous voilà bien aveuglés par trop de connivence
    avec les maîtres de la certitude !
     
    Il va falloir désapprendre les voies de la convoitise pour élever
    nos désirs au-dessus de la triste répétition du refus.
    Accepter enfin que rien n'est tissé à l'avance comme un drame,
    mais que tout peut se défaire avant que le temps
    ne choisisse ses supplices.
    Evadons nous à présent de nous même
    et apprenons à étreindre l'espoir
    qui pourrait perdre connaissance
    si nous lui refusons le bon geste.
    Il est de l'urgence comme de l'amour,
    elle s'éteint quand l'oreille est distraite et elle ressurgit ailleurs,
    là où la souffrance garde sa dignité et son désir de comprendre.
    Agissons dans la justesse du milieu,
    là où règnent toutes les raisons de vivre et opposons
    celles-ci au devoir quotidien qu'imposent
    les lois humaines de la destruction.

    --------------

    Carnet de plage

    Ce tambour géant dont la peau couleur sable
    résonne sous la griffe des vagues
    est le lieu du rite où l’on sacrifie son corps.

    Trop de soleil soudain, plaque les corps
    dans l’immobilité des sables,
    ce sont des mémoires nues
    qui se dispersent et fondent
    laissant à la marée
    des trésors de fatigue.

    Chaque corps caresse le soleil
    de courbes fines comme soie d’un pétale
    et l’astre, ivre de plaisir,
    délivre sa morsure aux blancheurs qui éclosent.

    Toi, tes cheveux d’organdi sur un livre ouvert,
    c’est le fil du soleil dévidant son rouet
    sur une pensée, légèrement sablée.

    C’est l’accent onctueux
    du discours d’une vague
    qui s’essouffle sur la plage...
    Que retiendrait-on
    s’il ne restait l’écume
    l’exclamation d’un roc
    et le babillement des perles ?

    Ils sont debout, les baigneurs,
    comme des quilles au bord d’un miroir
    que renversent des boules d’écume.

    La frange des parasols discute si frénétiquement avec le vent
    que la parole ne fait plus le poids et s’envole

    Soudain, une vague
    saute à votre cou, vous embrasse,
    puis se retire, vous laissant en cadeau
    son collier de fraîcheur !

    Le soleil a rusé avec l’épaisseur d’une feuille de nuage.
    C’est la marée qui a tourné cette page,
    puis, de son encre d’argent
    y a écrit la danse des vagues.

    Griffés par mille diamants
    au luisant retrait des eaux,
    les sables se soumettent
    à la dictée des mains
    Qui sculptent l’éphémère
    et affouillent leurs rêves

    Pourquoi chercher l’amour
    à marée basse, penché sur le sable
    alors que tous les cerfs-volants
    en esquissent le sourire
    dans les bras du vent !

    Il n’y a rien de plus silencieux
    qu’un voilier dans la fissure des vagues,
    alors que tout gémit aux jointures de son bord...
    A moins que les marins ne taisent
    jusqu’au fracas d’eux même
    au retour dans le port.

    --------------

    Les vents

    Les vents effilochent la mantille des marées,
    déchirent leur tourment aux rochers des nuages
    et posent frissonnant dans le berceau des arbres,
    l’hologramme diaphane d’une cape arrachée
    par un oiseau captif à l’étau de la terre.

    --------------

    Du fil à retordre

    Qu’est-ce qu’un chirurgien ?
    Un chirurgien est un pêcheur qui coupe le fil
    avant qu’entre deux eaux
    ne frétille le patient

    Une assistante ?
    Une assistante est un horizon
    dont on perçoit la ligne intérieure
    dès le premier coup de fil

    Un pêcheur ?
    Un pêcheur est un homme muet
    qui parle aux poissons
    à l’aide d’un téléphone à touche

    Une ravaudeuse ?
    Une ravaudeuse est une dame qui file et surfile
    pour donner à l’usure du fil à retordre

    Un couturier à Belfort ?
    C’est un patron cousu de fil blanc
    Dont le modèle se taille la part du lion

    --------------

    Au paradis des arbres

    Un cerisier sèche ses boucles
    au pinceau d’un vieux peintre
    peignant lyres et vols d’oiseaux
    au front nu des vergers.

