• ÉVANESCENCE

    Quand on a vécu les premières années de sa vie à côté des locomotives à vapeur, on en garde quelques souvenirs... Les monstres de ferraille noire soufflaient, chuintaient ou sifflaient selon leurs va-et-vient... Elles crachaient leurs volutes de fumées blanches ou noires, poussaient d'inquiétants mugissements lorsqu'elles quittaient leurs garages pour aller filer ailleurs très loin, sur les grandes lignes de Sarreguemines vers Sarrebruck, Strasbourg, Mulhouse, Bâle, Nancy, Metz... Destinations trop lointaines pour l'enfant que j'étais... Un feu permanent habitait ces monstres d'acier, c'est souvent d'en haut d'un talus que je les observais. Si d'aventure mon père m'emmenait avec lui faire un trajet sur une locomotive, les roues quatre fois plus hautes que moi, les bielles, les tuyauteries sous pression, les jets de vapeur bouillante et les odeurs d'huile chaude qui s'en échappaient me révélaient la véritable existence de ces ardentes géantes. Elles faisaient parties de mon enfance, allaient et venaient, telles de grosses bêtes domestiques qui obéissaient à des serviteurs habillés en bleu de chauffe, aux visages noircis, qui trimaient à la pelle à charbon pour nourrir leurs cœurs de braise. Elles étaient là sous mes yeux, je les côtoyais admiratif et inquiet... Je les croyais éternelles... Elles se sont effacées comme l'évanescence de la neige qui fond silencieusement dans l'eau...
     
    Armand Rothan Manny

    http://www.ipernity.com/doc/armanny/730494


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