• Henry Bataille

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    Les trains rêvent dans la rosée, au fond des gares...
    Ils rêvent des heures, puis grincent et démarrent...
    J'aime ces trains mouillés qui passent dans les champs,
    Ces longs convois de marchandises bruissant,

    Qui pour la pluie ont mis leurs lourds manteaux de bâches,
    Ou qui forment la nuit entière dans les garages...
    Et les trains de bestiaux où beuglent mornement
    Des bêtes qui se plaignent au village natal...

    Tous ces rands wagons gris, hermétiques et clos,
    Dont le silence luit sous l'averse automnale,
    Avec leurs inscriptions effacées, leurs repos
    Infinis, leurs nuits abandonnées, leurs vitres pâles...

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    Les souvenirs, ce sont les chambres sans serrures,
    Des chambres vides où l'on n'ose plus entrer,
    Parce que de vieux parents jadis y moururent.
    On vit dans la maison où sont ces chambres closes.

    On sait qu'elles sont là comme à leur habitude,
    Et c'est la chambre bleue, et c'est la chambre rose...
    La maison se remplit ainsi de solitude,
    Et l'on y continue à vivre en souriant...

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    Je t'ai rêvée en la naïveté des choses,
    Et j'ai parlé de toi aux plus vieilles d'entre elles,
    À des champs, à des blés, aux arbres, à des roses. -
    Elles n'en seront pas pourtant plus éternelles,

    Mais d'elles ou de moi celui qui doit survivre
    En gardera quelque douceur pour ses vieux jours...
    Je m'en vais les quitter, puisque voici les givres.
    Tu ne les connaîtras jamais... les temps sont courts...

    Mais vous ne pouvez pas vous être indifférentes,
    Simplement parce que je vous ai très aimées...
    Ô les toutes petites et si vieilles plantes !
    Moi qui ne me les suis jamais imaginées

    Hors de leur sol natal, ce m'est un grand chagrin
    De savoir qu'elles mourront sans t'avoir connue...
    Elles ont des airs si résignés, si sereins,
    Et si tristes de ce que tu n'es pas venue !...

    Que mon coeur soit pour toi le grand champ paternel,
    Où si tu n'es pas née au moins tu dois mourir.
    Que je te plante en moi, germe de toute rose,
    Pour oublier que tu vécus ailleurs qu'en moi. -

    Et tu passeras moins qu'ont passé bien des choses. -

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