    Un chêne, mémoire des amours
    et des douleurs du monde
    abrite en ses blessures
    le doux frisson des siècles.

    Un tremble aux chuchotis d’argent
    ne cesse d’épingler
    le secret des ruisseaux
    au ruban des grands fleuves.

    Un frêne à feuilles d’or
    fait briller l’écureuil
    au bout de l’arabesque
    d’un saut filigrané.

    Un olivier ayant versé son sang
    sur l’écorce noueuse
    de deux mains en prière
    craint l’épine de l’aube.

    Un magnolia, cierges éclos
    et robe de colombes
    élève son chant marial
    jusqu’au jardin des anges.

    Un érable cisèle
    la feuille du contre jour
    pour colorer l’automne
    de chutes innombrables

    l’arbre voyageur
    voilant les yeux du ciel
    d’un éventail andalou
    cabre des chevaux noirs
    sur un fil de Tolède

    Ecorces pétries
    par la rousseur des vents,
    les pins recueillent les amours égarés
    entre la vague et sa dune d’argent.

    l’if, aède infatigable
    au palais des nuages
    accorde la rumeur
    des roses et du vent.

    --------------

    Tissu de charmes

    Ce tissu qui ondule
    cerne la fente
    de ma couturière

    La chute de ses reins
    écume exquise
    d'une lèvre petite

    Une jambe en frisson
    couche sa fièvre
    sur un bouton éclos

    Ma langue dit
    ses mots nus
    à l'oreille de tes cuisses

    Lascive, ta courbe
    brûle l'encens
    d'une baguette

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    Les Vers Grisants
    http://lesversgrisantsenpoesie.blogspot.com

    --------------

    Toute sève coule, lente,
    Sur le sol chiffonné par la feuille.
    Une aile d’oiseau l’interroge furtive
    Et la branche qui attend le glissement des maisons
    Dessine sans hâte les prémices du vent.
     
    Je suis là, à ma fenêtre pour secouer les façades,
    Leurs brouillards et leurs regards éteints
    Et j’attends une autre lueur,
    Celle que garde le soleil en sa boîte à nuages.
    Ouvrons la, ensemble, pour que soient nos gaietés,
    Innombrables, comme la  palette du peintre.

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    J'ai vu dans le ciel des nuages moutons
    Brouter la tête de trois oliviers

    J'ai vu trois oliviers baigner leurs pieds
    Dans les fleurs de pavot

    J'ai vu trois mille fleurs de pavot
    Danser au bal des cigales

    J'ai vu des nuages moutons,
    trois oliviers, trois mille fleurs de pavot,
    Faire la cour au roi soleil
    Allongé dans un lit de lavande

    Chut !

    Ne faut pas qu'il entende
    De sa sieste éveillée,
    Il pourrait bien tout brûler

    --------------

    Premier Avril

    A la fête du poisson
    Un poisson volant
    Vole un pêcheur
    Lui vole son cœur
    Et l'accroche en riant
    A la lune de miel
    De deux passants.

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    Bon anniversaire

    Le ciel a écrit à la mer
    Pour son soixante dix millième anniversaire,
    Et lui a offert dans un ruban d'écume,
    Une plume de mouette.
    L'océan en tempête
    A retiré l'écume,
    A pris silencieusement la plume,
    L'a couchée sur son lit de sable
    Puis, inlassable
    Lui a conté son histoire verte et bleue
    Et s'est endormi, heureux.

    --------------

    Feuilles d’aube

    Feuilles émergeantes, vos cernes de brume,
    paroles pourpres des nuits acculées,
    préviennent la horde du passage de l’aube

    --------------

    Trois écus

    L’horizon,
    Blessant le ciel de sa plume ensanglantée,
    Ouvrit le coffre capitonné de la mer,
    Y puisa trois écus de lumière
    Qui, tombés dans la fente de l’océan
    En firent jaillir la tunique d’or
    Du crépuscule.

    --------------

    Coté jardin

    Le cognassier a frôlé les baguettes-tambour
    D’un orage au matin d’une aubade-soleil.
    Pour ce geste familier, l’orage a frappé
    La peau douce du ventre de mai
    Et le cognassier a pleuré ses pétales
    Sur la terre noire, qui vêtue d’amour,
    S’est alors mariée
    Avec l’ombre bossue de son couturier.

