• Forcer la vision des yeux tentacules,
    Au regard fébrile happé d'universalité,
    Laissant l'émotion dévorer jusqu'à satiété,
    La nourriture d'un océan noctambule.
     
    Un peu de ce miel qu'une envie banale,
    D'un nectar subtil, suc des sens si troublant,
    Des mots qui s'écoulent, à l'horizon couchant,
    Aux sensations lascives d'un érotisme astral.

    La falaise se jette dans le vide de l'écume rieuse.
    Voltigeur à voler ; l'oiseau, étoile du vent,
    Ondule en glissade dans l'outre ciel, touchant
    D'un coup d'aile la crête des vagues coléreuses...
     
    Armand Rothan Manny

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  • Dans la rue se frottent les gens,
    Les regards furtifs ne voyant pas, 
    Le clochard philosophe qui à l'instant, 
    Éternue et pense qui vivra, verra.
     
    La soupe est souvent bonne au coin, 
    Près des lampadaires bleuissants ; 
    C'est là que tout le monde se rejoint, 
    Pour s'éclater d'un rire bon enfant.
     
    Les pavés sont souvent souillés,
    Par un mélange de larmes tristes ; 
    Mais aussi celles d'une destinée, 
    Qui voie s'envoler le temps très vite.
     
    Quelquefois le bitume se soulève,
    Pour laisser pousser hors de terre,
    Une multitude de fleurs de rêve ; 
    Qui caressent des seins imaginaires.
     
    Le tout est arrosé, nourrit d'une pluie ; 
    De grosses gouttes lourdes, d'une légèreté, 
    Comme le baisé suave d'une nuit,
    Dans laquelle on se blottirait rassuré...
     
    Armand Rothan Manny

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  • S’élever à l’aube envolée,
    Quand la pierre primitive
    Par l’alchimie des pensées,
    Devient une beauté captive.
     
    Aux fines entailles brûlantes,
    De tourmentes sensibles,
    À la légèreté apaisante,
    Du touchant d'indicible.
     
    L’invisible voilé se répand
    Là où les yeux se blottissent
    Dans ces matins de penchants
    Que les songes éternisent…
     
    Armand Rothan Manny

    http://www.ipernity.com/doc/armanny/730494


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  • Sur le sol que l’on touche à peine,
    Les feuilles s’envolent au vent épars,
    Balayées d’une aérienne haleine
    Au bruissement d’un air du départ.
     
    Les feuillages se parent de couleurs
    Mordorées éclatantes, vermeil
    Coloris revêtant d’ardeur
    Le pastel de l’éveil sensoriel.

    Les pensées exhalent le désir,
    Que l’incandescence brûle fibreuse,
    Sans qu’un instant ne puisse saisir
    L'essence de cette saison frileuse…
     
    Armand Rothan Manny

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  • Quand on a vécu les premières années de sa vie à côté des locomotives à vapeur, on en garde quelques souvenirs... Les monstres de ferraille noire soufflaient, chuintaient ou sifflaient selon leurs va-et-vient... Elles crachaient leurs volutes de fumées blanches ou noires, poussaient d'inquiétants mugissements lorsqu'elles quittaient leurs garages pour aller filer ailleurs très loin, sur les grandes lignes de Sarreguemines vers Sarrebruck, Strasbourg, Mulhouse, Bâle, Nancy, Metz... Destinations trop lointaines pour l'enfant que j'étais... Un feu permanent habitait ces monstres d'acier, c'est souvent d'en haut d'un talus que je les observais. Si d'aventure mon père m'emmenait avec lui faire un trajet sur une locomotive, les roues quatre fois plus hautes que moi, les bielles, les tuyauteries sous pression, les jets de vapeur bouillante et les odeurs d'huile chaude qui s'en échappaient me révélaient la véritable existence de ces ardentes géantes. Elles faisaient parties de mon enfance, allaient et venaient, telles de grosses bêtes domestiques qui obéissaient à des serviteurs habillés en bleu de chauffe, aux visages noircis, qui trimaient à la pelle à charbon pour nourrir leurs cœurs de braise. Elles étaient là sous mes yeux, je les côtoyais admiratif et inquiet... Je les croyais éternelles... Elles se sont effacées comme l'évanescence de la neige qui fond silencieusement dans l'eau...
     
    Armand Rothan Manny

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