    --------------

    Sources

    Des souches fleuries d’ombelles et de fougères
    enjambent la source de ma mémoire.
    L’ombre porte mes pas à l’encolure des flots,
    où les vaisseaux de mon enfance décousent
    les replis ondoyants du feuillage
    comme des rubans nacrés
    dans les cheveux du temps.

    --------------

    Je t'aime

    Je t'aime comme l'étincelle du silence
    Comme l'averse volée
    Comme le souffle bleu
    D'une nuit voluptueuse
    Que la braise de tes yeux
    Ourle de chenaux forgés
    Dans les brumes rieuses
    D'un très long baiser.

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    Si tu n'étais

    Si tu n'étais,
    Il y aurait des arbres sans visage
    Des sourires sans rosée
    Des rosées sans aurore
    Et je serais la pluie
    Qui te ferait naître
    Et tu te donnerais
    A mes arbres, mes visages
    Mes aurores, mes rosées,
    Comme on donne un sourire
    A une maison fermée.

    Absence de l’aimé(e), pré vide où les fleurs du silence
    préparent secrètement l’éclosion du baiser.

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    C'est debout que je te dirai que je t' aime
    car mon corps saura croître avec ta réponse.
    Il rendra à ta vérité tous les honneurs,
    à la terre, le tremblements de mon attente,
    au ciel, l'envol de nos entendements.

    Il en sera comme d'un vertige aux ailes de papier
    que chaque mot froisse ou défroisse
    Il en sera de toi et de moi comme d'un geste
    où rien n'est dit pour la faille de l'autre,
    Il en sera de nous comme d'une semence,
    mémoire habitée par ta présence et ta beauté

    --------------

    Savoir l'avenir ?

    Est-ce l'ombre d'une inquiétude qui traverse notre amour ?
    Est-ce la voie incertaine qui égare nos images ?
    Est-ce la nasse où se débattent les oscillations de nos souvenirs ?
    Quelles étrangetés préparent leur lit dans la lumière de l'âge,
    y couchant  de nouveaux rêves,
    y dévoilant la nudité du quotidien ?
    Comment ce futur assume-t-il ses enfants sans leur dire
    que tout a été écrit dans le secret de savoirs ignorants ?
    En quelle lectures faut-il perdre nos sens et en quelles nouvelles
    quêtes trouverons-nous les questions de la pertinence ?
    Nous voilà bien aveuglés par trop de connivence
    avec les maîtres de la certitude !
     
    Il va falloir désapprendre les voies de la convoitise pour élever
    nos désirs au-dessus de la triste répétition du refus.
    Accepter enfin que rien n'est tissé à l'avance comme un drame,
    mais que tout peut se défaire avant que le temps
    ne choisisse ses supplices.
    Evadons nous à présent de nous même
    et apprenons à étreindre l'espoir
    qui pourrait perdre connaissance
    si nous lui refusons le bon geste.
    Il est de l'urgence comme de l'amour,
    elle s'éteint quand l'oreille est distraite et elle ressurgit ailleurs,
    là où la souffrance garde sa dignité et son désir de comprendre.
    Agissons dans la justesse du milieu,
    là où règnent toutes les raisons de vivre et opposons
    celles-ci au devoir quotidien qu'imposent
    les lois humaines de la destruction.

    --------------

    Carnet de plage

    Ce tambour géant dont la peau couleur sable
    résonne sous la griffe des vagues
    est le lieu du rite où l’on sacrifie son corps.

    Trop de soleil soudain, plaque les corps
    dans l’immobilité des sables,
    ce sont des mémoires nues
    qui se dispersent et fondent
    laissant à la marée
    des trésors de fatigue.

    Chaque corps caresse le soleil
    de courbes fines comme soie d’un pétale
    et l’astre, ivre de plaisir,
    délivre sa morsure aux blancheurs qui éclosent.

    Toi, tes cheveux d’organdi sur un livre ouvert,
    c’est le fil du soleil dévidant son rouet
    sur une pensée, légèrement sablée.

    C’est l’accent onctueux
    du discours d’une vague
    qui s’essouffle sur la plage...
    Que retiendrait-on
    s’il ne restait l’écume
    l’exclamation d’un roc
    et le babillement des perles ?

    Ils sont debout, les baigneurs,
    comme des quilles au bord d’un miroir
    que renversent des boules d’écume.

    La frange des parasols discute si frénétiquement avec le vent
    que la parole ne fait plus le poids et s’envole

    Soudain, une vague
    saute à votre cou, vous embrasse,
    puis se retire, vous laissant en cadeau
    son collier de fraîcheur !

    Le soleil a rusé avec l’épaisseur d’une feuille de nuage.
    C’est la marée qui a tourné cette page,
    puis, de son encre d’argent
    y a écrit la danse des vagues.

    Griffés par mille diamants
    au luisant retrait des eaux,
    les sables se soumettent
    à la dictée des mains
    Qui sculptent l’éphémère
    et affouillent leurs rêves

    Pourquoi chercher l’amour
    à marée basse, penché sur le sable
    alors que tous les cerfs-volants
    en esquissent le sourire
    dans les bras du vent !

    Il n’y a rien de plus silencieux
    qu’un voilier dans la fissure des vagues,
    alors que tout gémit aux jointures de son bord...
    A moins que les marins ne taisent
    jusqu’au fracas d’eux même
    au retour dans le port.

    --------------

    Les vents

    Les vents effilochent la mantille des marées,
    déchirent leur tourment aux rochers des nuages
    et posent frissonnant dans le berceau des arbres,
    l’hologramme diaphane d’une cape arrachée
    par un oiseau captif à l’étau de la terre.

    --------------

    Du fil à retordre

    Qu’est-ce qu’un chirurgien ?
    Un chirurgien est un pêcheur qui coupe le fil
    avant qu’entre deux eaux
    ne frétille le patient

    Une assistante ?
    Une assistante est un horizon
    dont on perçoit la ligne intérieure
    dès le premier coup de fil

    Un pêcheur ?
    Un pêcheur est un homme muet
    qui parle aux poissons
    à l’aide d’un téléphone à touche

    Une ravaudeuse ?
    Une ravaudeuse est une dame qui file et surfile
    pour donner à l’usure du fil à retordre

    Un couturier à Belfort ?
    C’est un patron cousu de fil blanc
    Dont le modèle se taille la part du lion

    --------------

    Au paradis des arbres

    Un cerisier sèche ses boucles
    au pinceau d’un vieux peintre
    peignant lyres et vols d’oiseaux
    au front nu des vergers.

    Un chêne, mémoire des amours
    et des douleurs du monde
    abrite en ses blessures
    le doux frisson des siècles.

    Un tremble aux chuchotis d’argent
    ne cesse d’épingler
    le secret des ruisseaux
    au ruban des grands fleuves.

    Un frêne à feuilles d’or
    fait briller l’écureuil
    au bout de l’arabesque
    d’un saut filigrané.

    Un olivier ayant versé son sang
    sur l’écorce noueuse
    de deux mains en prière
    craint l’épine de l’aube.

    Un magnolia, cierges éclos
    et robe de colombes
    élève son chant marial
    jusqu’au jardin des anges.

    Un érable cisèle
    la feuille du contre jour
    pour colorer l’automne
    de chutes innombrables

    l’arbre voyageur
    voilant les yeux du ciel
    d’un éventail andalou
    cabre des chevaux noirs
    sur un fil de Tolède

    Ecorces pétries
    par la rousseur des vents,
    les pins recueillent les amours égarés
    entre la vague et sa dune d’argent.

    l’if, aède infatigable
    au palais des nuages
    accorde la rumeur
    des roses et du vent.

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    Tissu de charmes

    Ce tissu qui ondule
    cerne la fente
    de ma couturière

    La chute de ses reins
    écume exquise
    d'une lèvre petite

    Une jambe en frisson
    couche sa fièvre
    sur un bouton éclos

    Ma langue dit
    ses mots nus
    à l'oreille de tes cuisses

    Lascive, ta courbe
    brûle l'encens
    d'une baguette

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    Les Vers Grisants
    http://lesversgrisantsenpoesie.blogspot.com